POINT DE VUE LITHOLOGIOUE
On a admis pendant fort longtemps entre les météorites des diverses chutes une identité presque complète sous tous les rapports, ou tout au moins des ressemblances très intimes. Cette opinion, toute fausse qu'elle soit, a été d*abord fort utile à la science en portant les savants à reconnaître la réalité du phénomène de la chute des pierres : de ce que les pierres étaient toutes semblables entre elles on concluait plus aisément que leur origine était conmiune.
Aujourd'hui, au contraire, il est constaté qu'il existe autant de variétés entre les météorites qu'entre les roches terrestres, et Ton en est même arrivé à ce point que leurs caractères généraux se bornent h fort peu de chose. En les examinant de près on voit surgir entre elles de profondes différences.
Les météorites composées de fer métallique compact sont celles qui frappent tout d'abord l'attention. On les désigne depuis bien longtemps sous le nom de fer$ météoriques et, par opposition, d'autres sont appelées pierres météoriques. Entre ces deux termes extrêmes on trouve des masses qui établissent de l'un à l'autre des transitions très ménagées.
Le fait de la présence ou de l'absence du fer métallique a paru à tout le monde être le meilleur caractère pratique pour établir de grandes divisions parmi les météorites.
La plupart des météorites contiennent à la fois, et même quand la première apparence ne le ferait pas croire, du fer et de la pierre en proportion d'ailleurs extrêmement variables.
La situation relative de ces minéraux est loin d'être toujours la même. Tantôt la pierre est à l'état de grains englobés dans le fer, tantôt, au contraire, le métal est en grenailles disséminées dans la pierre.
Dans de pareilles conditions, la première chose que nous ayons à faire est de chercher à établir parmi les météorites une classification.
Or, à notre sens, dans aucune branche des sciences naturelles, une classification naturelle n'est possible.
Exprimer à la fois tous les rapports et toutes les différences existant entre divers êtres, dépasse absolument les facultés humaines, et l'on est réduit' à donner la préférence à celle des classifications qui exprime simplement le plus grand nombre de ces rapports et de ces différences.
Si r«n admet cette manière de voir, on devra reconnaître qu'elle est particu-
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lièrement applicable aux classifications géologiques qui offrent des difficultés s ciales.
En ^ninéralogie, une classification est relativement facile.
Les individus sont définis par leur composition d*abord et ensuite par leur foi cristalline. Cela, bien entendu, sous réserve des perturbations apportées par l'i morphisrae, le polymorphisme, etc.
En lithologie, au contraire, l'individu, qui est un simple mélange, n'étant définissable, la classification même artificielle est par cela même extrêmem difficile.
Par exemple, on admet que le granit et le gneiss constituent deux etfè distinctes : ces roches ont cependant la même composition immédiate, c*est-à-d résultent du mélange en proposition semblable des mêmes minéraux: quai orthose et mica. La diiïérence, qui suffit pour les caractériser, est celle de 1 structure : le gneiss est feuilleté, le granit est massif; mais le caractère est 1 d'être absolu. Certains gneiss sont très peu schistoïdes, et tous les lithologû admettent chez le granit une variété feuilletée. Les deux espèces ^nt donc li par des intermédiaires insensibles et il est dès lors impossible de les définir.
Mais ce n'est pas tout. La proportion des minéraux constituants est variaU* l'infini. Dans le granit, le mica peut devenir progressivement très peu abondai la roche passe alors à la pegmatite sans que l'on puisse dire à quel moment i des espèces fait place à l'autre. Le mica peut changer un peu de oomposition devenir plus riche en fer; on ne sait alora si l'on a affaire à un granit ou ài protogine. Si le feldspath devient rare, on passe peu à peu à l'espèce greisen; c'est le quartz dont la proportion diminue, c'est Tespèce minette ou bien Ve8f kersanton qui prennent naissance.
De plus, quand on définit le granit : un assemblage cristallin et grenu, de quai de mica et do feldspath, on donne là une définition idéale. En général, outre minéraux, la roche en contient d'autres, en proportion ordinairement fail mais essentiellement variable. De la tourmaline, du grenat, de l'amphibole» rencontrent souvent dans le granit; en certains cas leur proportion peut devc xonsidérable, et alors ce n'est plus du granit qu'on a, mais des roches de pass conduisant à l'hyalo-tourmalite, à la greuatite ou au diorite.
Il résulte encore de là, comme on voit, une augmentation d'incertitude dam définition des individus, c'est-à-dire une augmentation de difficulté pour classer.
Toutefois il est indispensable de présenter à ceux qui étudient les types roches suivant un ordre méthodique. Si on les mettait dès le début en prése d'échantillons disposés au hasard, ils ne se tireraient jamais de ce dédale. 11 1 donc recourir à un arrangement, mais il faut savoir ne prétendre qu'à un an gement essentiellement artificiel.
Ces considérations s'appliquent toutes aux météorites, et c'est pour cela que n les avons indiquées. Elles sufâsent pour nous faire prévoir qu'une classifical naturelle des météorites est impossible.
MÉTÉORITES. 9i