Ov., Tristes, IV
Il lut à Ovide débutant quelques-uns de ses ouvrages à peine achevés ; trente ans après, sur les bords du Pont Euxin, son ami rappelait encore avec fierté ce souvenir. Tout ce qu'on nous cite de Macer rentre dans le genre des poèmes didactiques : à Texemple de Nicandre, son principal modèle, il avait mis en vers l'histoire naturelle dans ses Thériaques, Boéus, l'étrange et mystérieux Boéus, avait eu aussi pour lui des séductions ; il s'engagea sur ses pas et écrivit à son tour une Ornithogonie, dont Ovide eut la primeur*; l'ouvrage avait pour le moins deux livres comme l'original. Nous pouvons affirmer avec certitude que de part et d'autre dominait la même pensée : on nous a conservé deux vers de Macer, où il est question des présages favorables que les matelots peuvent tirer de la constellation du Cygne*. Donc en racontant les métamorphoses des oiseaux, le poète latin ne perdait pas de vue l'utilité que son œuvre pouvait avoir pour l'art des augures, et c'est par là qu'elle se rattachait au genre didactique. Mais aux fables grecques il avait mêlé des fables latines, qui sans aucun doute étaient absentes du poème de Boéus, de deux cents ans plus ancien ; ainsi il disait comment Picus avait été changé en pivert^ Un écrivain, que Virgile et Ovide ont honoré de leur amitié, ne devait pas être dépourvu de talent; son nom, avec ceux de Lucrèce et de Virgile lui-même, représente pour Quintilien ce que la poésie didactique a produit de plus distingué chez les Romains^ Cependant Quintilien ne dissimule pas que Macer lui paraît « terre à terre ^)). C'est tout à fait l'impression que donnent les vers de VOrnithogonie qui nous sont parvenus ; ils sont d'une facture régulière, mais un peu lourde et prosaïque.
Ce qui précède suffit à montrer quelle fut la vogue des récits de métamorphoses dans le monde ancien, depuis Alexandre jusqu'à Auguste. Non seulement Ovide a eu des devanciers chez les Grecs, mais il en a eu chez les Romains, et dans la société même où il fréquentait. Après lui, la faveur qui s'attache à ce genre ne cessera pas ; les métamorphoses pénètrent dans le roman et
1. Non.Marcell., p. 5i8, 25; Diomède, p. 874, ai k; Knaack, Analecta alex.-rom., p. 10; K. P. Schuitze, Rkein. Muséum, LUI (1898), p. 54i, a montré, probablement avec raison, que le poème, où Macer avait traité des plantes y n'était autre que les Thérlaques elles-mêmes.
2. Serv. sur Virgile, En., 1, SgS ; Igid,, Orig., XII, 7, 19.