LA PHILOSOPHIE ET LA SCIENCE I
Ovide commence par résumer la physique supposée de Pythagore en cinq vers manifestement inspirés de Lucrèce, mais qui s'accordent tout aussi bien avec les principes du stoïcisme ^ Puis il imagine que le maître expose lui-même un point particulier de sa doctrine : les hommes doivent s'abstenir de la chair des animaux. Ce discours a plus de quatre cents vers^; c'est un des morceaux les plus étendus qu'il y ait dans le poème et, comme le sujet en est bien défini, il présente une certaine unité ; pourtant on y reconnaît sans peine des traces de soudure. La première partie^ comprend la proposition : il est abominable de tuer des êtres innocents pour se repaître de leur chair; h l'origine, dans l'âge d'or, l'humanité se contentait d'une nourriture végétale; mais le monde a été sans cesse en dégénérant*; il faut revenir h la coutume primitive, parce que dans les bêtes que l'on égorge peuvent être cachées des âmes humaines; Pythagore, pressé de plus en plus par le dieu qui l'inspire ^ est ainsi conduit à révéler le mystère de la métempsychose®. Voilà un développement qui semble épuiser le sujet", et Ovide le sent bien, car il entame en ces termes la seconde partie : « Puisque je suis emporté sur la haute mer et que j'ai déployé toutes mes voiles aux vents, sachez qu'il n'y a rien de stable dans l'univers ; tout passe, tout 'se transforme sans cesse ; » nouvelle proposition qui va être confirmée par une longue série d'exemples, tirés de la vie de l'homme et des vicissitudes des éléments^. Mais la nature ne nous oJSfre pas seulement le spectacle de changements réguliers, déterminés par des lois immuables et universelles ; il se produit aussi autour de nous des transformations imprévues, que les savants observent avec curiosité, mais dont ils ignorent les causes ; ces phénomènes extraordinaires, souvent catalogués et décrits à l'époque alexandrine dans des ouvrages intitulés Paradoxa, forment l'objet de la