‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 43 sur 251 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Ce fut, suivant les calculs les plus probables, en Tan 2 de notre ère, après avoir publié les Remèdes d*Amoury qu'Ovide entreprit les Métamorphoses ; il les avait terminées, lorsqu'au mois de décembre de Tan 8 il partit pour Texil*. Il nous faut chercher quels rapports son ouvrage présente avec les poèmes écrits par des Grecs sur le même sujet avant le moment oii il quitta Rome pour toujours. Nous avons rejeté de la liste Corinne et Eumélus ; on ne sait pas exactement qui est Callisthène ; Antigone de Caryste le Jeune, quoiqu'il semble avoir été le contemporain d'Ovide, n'a peut-être publié ses Métamorphoses qu'après l'an 8^. En réalité, les seuls auteurs sur lesquels on puisse tenter une enquête, qui ne soit pas condamnée d'avance à rester absolument vaine, sont Boéus, Nicandre, Parthénlus et Théodore.

La première question qui s'offre à nous est celle-ci; parmi ces quatre auteurs, y en a-t-il un qu'Ovide ait pris pour modèle unique, à qui il ait emprunté non seulement ses fables, mais l'ordre même dans lequel il les expose, avec qui, enfin, il ait lutté d'un bout à l'autre pour la richesse et l'ingéniosité du style, pour la grâce des tableaux et le pathétique des discours? Si la

1. W. Bannier, Archw fur latein. Lexikograpkîe, XI (1898), p. a5 1-260, a cherché à établir d'autres dates ; sa démonstration ne paraît pas assez convaincante pour qu'on doive renoncer à l'opinion commune.

2. Ov., Il, 676-707 et Antigone (Antonin. Liber., 28) ont traité tous deux la fable de Battos ; mais beaucoup d'autres poètes, à commencer par Homère (^Hymne à Hermès, 87-94, i85-2ii), avaient pu en fournir le modèle à Ovide, et il y a, du reste, des divergences entre son récit et celui de Libéralis.

question est ainsi posée, nous devons écarter Boéus, puisqu'il n'avait chanté que les légendes relatives aux oiseaux. On a pensé que des trois autres Parthénius est le seul qu'Ovide ait pu suivre à la trace. Cette opinion a été longuement défendue par M. Petersen*. Passant en revue les livres VIII à XI du poète latin, il les a comparés aux récits des mjrthograph es et de Nicandre, et il a mis en lumière les diflFérences par lesquelles ils s'en distinguent ; il a conclu de cette étude qu'Ovide a dû nécessairement avoir une autre source ; suivant lui, ce seraient les Métamorphoses de Parthénius; elles avaient été publiées récemment; l'auteur avait enseigné h Rome; il y avait eu déjà des élèves fameux; et enfin il devait plaire à Ovide par le tour erotique qu'il avait donné aux légendes.

Cette thèse soulève une foule d'objections et il faut bien dire qu'à peine avancée elle a été repoussée par la critique*. D'abord on ne voit pas pourquoi les livres VIII à XI seraient les seuls qu'on dût invoquer dans une question de ce genre, qui porte sur l'ensemble du poème. Mais le défaut capital de la théorie consiste dans le raisonnement sur lequel elle est fondée; Ovide se distingue des mythographes et de Nicandre ; s'ensuit-il nécessairement qu'il dût s'accorder avec Parthénius? Celui-ci, dans ses Métamorphoses, avait dû multiplier les aventures romanesques ; mais quel est le poète alexandrin dont on n'en peut dire autant, et ne savons-nous pas que c'était là aussi un des caractères principaux du livre de Nicandre ? Le poème de Parthénius était écrit en distiques élégiaques ; celui d'Ovide est écrit dans le mètre épique. Enfin, quand bien même on arriverait à prouver qu'il y a des rapports entre certains morceaux d'Ovide et ce qui reste de Parthénius, on n'en pourrait pas conclure que ces rapports se retrouvaient partout dans les quinze chants de l'ouvrage latin. Mais ce qu'il y a de plus grave, c'est que, si l'on examine de près les fragments de Parthénius, on s'aperçoit qu'il ne diffère pas moins d'Ovide que Nicandre. Il faut écarter d'abord les rapprochements que l'on serait tenté de faire entre les Métamorphoses latines et les contes en prose de Parthénius^; car il n'est nullement certain que cet auteur, en insérant dans ses contes des

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