‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 176 sur 256 · Couat, Poésie a/ea;., p · texte numérisé non relu

Couat, Poésie a/ea;., p

LA POÉSIE ROMANESQUE, l'iDYLLE ET l'ÉLÉGIE i85

de celui d'Hécalé ^. Nous saisissons là une des raisons pour lesquelles le morceau des Métamorphoses a toujours été si goûté des meilleurs esprits ; il se trouve, cette fois, que l'auteur a su s'imposer une mesure. C'est le cas de répéter avec Quintilien^, en modifiant un peu le jugement qu'il applique à la tragédie de Mèdée : voilà où Ovide peut atteindre, quand il aime mieux commander à son talent que de s'y abandonner. N'accusons pas cependant Callimaque ; son épyllion avait d'autres proportions que le morceau d'Ovide; au milieu de la multiplicité des épisodes Hécalé restait la figure principale du poème et elle en faisait l'unité, puisqu'elle lui donnait son nom ; il était encore question d'elle au dénouement ; on assistait à ses funérailles ; son discours à Thésée avait donc l'utilité de compléter sa biographie légendaire, dont Callimaque n'avait certainement pas inventé les détails. La légende de Philémon et Baucis devait être beaucoup moins riche ; Ovide a pensé qu'il valait mieux ne pas rapporter leurs entretiens avec les dieux que de mettre dans leur bouche des banalités idylliques.

On a dit que le menu du repas, dans sa description, ne semblait pas partout en rapport avec la pauvreté^ du logis : sur la table boiteuse paraissent du vin et du dessert, tout un second service, « meiisae secundae » ^. Nous ne sommes nullement sûrs qu'il en fût autrement chez Callimaque, puisque nous n'avons de ses vers que des débris ; mais admettons-le à titre provisoire. Qu'en faut-il conclure? Que le paysan italien, même pauvre, était moins pauvre que le paysan grec ? La scène est en Phrygie, et Ovide ne l'oublie pas autant qu'on pourrait croire, puisque Baucis sert à ses hôtes des dattes*, évidemment cueillies dans son jardin. Mais que nous soyons en Italie ou en Phrygie, nous ne pouvons guère nous contenter de cet argument. Alors Ovide a-t-il manqué de goût ? Disons plutôt que son dessert même est bien maigre à côté de celui qui, au temps d'Auguste, chargeaitla table des citadins de Rome. Quand Horace veut donner une idée de la sobriété

I. S'il y avait aussi chez Callimaque un discours de Thésée, il faudrait supposer qu'Ovide a abrégé encore davantage ; mais ce point, admis par Schneider, /. c, p. 184-187, est contesté par Wilamowitz-Môllendorff, dans les Gelehrte Nachrichten de Gœttingue, 1898, p. 788. On peut au moins faire des réserves sur l'étendue de ce discours.

a. Quinlil., Inst. or., X, i, 98.

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