MÉDOR
« Un moment, un moment! C'est bientôt dit, la gloire et vingt écus ! Et moi donc ! et mon devoir !
LE RECRUTEUR
« Ton devoir! Il consiste pour le quart d'heure k recevoir ton salaire et à te sauver, après cependant que j'aurai toisé ces trois citoyens, car s'ils n'ont pas la taille, il n'y a rien de fait. Bonnes figures tout de même I... »
Nos trois conscrits eurent la hauteur et la constitution voulues. D'ailleurs, en ce temps-là, on n'était pas difficile.
Ils partirent. Je ne sais pas s'ils firent connaissance avec la gloire, mais il paraît qu'ils continuèrent à connaître le froid du fer. C'est du moins ce qu'on peut augurer en voyant ces trois débris , assis à l'ombre des trophées de
l'hôtel des Invalides , philosophant sur la superfluité de certains membres du corps humain, et prenant en pitié (es aristocrates qui ne peuvent vivre sans deux jambes, deux bras, et le reste.
MORALE La guerre est un abattoir en ^ros et en détail.
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II n'est pas de si petits changements qui n'apportent une révolution. A-t-on assez déclamé contre la prison pour dettes et la prise de corps! Combien de discours trèséloquents pour et contre! Les uns disaient : Vous n'avez pas le droit de vous donner, vous-même, eu gage à vos créanciers. Les autres répondaient : Mais si vous ôtez ce dernier gage, où donc trouverai-je un ami qui m'aime assez pour me prêter l'argent dont j'ai besoin? — Mais quoi,
si cet argent n'est destiné qu'à servir vos passions? — Eh, monsieur, quel plus bel emploi de l'argent que de servir à mes passions! Puis, les uns et les autres, ils se demandaient ce que deviendra désormais cette aimable prison de la rue de Clichy. Peu de maisons parisiennes lui étaient comparables. Une grande cour qui s'ouvrait au soleil levant ; une antichambre spacieuse, une seule porte fermée à double tour, mais toutes les autres portes grandement ouvertes. Un beau jardin, un vaste escalier, des amis et même un peu mieux qui venaient vous voir. Puis, si vous vouliez être à l'abri des importuns, pas un mortel qui osât vous déranger. On se couchait de bonne heure; on se levait de bon matin; le prisonnier, disons mieux, l'homme heureux logé sous ces voûtes, n'avait à redouter ni les tragédies de l'Odéon, ni les comédies du Théâtre- Français. Si par hasard le dernier vaudeville était joli, bientôt les meilleurs couplets traversaient les grilles complaisantes, et les plus belles voix chantaient dans le vaste corridor ces piquantes gaietés. La maison de Clichy, la prison pour dettes, revenaient sans cesse et sans fin dans le roman moderne et dans les fêtes de l'esprit de chaque soir. Après les beaux esprits, les plu^ charmants peintres s'emparaient de ce monde à part où tout semblait rire et sourire. Une fois, comme il était dans ses belles humeurs, notre ami Gavarni écrivit de son cravon charmant l'histoire élégante du Clichy des jeunes gens imprévoyants mais amoureux : — Ah! Ninil voilà un cabriolet qui a
mis six mois pour nous conduire de la rue Saint-Jacques à Clichy! Nini riait, Gustave aussi riait. Puis, en fin de compte, arrivait, grognant et pardonnant, une vieille tante, et plus souvent la mère, et le jeune échappé de Clichy rentrait dans l'action et dans le devoir. Ce n'était pas plus difficile et plus malheureux que cela.
Mais la déclamation! Compter sans la déclamation, c'est compter sans l'hôte! elle est vieille et plus rien ne l'amuse! elle se déplaît aux chansons, aux beaux rires, aux paradoxes consolants! Certes ce n'était pas trop qu'une prison amusante 1... ils l'ont renversée, et désormais il faudra des commentaires et des explications aux romans de Paul de Kock, aux dessins de Gavarni, aux saynètes (f Henri Monnier. La génération nouvelle à chaque instant s'arrête, et le lecteur se demande : Où donc prennent-ils la prison pour dettes , Clichy, et le garde du commerce? — Ah ! monsieur le baron , il est six heures du matin, le soleil est levé! et messieurs les gardes du commerce allaient gaiement coffrer M. le baron en habit de carnaval.
C'est pourquoi nous avons écrit le présent commentaire, afin qu'en l'an de grâce 4968 les lecteurs aient quelque intelligence du petit drame que voici :
%10 LES MÉTAMOKPHOSl^S DU JOUR.
PERSONNAGES : Le Vicomte LéopoLD DES CROCS, quarante et on ans, cheveux grisonnants, forte stature, larges épaules, figure mâle, ornée de moustaches relevées en pointe ; tenue presque militaire, enfin un bel homme selon les charcatières et les bonnes d'enfants. — LIMIER, garde du commerce, fin coureur, visage f&té, jambe alerte, corps à l'avenant ; — DOGUIN,— MOLOSSE, — BARBET, ses assistanU. — OCTAVE; — M. DURILLON, pédicure; - M"'* DURILLON; — M. SABOULARD, père de M"« DuriUon ; — M"'*" SABOULARD; — Anastasie SABOULARD, leur fille; — BJAR- GO TON, cuisinière.
{La scène se passe à Paris et à Fonlenay-sous-Bois, en i8..,.)