Voyez plus haut, p
I04 LES MÉTAMORPHOSES d'oVIDE
pourrait nous éblouir s'il le voulait. Il nomme par leurs noms trente-trois des chiens d'Actéon ; arrivé au trente-troisième, il coupe court à Ténumération en ces termes : « Il serait trop long de nommer les autres* ». Ce n'est qu'une feinte; car nous en voyons accourir encore trois un peu plus bas^, qui ont pris par un sentier de traverse. Néanmoins sachons-lui gré de cette retenue : il aurait pu en nommer quatre-vingt-cinq^. Eschyle en connaissait quatre*. Même procédé dans le passage où est racontée la lutte entre Phinée et Persée ^ ; Ovide nomme trente-neuf des combattants, puis il fait une pause pour reprendre haleine^ ; mais ne nous y trompons pas, sept autres guerriers vont encore venir tomber sous nos yeux^ et Ovide regrette visiblement de s'arrêter au septième ^ De même Callimaque se plaît à nous révéler les noms des nymphes les plus chères à Diane'. Ce n'est pas que ces énumérations soient particulières à la poésie alexandrine ; il n'y en avait nulle part autant que chez les aèdes primitifs; le Catalogue des vaisseaux dans le second chant de Y Iliade et la Théogonie sont là pour en témoigner**^; le poème hésiodique qui célébrait les mortelles aimées des dieux était le Catalogue par excellence. Mais on sent que ces vieux poètes ont, avant tout, le désir d'instruire, ou bien de servir un intérêt, quel qu'il soit ; c'est même ainsi que l'on explique comment certains morceaux complémentaires ont pu être introduits après coup dansT/Ziarfe**.' L'efFort que l'auteur impose à sa mémoire pour ne rien omettre
I. Ov., III, ao6-3!i4. Vers 325 : « quosque referre mora est. » 3. Ibid., 333-333.