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Fig. 4. — Libellule déprimée.
fleurs deviennent en général la seule nourriture d'êtres qui, dans leur enfance, beaucoup plus voraces, avaient une nourriture plus grossière, dévoraient d’autres insectes, ou des pâtées spéciales préparées par leurs mères, ou des feuilles, des bois, des fruits. Tels sont les hyménoptères, à ailes membraneuses comme le groupe précédent, mais dont les nervures divergentes dessinent de grandes cellules (fig. 5). A l'état adulte, ils lèchent les matières liquides avec une longue et assez large langue
cornée qui se promène à leur surface, et le liquide, aspiré ensuite, va s’accumuler dans une poche particulière, à l’intérieur du tube digestif. On reconnait les abeilles, les bourdons, les guêpes. I] faut y joindre un second groupe des plus naturels, les brillants papillons; ils enfoncent dans la corolle des fleurs une longue et mince trompe qui, au repos, s'enroule en spirale sous la. tête. Leurs ailes ressemblent, dans leur essence, à celles des précédents, mais leur apparence premièreest tout autre. Elles paraissent parsemées de grains de poussière de toutes les nuances possibles et disposées, par la fantaisie du Créateur, en arabesques les plus variées et les Fig. 5.
Bourdon terrestre, grosse femelle.
plus éclatantes. Cette
prétendue poussière, qui reste attachée aux doigts quand on saisit l’insecte sans précaution, est formée, comme le microscope le montre, de petites écailles de figures très-diverses, implantées par des pédicules en rangées régulières dans la membrane des ailes (fig. 6). De là le nom de lépidoptères donné à ces petits êtres aussi splendides dans leur dernière forme qu'ils semblent vils et mal vêtus dans leur jeunesse. C’est seulement pour le bal de leurs noces qu'ils prennent leurs riches atours, et, fleurs aériennes, rivalisent de magnificence avec ces fleurs immobiles où ils puisent dédaigneuse-
ment quelques parcelles de nectar parfumé. Bientôt les feuilles et les broussailles ont déchiré et sali leurs ailes délicates, le soleil en a terni la vivacité, et le couple meurt après la fécondation et la ponte.
Fig. 6. — Papillon alexanor.
Nous terminerons l'examen des insectes par les groupes où ces animaux se nourrissent en suçant les liquides dans toutes les phases de leur existence. Les hémiptères enfoncent dans la peau des animaux ou dans l'écorce des plantes une sorte de stylet dur et droit, couché au repos sous la face inférieure de leur corps, entre leurs pattes. Tantôt leurs ailes sont entièrement membraneuses, ainsi chez les bruyantes cigales; tantôt celles de la paire inférieure ont cet état, tandis que celles de dessus, coriaces à leur base, ne deviennent minces et transparentes qu'à l'extrémité (fig. 7); on peut citer, pour ce second cas, les punaises de hoïs et celles des eaux.
Le dernier grand ordre des insectes, celui des diptères, comprenant les immenses légions des cousins et des mouches, se reconnait tout de suite en ce qu'il paraît n'avoir qu'une seule paire d’ailes membraneuses, pareilles aux ailes antérieures des hyménoptères. En les regardant de plus près, on voit au-dessous une paire de petits organes formés d’une tige grêle terminée par une boule. On les aperçoit très-bien en prenant une de ces grandes tipules qui volent le soir en abondance dans les jardins potagers. Ces singuliers appareils se nomment les balanciers, par analogie avec le balancier des danseurs de corde. Cette comparaison est inexacte, car les balanciers des diptères ne servent pas à les maintenir en équilibre, mais concourent au vol d’une manière active et efficace. Si on pique par le milieu du thorax une des mouches si agiles des bois, on pourra remarquer sous la loupe, quand le pauvre insecte essaye de fuir en exécutant de rapides vibrations d'ailes, que les balanciers sont aussi agités de mouvements précipités. Si on les coupe délicatement avec des ciseaux à broder, le diptère ne peut presque plus voler et descend en tournoyant. Chez beaucoup de mouches, où les balanciers sont courts, une observation attentive nous fait voir qu'ils sont entourés, par-dessus, d’une sorte de collerette blanchätre, formée par deux minces membranes appelées cuillerons. Qu'on me pardonne ces détails, ils peuvent apprendre com-
Fig. 1.
Réduve masqué.
bien les insectes les plus dédaignés par leur peu d'éclat offrent encore de ressources à la curiosité intelligente. Une humble mouche peut distraire d’un long ennui quiconque saura l’étudier de près et reconnaitre, sous un verre grossissant, sa merveilleuse structure. Les diptères sont des suceurs de liquides. Tantôt, comme les cousins et les taons, l'effroi du bétail, ils enfoncent dans la peau des stylets acérés ; tantôt, comme la mouche des maisons, ils déplient une trompe molle et spongieuse, et la promènent sur les surfaces humides des viandes, des fruits, des fumiers.
A côté des groupes supérieurs viennent, selon la grande loi de la nature, quelques types dégradés dont les représentants vivent souvent en parasites sur des animaux, trouvant ainsi la table toujours servie, alors que la lenteur de leurs mouvements et leurs faibles organes de marche les exposeraient à mourir de faim s'ils devaient chercher en liberté leur pâture. Les ailes manquent toujours à ces insectes moins heureux, à la première apparence, que leurs frères aériens, mais toutefois admirablement appropriés aux conditions de leur obscure existence. Ainsi sont constitués les thysanoures, dont un {ype nous est offert par ces insectes plats, aux écailles brillantes, qui courent dans les armoires humides des garde-manger, dévorant les provisions, et que les enfants nomment pelits poissons d'argent; ainsi se présentent les aphaniptères ou puces, vivant sur un grand nombre de mammifères, avec de très-légères différences d'espèces, et les hideux anoploures ou épixoïiques, création
désagréable où les partisans exagérés des causes finales veulent voir une excitation providentielle à la propreté, vertu si importante à l'hygiène publique.