LE CHOIX DES FABLES
on Ta pensé*, qu'Ovide avait trouvé le premier modèle du conte de Philémon et Baucis ; il est possible aussi que Nicandre avant lui l'eût déjà emprunté à Ménécrate *. Du reste il importe peu ; ce qu'il faut retenir, c'est qu'Ovide, ou le poète qu'il suit, a puisé probablement dans un prosateur obscur les éléments du récit. De même Parthénius avait mis à contribution les historiens grecs les plus récents pour fournir à Cornélius Gallus des matières de poèmes. En ce sens, et en ce sens seulement, certaines fables d'Ovide sont nouvelles ; il ne les a pas inventées ; il ne lésa même pas recueillies directement et sur place de la bouche du peuple; il les a prises dans les livres des Grecs, mais dans des livres peu répandus, oii elles n'avaient pas reçu le développement qu'elles méritaient. C'était là tout ce qu'il voulait dire et, quoique personne ne s'y trompât, c'était un titre très suffisant pour soutenir sa réputation de poète curieux et délicat.
A ces fables, qui ne nous sont connues que par lui, il faut ajouter les péripéties qu'il semble avoir introduites le premier dans des fables communes. Il serait téméraire de vouloir préciser jusqu'où s'étend cette part d'invention ; il faudrait être mieux renseignés que nous ne le sommes sur les libertés que les poètes grecs, les tragiques surtout, avaient déjà prises avec la tradition. Pourtant il est vraisemblable qu'Ovide, dans certains passages, s'est efforcé d'accommoder les mythes de telle sorte qu'ils ne parussent pas étrangers à son sujet. Les aventures d'Ino, d'Orphée et de Cénée, par exemple, avaient inspiré avant lui plus d'un poète; mais aucun peut-être^ n'avait raconté la métamorphose de Cénée en oiseau ; nous ne voyons pas davantage où il avait pu lire que les compagnes d'Ino furent changées en rochers* et que les Bacchantes, après la mort d'Orphée, leur victime, furent changées en arbres^. Ce qui porte à croire que ce sont là des embellissements imaginés de toutes pièces par l'auteur lui-même, c'est qu'on devine aisément les raisons qui ont pu les lui suggérer. Cénée avait été une femme avant d'être un guerrier