‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 149 sur 256 · Ov,lI, 38i à · texte numérisé non relu

Ov,lI, 38i à

g. Méuandre, Ilspi i::iO£i^.T'.x.tov, dans les Rhetores graeci de- Spengel, III,

LA TRAGÉDIE JET LA RHÉTORIQUE l55

n'a fait c{ue rendre aux rhéteurs le bien qu'il en avait reçu ; réunissons tous les discours de quelque étendue que nous y rencontrons, ceux du moins qui ne sont pas de simples récits mis dans la bouche d'un des personnages ; nous aurons une sorte de Conciowes poétique, un recueil de suasoriae, toutes semblables à celles qu'Ovide avait débitées devant Porcins Latro ; qui nous assure même qu'il ne les a pas tirées de ses cahiers d'écolier ? Elles lui ont été inspirées par la méthode des rhéteurs et par la lecture des poètes tragiques d'Athènes ; en réalité il est impossible de distinguer ces deux influences l'une de l'autre ; elles se fondent en une

seule.

La plupart des discours qu'il prête à ses personnages sont des monologues du genre pathétique ; ils traduisent un sentiment ^dominant, l'orgueil, la colère, l'inquiétude, la tristesse ou la souffrance ; parfois ils révèlent la lutte qui se livre dans une même âme entre deux sentiments contraires^; par conséquent ils semblent avoir pour but, comme la tragédie, de faire naître la terreur ou la pitié. Cependant l'auteur de ces suasoriae n'y a pas songé sincèrement et ses contemporains ne le lui demandaient pas. On ne peut pas nier que ce soit là précisément le défaut du genre ; mais il y aurait une certaine naïveté à en rendre Ovide responsable. Son ambition, c'est d'abord d'étonner par la souplesse avec laquelle il sait varier l'expression d'une même idée ; Quintilien recommande beaucoup cet exercice, qu'il appelle « circa eosdem sensus ceriamen atque aemidatio^ ». Seuls les timides et les impuissants prétendent que tout a été dit et que l'on vient trop tard ; on peut au moins essayer de le dire autrement : il n'est pas sûr qu'on le dira plus mal. C'est ce que fait Ovide quand il imité les tragiques; non seulement il lutte avec eux, mais il

p. SgS, 3 : « ysypaTî-ai -/.ai Neatopt r.otvjTr^ (Nestor d'Alabanda, temps de Septime Sévère) -/.al (joiptaraîç [xe-afjLOoçcôaei; o'jtwv v.oÇi op'jcuiv • xouiols 8È toi; auyypâ[i.jj.aa'.v ^vtuyyavEiv jravu XuctiteXeï. » Voyez Rohde, Grieçh. Roman, Tp. 34/1) note 3.

I. Orgueil: Niobé aux Tliébaines, VI, 170 à 203. Colère: Jupiter dans l'assemblée des dieux, I, 182 à 198 ; le Soleil à .Jupiter, II, 385 à 303; Penthée' à ses sujets, m, 53i à 563 ; Philomèle à Térée, VI, 533 à 548 ; Vénus aux dieux, XV, 765 à 779. Inquiétude : Géphée à Phinée, V, i3 329. Tristesse, SQuffrance, etc.: Deucalion à Pyrrha, I, 35i à 366 ; la Terre à Jupiter, II, 379 à 3oo; Latone aux paysans, VI, 349 à 359; Hercule mourant, IX, 176 à 3o4 ; Polyxène mourante, XIII, 457 à 473"; lamentations d'Hécube, XIII, 494 à 533 ; l'Aurore, XIII, 587 à 599. Lutte de deux sentiments contraires: Althée, VIII, 48i à 5ii. Il sera question de l'amour au chapitre suivant.

Page 1