Ibid., IV
OÙ elles sont changées en arbres. Notons en passant que ce prodige n'est en aucune façon nécessaire au récit ; car il est la conséquence d'un des célèbres travaux accomplis par Hercule, lequel ne faisait plus partie de l'expédition depuis longtemps. Mais Apollonius ne peut résister au désir d'introduire dans ce passage un tableau, où le merveilleux se marie agréablement à une fidèle observation de la nature : « On vit tout d'abord sortir de terre un brin d'herbe; le brin d'herbe poussa de longues tiges; puis de vertes ramures s'élevèrent de toutes parts au-dessus du sol. Hespéra devint un peuplier, Erythée un orme, Eglé fut changée en saule, arbre sacré ; mais toutes, par un merveilleux prestige, paraissaient encore, sous la forme de ces arbres, telles qu'elles étaient auparavant ^ »
Ainsi les récits de métamorphoses ont pris, h l'époque alexandrine, un nouveau caractère : on s'intéresse au prodige pour luimême ; il a une évolution lente, dont on décrit les phases, comme si le sujet à traiter était la naissance d'un oiseau sortant de l'œuf, ou le changement d'une chenille en papillon. 11 s'est fait entre cette partie de la mythologie et les sciences naturelles une assimilation d'autant plus étroite que celles-ci sont elles-mêmes pleines de mystères, ou plutôt que le nombre des mystères qu'elles ren-^ ferment s'augmente chaque jour sous l'influence d'une littérature hybride. Enfin la matière est prête pour Ovide ; les procédés que nous avons observés chez Apollonius sont exactement les siens. Cependant il est probable qu'il n'aurait jamais eu l'idée d'entreprendre ses Métamorphoses^ si les éléments du sujet étaient jusqu'à lui restés épars dans des ouvrages divers, épopées, tragédies ou poèmes lyriques, tels que ceux que nous venons dépasser en revue. Un Romain n'aurait pas de lui-même hasardé cette nouveauté; il fallait qu'il pût citer dans la littérature grecque quelques écrits spéciaux, où l'on eût déjà rassemblé les métamorphoses célèbres de la fable. Quand bien même nous serions absolument dépourvus de renseignements sur ce point, nous pourrions hardiment le supposer : à une époque où se multipliaient les livres sur les merveilles du monde, on devait naturellement en venir à mettre en regard des récits publiés par les voyageurs et les géographes contemporains ceux des auteurs plus anciens, avec la pensée qu'ils s'expliqueraient peut-être les uns par les autres. Cette importance nouvelle donnée aux méta-