Jules Girard, Le sentiment rel'ujieux en Grèce, p
est clair qu'il ne pouvait en être ainsi dans les Métamorphoses, puisqu'il n'y a point d'unité réelle, partant point de préparations ni de suite dans les passions, ni de premiers rôles, ni de caractères soutenus. On ne peut pas raisonnablement demander à un ouvrage de cette sorte d'être composé comme V Enéide.
On ne peut pas davantage demander à Ovide de concevoir la guerre comme les Grecs de l'époque homérique. Il a manifesté hautement l'horreur qu'elle lui inspirait ; il est vrai qu'il venait alors d'être supplanté par un officier dans les bonnes grâces de Corinne \ Mais on peut l'en croire: il s'est arrêté dans la carrière des honneurs juste au moment où il lui aurait fallu, pour avancer, aller servir loin de Rome comme tribun de légion-. Il y a dans les Métamorphoses deux grands tableaux de bataille ; l'un représente la lutte de Persée contre Phinée^, l'autre celle des Centaures contre les Lapithes *. Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'atrocité du carnage ; Ovide déploie déjà dans la description des blessures cette effroyable richesse d'invention, qu'on a souvent notée comme une nouveauté chez les poètes latins qui l'ont immédiatement suivi. Voici le Centaure Eurytus qui vomit sa cervelle par la bouche au milieu de flots de vin et de sang''; voici le Lapithe Céladon à qui un ennemi a brisé les os de la face ; les yeux sont sortis de leur orbite et les narines, repoussées en arrière, se sont fixées au palais ". A côté de lui tombe Amycus ; son menton fracassé pend sur sa poitrine et il crache ses dents, brisées ^ Un peu plus loin Grynée a eu les deux yeux crevés par un bois de cerf: l'un reste fixé à cette arme improvisée, l'autre roule sur la barbe du Centaure et le sang figé l'y retient suspendu*. Par suite de cette recherche dans l'horrible les attitudes sont parfois étranges ; Rhœtus profite du moment, où son adversaire Evagrus a la bouche ouverte, pour plonger jusque dans sa gorge un tison enflammé". Pélate veut arracher le barreau d'une