‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecsChapitre 95 sur 251 · Ov., IV · texte numérisé non relu

Ov., IV

5. Hom., /. c, 3a6 : « aaSsaio; ô'àp'svwpTo '^iXîji^ (xaxâpeaoi Ôeoîaiv. » Il est curieux qu'Ovide lui-même ait été au devant du reproche, en rappelant dans les Tristes (II, 377) quelle est la source où il a puisé :

Quis nisi Maeonides Venerem Martemque ligatos Narrât in obscoeno corpora prensa toro P

6. Hom., /. c, 334-343. Il est vrai que les Alexandrins, choqués de ces vers, refusaient de les attribuer à Homère, singulière pudeur chez des Alexandrins. Dans la même catégorie rentre la question posée, après boire, par Jupiter à Tirésias, Ov., III, 3 16, 338. Elle vient de la Mélampodie d'Hésiode (^Epicor, graecor. fragm., éd. Rinkel, Hesiodus. fragm. 179) par plusieurs intermédiaires, au nombre desquels est Callimaque ; Schneider, Callimachea, fragm. 4i5 ; Phlégon, Ilep^ 6au[xaaib)v, 4 ; Isigone de Nicée, 32, éd. Rohde, dans les Acta societatis philologae Lipsiensis, I (187 1), p. 38.

7. Comme Ta montré Gaston Boissier, La fin du paganisme^ t. II, p. 333, la

pelons-nous donc qu'à toutes les époques on a ri dans TOlympe comme sur la terre, et que rien n'est plus varié ni plus souple que le génie grec. Les vieux aèdes ont eu leurs heures de gaieté ; Ovide a été discret quelquefois dans sa pétulance. Si une chose doit nous frapper ici, c'est qu'il n'a pas osé imiter le naïf abandon du poème homérique, probablement parce que, sous Auguste, le bon ton, sinon la morale, exigeait plus de retenue dans une épopée*.

Pourtant il se dégage bien de toutes ces aventures galantes, trop pressées les unes contre les autres, une impression fâcheuse : nous avons de la peine à garder toujours notre sérieux devant ces divinités qui ne semblent occupées que de leurs plaisirs : ce n'est pas une épopée qu'un poème dont les principaux personnages compromettent à tout moment leur dignité. Personne n'a vu plus nettement qu'Ovide ce défaut du sujet et ne l'a fait ressortir en termes plus précis. Il a soin de nous dire, lorsque Jupiter prend la forme d'un taureau pour séduire Europe: « On ne voit guère s'accorder ensemble et habiter dans la même demeure la majesté et l'amour.

Non bene conveniunt, nec in una sede morantur Majestas et amor^. »

Nous voilà prévenus dès le second livre. Et Ovide a bien vu aussi que cette galanterie, qui trop souvent nous fait sourire, ne va pas sans monotonie, que la jalousie trop justifiée de Junon, par exemple, risque de nous fatiguer promptement'*. Et enfin il sait très bien que toutes ces vieilles fables sur les amours des dieux n'ont rien de commun avec la morale ; ce sont des adultères, des crimes célestes, « furta, caelestia crimina^ ». Mais quoi ! ce qu'il aime c'est précisément cette galanterie, dont les auteurs de Métamorphoses lui donnaient l'exemple ; avant de les imiter, il

morale qui règle l'union des sexes était, dès les temps les plus lointains, étrangère à la mythologie.

I. Gaillard cite encore comme exemple le chant de Polyphème (Ov., XIII, 789- 807). G*est une chanson légère, qui admet une sorte de jeu, consacré peut-être par Tusage populaire, mais ce n*est pas « un discours ridicule » et l'intention « burlesque » n'y est pas du tout évidente. Sur ces surprises, auxquelles on est exposé en jugeant les Alexandrins et leurs imitateurs, voyez Jules Girard, dans le Journal des Savants, 1894, p. 538 et 64a.

a. Ov., II, 846.

3. Ov., III, 263 : « Profeci quid enim totiens per jurgia? dixit. »

4. Ov., VI, i3i. Cf. I, G06, 623; II, 423 ; 111, 7, 266; IV, 174,327; IX, 557.

LES IDÉES ET LES PERSONNAGES l o3

avait écrit les Amours^ les HéroideSy VArt d'aimer, les Remèdes d'amour, le poème sur le Fard, et la 4ragédie de Médée ; par conséquent depuis une quinzaine d'années au moins il vivait plongé dans la poésie erotique ; il a beau dire dans son prélude qu'il aborde une entreprise toute nouvelle pour lui*, ses intentions ont pu changer, mais non sa nature et ses fréquentations. Ses dieux et ses héros sont toujours bien ceux de Callimaque, de Philétas, de Phanoclès et d'Euphorion. « Ovide, dit Quintilien, badine même dans le poème héroïque et il est trop amoureux de son esprit^. » Oui, amoureux jusqu'à aimer ses défauts, dont il a parfaitement conscience, et k les aimer dans les autres. Tenons-nous en, comme toujours, au jugement de Quintilien; mais ne condamnons pas trop vite le charmant poète. Il lui arrive de dire que les amours des dieux sont « des faiblesses, des adultères » ; n'est-ce pas reconnaître qu'il y a une loi morale qui s'impose à eux aussi strictement qu'aux hommes, et cet aveu tacite n'est-il pas à l'honneur du temps ^ ? Puis ces dieux ont beau satisfaire trop souvent des caprices coupables, ils n'en sont pas moins investis d'une autorité morale, ou plutôt ils sont l'autorité, ce qui suffit, à défaut d'autres titres, à les faire respecter, et c'est encore un point par lequel ils ressemblent à beaucoup d'hommes. Grande ressource pour Ovide ! Il n'exaltera pas leurs vertus, mais il les montrera châtiant le crime*; l'ensemble de l'ouvrage ne sera peut-être pas plus édifiant, mais au moins il y aura des diversions, après lesquelles on reviendra avec plus de plaisir encore au spectacle des vices aimables.

^ L'érudition dans la poésie alexandrine marche toujours de pair avec la galanterie. Quoique Ovide n'abuse pas des fables rares **, il aime assez à montrer qu'il n'y a point de personnage si humble dans le monde héroïque qui lui soit inconnu, et surtout il tient à nous convaincre qu'il a en réserve des trésors de science, dont il

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