‹ Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grecs [microform]Chapitre 188 sur 256 · XIX. — Lafaye. — Ovide. i · texte numérisé non relu

XIX. — Lafaye. — Ovide. i

les place au second livre, dans la partie du récit relative h Numa*. Quoi que l'on pense de cette attribution, il est invraisemblable que la légende de Pythagore, en pleine faveur au moment même où Ennius publiait les Annales, fût omise dans ce grand ouvrage. Ovide aurait pu laisser à Ennius l'anachronisme que rejetaient tous ses contemporains; il aurait pu trouver un moyen d'exposer la doctrine de Pythagore sans faire violence à l'histoire, d'autant mieux que les théories du philosophe sur l'abstinence des viandes, sur les migrations des âmes et les vicissitudes de la nature ne sont pas de celles qui présentaient chez les Romains le plus d'intérêt pour un chef d'Etat, fùt-il le souverain réformateur des mœurs et le fondateur des institutions religieuses ; le plan des Métamorphoses n'était pas si rigoureux que l'auteur ne pût reporter ce morceau au règne de Tarquin le Superbe, comme le voulaient les historiens, puisqu'il a chanté dans le même livre des événements qui sont bien postérieurs. Il faut donc croire qu'il a suivi de parti pris les Annales d'Ennius, parce qu'il voulait grandir le personnage de Pythagore en le reculant le plus possible dans le passé ; il lui donnait ainsi un caractère fabuleux en rapport avec le dessein général du poème. Dans la tradition populaire, qu'il a empruntée à Ennius, Pythagore n'est pas seulement un philosophe ; c'est un prophète, il a plus d'un trait commun avec Orphée ; de là la facilité avec laquelle ses doctrines ont pénétré l'orphisme. Ovide suppose qu'il prévoit la grandeur prodigieuse de Rome ; il rappelle les prédictions qu'Enée avait jadis recueillies de la bouche d'Hélénus; mais il les complète et les précise ; il annonce les triomphes des grands généraux de la République et l'apothéose d'Auguste ^ On a prétendu qu'Ovide, en le mettant en scène, n'avait pas eu d'autre but que d'arriver h cette prédiction si flatteuse pour l'empereur; là serait le nœud et la raison d'être de l'épisode tout entier^. C'est peu vraisemblable ; car Ovide a bien su introduire par un autre moyen l'éloge d'Auguste, à la fin du livre ^; ici il n'y a touché qu'en passant et l'a encadré au milieu de son exposition, au lieu de le placer à la

1. Q. Enni carininum reliquiae, emendavit. L. Millier (i884); Annales, \l, fragm. IV et V. Voyez du même Quinius Ennius (i884), p. i6i ; L. Mûller croit qu'Ennius lui-même a commis sciemment l'anachronisme ; c'est beaucoup plus douteux.

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