Poggendorffs Annalen, t. CXIII, p. 508. i
CHUTOIHITE.
On 1 désigné quelquefoîi sous le nom de chantonnite le silicate noir qui donne Diisuoce aux veines de plusieurs météorites, telles que Chantonnay, Charsonville, Heii» (iles Philippines], fig. 19, etc. D'après H. Shepard' sa dureté varie de 6,5 à 7 et u densilë est égale à 5,48. On n'a eu pendant bien longtemps que desDoliws fort vagues sur sa composition. J'ai montré que ce prétendu minéral b'uI qa'nne teinture développée par la chaleur.
La chaleur, en efTet, développe dans^les météorites grises un curieux phénomène lirai je me suis préoccupé de rendre compte.
Taià snctânctement le résultat de mes études *.
Id première chose k faire était évidemment de préciser les conditions de t'eipérince, afin de reconnaître les causes déterminantes de la transformation. Or, il est lidle de voir tout d'abord, que la température exerce sur elle une influence capitile : an-dessous du rouge, la nuance du produit est d'autant plus éloignée du Mir que la température a été moins élevée; au-dessus du rouge, la dureté, la ténacilé et la densité paraissent croître avec le degré de la chaleur. De telle sorte qu'il mit sans doute possible de préciser beaucoup les conditions de température par lesquelles ont passé, par exemple, la pierre de Sédf et les fragments lilhoïdes du Itr de Deesa. (Voir plus loin la description détaillée de ces niasses).
Eo secrad lieu, l'air atmosphérique ne joue aucun rôle dans le phénomène. A pcniière vue, il sembinit naturel d'attribuer la coloration noire à une oxydation pirlidle du fer ; mais cette explication n'a aucune valeur. En efTet, d'une part, le KÛdssemeot a eu lieu dans la matière même de la pierre de Sétif, avant son arri- *^ dans notre atmosphère et, ce qui est encore plus probant, dans les fragments EKipàtés au milieu du fer de Deesa; et, d'autre part, il est aisé de développer la nloniion noire à l'abri de toute influence oxydante. Ainsi, j'ai amené au noir un petit Ingment de la pierre de Pultusk en le chauffant dans un courant d'acide
t' Heporl OH American meleorile», p. 7. 1- r^mftu rtndui, t. UI, p. 330.
n ENCYCLOPÉDIE CHIVIQUE.
carbonique, tandis que je n*ai pu décolorer ni même faire pâlir un fragment de I pierre de Sétif, en le soumettant au rouge dans Thydrogène.
Dans d'autres expériences, j*ai reconnu que si le chauffage a lieu en présence da excès d*air, le produit n*est plus noir, mais d*un rouge ocreux ; et les firagmeni chaufTéi dans un creuset, et qui soi^ noirs à Tintérieur, présentent sou?ent su leurs surfaces externes une coloration rubigineuse. L'influence de Tair est eneor plus nettement visible quand on chauffe dans un creuset un peu grand un pet fragment de moutréjite. Tandis que les globules compacts deyiennent franchemei] noirs, le ciment très poreux, et, partant imprégné d*air, devient rouge.
On pouvait se demander si la pierre ne perd rien pendant sa transformation; j me suis assuré que la calcination n*en dégage aucune substance.
b'nillf^urs, ot cotte remarque est décisive en même temps contre toute idée d'actioi oxydantOt In poids de la pierre n'est pas sensiblement changé par la calcination.
Il r^'iHultn do ces faits que la transformation qui nous occupe est due à un chao f(i«rrif>ni dari^ Tétut moléculaire de la roche et non pas à l'addition ou à la soustrac tifMi d'f^lrfinontfi particuliers. Aussi était-il indiqué d'examiner au microscope la dû podilhin do la matière noire è l'inléneor de la pierre.
r^rftlraii'oifioni k ce que l'oo aurait pu croire» cette matière est très loin i Hiil^UUittf la mas«e tout entière; et même on trouve beaucoup de parties où elle i ## UHfhitti pan» Os parties sont incolores et très cristallines, comme le prouve lei î^ym />Mr la lumière polarisée. La matière noire, au contraire, est opaque, HHIlUi*^ ^||« n'Mrt pas de contours définis, il est impossible de dire si elle e I^I^H^[A^ f^^ erUtalline. Elle est, du reste, disposée d'une manière tout à fait irr fi^\m'tit «miiêdrzai les grains incolores ou bien formant à leur intérieur, tant 4^ lif^mê plus ou moins contournées, tantôt les ponctuations plus ou moii
yëurain voulu déterminer la proportion de cette matière noire, mais aucun pn féM Uâi fermei de la séparer des substances avec lesquelles elle se trouve e
lEo combinant ensemble les résultats des expériences et des observations micro copiques ci-dessus rapportées, on anive à penser que la coloration noii^ s'expliqt m admettant que les météorites grises contiennent un ou plusieurs silicates mu tiples à base de magnésie et de fer, qui se dédoublent sous Tinfluence de la ch leur en silicates magnésiens incolores et en silicate de fer noir.
