Vers 2i
Sophocle ; nul cloute que le discours, qu'ils divisent en trois parties, soit tout entier destiné à les faire valoir. Ce sont là de ces vers qu'Ovide devait noter sur ses tablettes quand il était au bain ou en litière, et qu'il utilisait plus tard, en leur donnant un cadre convenable.
Mais sa rhétorique perd trop si on le compare au poète trao-ique qui a prêté le langage le plus noble et le plus sincère aux passions et aux douleurs humaines ; le parallèle est déjà par luimême une injustice. Son véritable maître, c'est Euripide, l'habile avocat, qui dans son œuvre immense avait plaidé tour à tour tant de causes diverses \ Parfois, avouons-le, il lui est inférieur. Lorsque dans les Bacchantes d'Euripide Penthée menace de sia colère les adorateurs du nouveau dieu, son langage respire l'orgueil ; mais il est ferme, mesuré et ne messied pas à un chef d'État ; on lui a rapporté que les femmes de Thèbes vont sur la montagne se livrer en compagnie d'un jeune inconnu à des orgies mystérieuses; il voit de graves personnages, parmi lesquels son grand-père, vêtus d'un costume étrange, exécuter des pas de danse ; il parle comme eût parlé au temps de Périclès un de ces magistrats athéniens qui avaient la charge de tenir en respect les cultes dangereux. Chez Ovide Penthée fait appel à ses soldats et les exhorte à repousser l'envahisseur-; il cite les grands exemples de l'histoire nationale, leur recommandant d'imiter le serpent, leur ancêtre, qui défendit le sol de Thèbes contre Cadmus. , avec tant de courage^ ; cet abus de mythologie glacerait le discours le plus enflammé. Mais Ovide reprend l'avantage quand il fait parler Hécube devant le cadavre de sa fille Polyxène ; chez Euripide un héraut vient de raconter la mort de la jeune victime ; les premières paroles d'Hécube sont un hommage rendu à la force d'âme de sa fille, et aussi un hommage qu'elle se rend à elle-même -, car elle établit en termes sentencieux que la haute vertu, qu'on vient d'admirer chez Polyxène à ses derniers moments, était le résultat d'une bonne éducation*; dès l'antiquité on faisait remarquer aux écoliers l'invraisemblance et la maladresse de ce langage^. Ovide a eu le bon goût d'écarter ce