Ibid., fragm
Le vi" siècle vit naître la philosophie. Dès lors la mythologie vulgaire fut condamnée, et d'une façon irrévocable ; il viendra bien de grands esprits, qui tâcheront à la mettre d'accord avec la « sagesse », les uns en donnant à certaines fables un tour moral, les autres en appliquant à toutes un système d'interprétation allégorique. Mais, comme l'a dit Platon, lorsque parut Socrate, « il y avait longtemps que la poésie était brouillée avec la philosophie * ». Le divorce entre la philosophie et les traditions religieuses, chantées par les vieux poètes, datait du temps où avaient paru les premiers philosophes. On n'a jamais répudié la mythologie populaire avec plus de décision que Xénophane^; les Pères de l'Église eux-mêmes ne feront que développer son arrêt. On pense bien que pour les grands esprits, qui posèrent dans ce siècle et dans le suivant les fondements de toute science, les métamorphoses, même celles qui ne s'alliaient à aucune légende immorale, n'échappaient pas à la condamnation. Platon s'élève avec force contre les gens assez simples poUr y croire: il est absurde de se représenter la divinité « comme un enchanteur qui se plaît h prendre mille formes diff'érentes et qui tantôt paraît sous une figure étrangère, tantôt nous fait illusion en affectant nos sens comme s'il était réellement présent ». Elle est de tous les êtres le moins capable de changer de formes ; son essence est d'être une et simple ; en outre, comme il n'y a rien de plus parfait dans le monde, elle ne pourrait que déchoir en se transformant, et on ne saurait admettre qu'elle en ait même le désir. Enfin il n'est pas possible qu'elle cherche à en imposer aux hommes, car le mensonge est pour elle aussi inutile qu'odieux. « Que les poètes ne viennent donc pas nous dire que les dieux prennent la figure d'étrangers et s'en vont de ville en ville^, cachés sous divers déguisements ; qu'on cesse de nous débiter des mensonges au sujet de Protée * et de Thétis ^. Que dans lès tragédies ou dans tout autre poème on ne nous représente pas Héra sous la figure d'une prêtresse, mendiant pour les enfants bienfai-
1. Plat., Répuhl.^ X, p. 607 : « TcaXatà 8ta«popà (piXoaocpia xe /.al 7i:o[t)tix^. »