Ov., XI
illustre^; voilà un prodige qui trouve facilement sa place dans l'ouvrage ; mais, devenu un guerrier, Cénée a pris part au combat des Centaures et des Lapithes ; belle matière pour u n conte épique ; Ovide la développe largement dans un morceau de plus de trois cents vers^ ; seulement la métamorphose du début ne suffirait plus h justifier la longueur du récit ; Ovide en ajoute une seconde, à la fin, qui servira de dénouement et donnera à tout ce qui précède l'apparence d'une préparation nécessaire. De même il eût été difficile d'introduire Orphée dans le poème, malgré toutes les merveilles que son nom rappelle, si quelque métamorphose n'était pas mêlée à sa légende; la tradition ne lui fournissant pas ce qu'il -cherche, Ovide l'invente^.
Il n'y avait guère de héros, dans la mythologie hellénique, dont la légende ne comportât plusieurs versions différentes. Il semble qu'entre ces versions le poète dût faire un choix et s'y tenir constamment dans le même ouvrage ; et en effet c'était bien là le principe des poètes classiques de la Grèce. Les Alexandrins au contraire avaient mis une sorte de coquetterie à juxtaposer dans leurs vers des traditions contradictoires, quelquefois même en faisant part de leurs doutes au lecteur, comme s'ils en appelaient à son jugement. Ovide a montré en certains endroits qu'il n'était pas plus soucieux de se mettre d'accord avec lui-même. L'auteur de la Cù'is passe en revue les fables multiples qui se rapportaient à la métamorphose de Scylla et dans le nombre il en choisit une*. Ovide, moins scrupuleux, raconte d'abord, au livre VIII, comment Scylla fut changée en oiseau^; puis, au livre XIV, comment elle fut changée en un monstre marin, entouré d'une ceinture de chiens hurlants"; ces deux Scylla ne sont-elles qu'une seule et même personne, et en ce cas comment concilier les deux fables? Au lecteur d'en décider. Nous voyons là un même personnage qui subit deux métamorphoses différentes^; inversement.