Reste à déterminer la composition de ce dernier composé. Ainsi que je l'ai di oa œ peut parvenir à le séparer, mais celles de ses propriétés que l'on arrive coastater permettent de se faire une idée très précise de sa véritable nature.
Ce silicate est attaquable aux acides et cela même à froid, pourvu que l'exp rieoce dure assez longtemps. Si, en effet, on abandonne dans l'acide chlorhydriqi pur la poudre fine obtenue par la porphyrisation de la pierre de Pultusk, préal biemeot noircie par la calcination, on observe, après un temps suffisant (l'exp rieoce a duré près d*un mois), qu'elle est complètement décolorée. Lavée à l'es p<>ui' enlever l'acide et les sels solubles, puis à la lessive de potasse pour dissoud JU biiiiyn gélatineuse et enfin à l'eau pour entraîner l'excès d'alcali, elle donne ui IH/udre qui, desséchée, est d'un gris très clair, tout à fait comparable à la coulei qii'j^v^ U mMmte avant sa transformation. Il résulte delà que, dans la pierre <
Sétif, la substance noire fait partie de la matière attaquable dont Tanalyse m*a donné les résultats suivants* :
Oxygène»
Silice 18,64 ' "^^^
Magnésie 17,89 6,fc3 l
Protoxyde de 1er . . 5,71 1,26 I ^'^
Soude traces
Alumine traces
Fer nickelé 12,62
Troilite 5,01
Cette matière attaquable présente, comme on voit, presque exactement la composition du péridot. Il faut donc que le silicate noir, mélangé sans doute à un silicate magnésien, ait lui-même la composition du péridot. La première pensée est de le rapprocher de l'espèce nommée fayalite, et Ton doit reconnaître qu'il en offre à peu près les caractères extérieurs ; toutefois il en diffère complètement par son inertie à l'égard de Taimant.
La matière séparée par Taimant, du produit obtenu en pulvérisant la pierre noircie, est bien noire elle-même ; mais il est facile de voir que les grains magnétiques sont simplement enduits de matière noire, car si Ton dissout tout le métal au moyen d'un acide faible, il reste une très petite quantité d*une poudre parfaitement noire qui n'est plus altérable.
Après avoir reconnu la nature péridotique du silicate noir, il faut chercher aux dépens de quelle matière ce silicate est produit. On peut se demander en eifet s'il résulte d'une simple modification subie par les matières péridotiques, ou s'il dérive de minéraux plus acides. Or, sans trancher positivement la question et sans affirmer que des minéraux péridotiques ne peuvent point donner naissance à un silicate de ce genre, on doit reconnaître que le silicate noir se forme dans les parties pyroxéniques ou amphiboliques. Ainsi, les globules de la météorite de Montréjeau, qu'on regarde, à la suite du travail de M. Damour, comme formés de feldspath et de pyroxène, deviennent parfaitement noirs ; et cela, ainsi qu'on Ta vu plus haut, même dans des conditions où le ciment, bien plus riche en péridot, ne change pas de couleur.
De plus, on reconnaît que ces globules, insolubles comme on sait dans les acides, deviennent partiellement attaquables après la calcination et se dépouillent alors de la nuance noire que celle-ci leur communique.
Ajoutons, en passant, que cette sorte de liquation explique peut-être comment certains silicates deviennent partiellement attaquables dans les acides à la suite d'une calcination : il s'y ferait une espèce de départ, dont le produit serait uu on plusieurs protosilicates solubles.
En résumé, il paraît bien démontré que la coloration noire éprouvée par les météorites grises sous l'influence de la chaleur, est due à la séparation, dans ces inétéorites, d'un composé particulier de nature péridotique^ qui résulte d*une
i. Comptes rendus, t. LXYII, p. 514.
gé ENGYGLOPÉDifi CHIMIQUE.
Mpèee de liqtiation subie par les silicates préexistants et spécialemeDl ckmi la composition se rapproche des pyroxènes et des amphiboles.
Od remarquera que la petite manipulation qui consiste à chauffer au fragment de météorite peut, dans certains cas, fournir des données tn quant à la composition minéralogique des roches ainsi traitées. Par ei pii^rre de Montréjeau manifeste par ce procédé des grains irréguliers qui se friee i leur couleur d*un blanc mat rappelant laspect du plâtre, et qi poini signalés dans les analyses. De même dans la pierre de Pultusk af tUiê grains incolores très actifs sur la lumière polarisée et ayant tous les de U variété d*enstatitc que j*ai désignée sous le nom de victorite^ C «existe dans la pierre normale de Pultusk, mais il est difficile à voir et i inaperçu, tandis qu*on le trouve facilement dans la roche noire, grâce au de fig couleur avec celle de la masse principale.