‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 93 sur 251 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

lOO LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE

Renommée*. Le portrait de la Tristesse, dans le Bouclier- d'Herci//e*, ressemble beaucoup à celui qu'Ovide a tracé de l'Envie^; c'est de part et d'autre le même souci de rendre sensibles par une accumulation d'images les effets que produit sur Thomme un sentiment moral: « Près de là se dressait la misérable, l'effrayante Tristesse, pâle, maigre, consumée par la faim, les genoux enflés, les ongles longs^, dépassant ses mains; l'humeur coulait de ses narines; de ses joues le sang dégouttait sur la terre; elle était là, grinçant des dents sans trêve, les épaules couvertes d'une épaisse poussière, tout humide de larmes^. » Callimaque qui a fait intervenir l'Envie dans un de ses Hymnes^ n'a pas essayé de la peindre. Pour la précision et la force du trait, c'est avec le poème hésiodique que les allégories d'Ovide présentent le plus de rapport; toutefois il est pour nous le premier qui ait donné dans l'épopée une si large place à ce genre de tableaux; peut-être ne l'a-t-il pas fait sans exemple ; quoi qu'il en soit, notons encore ce caractère des Métamorphoses, Si Ovide a tant de goût pour les figures allégoriques, c'est qu'elles sont de toutes les plus flottantes; elles n'ont qu'une légende rudimentaire: on peut prendre avec elles toutes les libertés, sans choquer personne ; elles prêtent à des descriptions, oii il est facile de mettre de l'esprit quand on en a, et sans qu'il paraisse déplacé. En peignant la Faim ou l'Envie, Ovide ne risque pas de passer pour un homme crédule ; chacun sait ce qu'il faut penser de leur divinité et des attributs dont il les entoure ; ce sont des fictions commodes pour les poètes qui n'ont qu'une foi médiocre dans les légendes communes.

La plupart des personnages, dans les Métamorphoses, sont non seulement amoureux, mais galants et très galants. Tout le monde sait aujourd'hui à quelle influence il faut attribuer ce caractère du poème ; qu'il soit un legs des Alexandrins, cVst ce qu'on ne peut plus mettre en doute ; il vient en partie des ouvrages spéciaux, tels que ceux de Boéus et de Nicandre, mais d'une façon plus générale il vient de toute la littérature erotique, en prose et en ver^, dont leurs contemporains ont été passionnés, et peutêtre se serait-il Communiqué à Ovide, même si Boéus et Nicandre n'avaient jamais écrit de Métamorphoses. Cependant on n'est pas

Page 1