Ibid., 109 à
Ovide, de celte liberté dans la combinaison des fables anciennes avec les idées nouvelles. S'il avait cru nécessaire de s'en justifier, il aurait pu citer l'exemple de Callimaque, de Théocrite ou d'Apollonius \ Ses dieux sont des images des Césars, comme ceux des poètes alexandrins sont des images des Ptolémées. Leur cour est galante, sans cesse agitée par des intrigues où se mêlent l'amour et l'ambition ; très portés eux-mêmes au plaisir, ils frappent de coups terribles ceux qui bravent leur autorité, ou qui traversent leurs passions : le plus grand des crimes c'est celui de lèse-majesté. La discorde divise parfois les membres d'une même famille, et alors elle est d'autant plus désastreuse : Penthée refuse ses hommages à Bacchus, son cousin ; Acrisius h Persée, son petitfils. Et sur ce vaste tableau des troubles qui agitent le monde héroïque plane la figure de .Tupiter. La mythologie, jusqu'au xviii" siècle, a souvent servi à faire entendre à mots couverts ce qu'on ne peut pas dire publiquement sous un monarque absolu. Ovide n'a pas enfermé de parti pris des allusions politiques dans les Métamoi' phases, mais elles reflètent naturellement les pensées qu'ont fait naître chez lui et ses lecteurs les. événements dont ils ont été témoins. Pour son malheur il a même vu de trop près les dieux de la terre ; il semble qu'il ait lu dans l'avenir, quand il dit d'Actéon : « Examinez en juge équitable ; le hasard vous paraîtra plus coupable que lui: quel crime en effet pouvait-on imputer à l'erreur"? » Quand le poète se consumera dans l'exil, c'est exactement ce qu'il alléguera pour sa propre défense, en se comparant lui-même à Açtéon ^^; tant il est vrai que toute cette mythologie est vivante et pleine d'enseignements pour un homme de cour. Callimaque l'a bien compris aussi, lorsqu'il cherche \\ justifier Minerve d'avoir frappé Tirésias d'une cécité éternelle : il rejette la faute sur le destin ; il fait valoir la compensation que la déesse a accordée au malheureux en lui inspirant l'esprit prophétique*. Mais on voit assez que Callimaque, plus avisé qu'Ovide, a compris à temps la leçon : le sage, lorsqu'il vit près des dieux, doit se défier de tout, et particulièrement du hasard.
Si on lit avec attention les Hymnes de Callimaque, en s'éclairant de tous les renseignements que peut nous fournir l'histoire