‹ Les méthodes de synthèse en minéralogie: cours professé au MuséumChapitre 41 sur 85 · FUSION IGNEE SANS MODIFICATION DE COMPOSITION · texte numérisé non relu

FUSION IGNEE SANS MODIFICATION DE COMPOSITION

au dodécaèdre rhomboïdal ou à quelques-unes de leurs combinaisons.

Après Topération de la coupellation, l'argent offre parfois des géodes cristallines signalées d'abord par Haussmann ^ et dont plusieurs cristallographes ont étudié les particularités.

Par la fusion ignée, le bismuth prend aussi Tétat cristallisé et tout le monde connaît les beaux rhomboèdres ainsi obtenus et qui dépassent de beaucoup en perfection tous les cristaux naturels.

On fait de même très aisément cristalliser le plomb métallique.

Corps composés. — Le sujet qui nous occupe est loin d'être exclusivement relatif à des corps simples. Certains composés très stables peuvent aussi cristalliser à la suite d'une simple fusion. Nous en indiquerons quelques exemples.

M. Cossa * a réalisé la reproduction du fluorure de magnésium ou sellaïte en fondant au rouge le fluorure de magnésium des laboratoires. Dans quelques expériences il ajoutait une certaine proportion de fluorure de sodium ou de potassium. Des cristaux quadratiques sont facilement isolés par un simple lavage ; on leur trouve les formes et les groupements du minéral naturel.

Au rouge vif, le sulfate de chaux entre en fusion et le culot présente après le refroidissement la composition chimique, les propriétés physiques et les clivages de l'anhydrite. Mitscherlich, à qui est due cette expérience, est même arrivé par des précautions spéciale^ à préparer ainsi des cristaux déterminables *.

Pour obtenir de beaux cristaux de galène on peut, suivant Stolba*, chauffer au rouge, dans un creuset de grès, un mélange de galène pulvérisée et de craie.

La reproduction artificielle de la greenockite du cadmium sulfuré a été réalisée par M. Schuler', en fondant dans un creuset de porcelaine un mélange de sulfure de cadmium précipité et

* Abhandlungen der K. Geselchaft der Wissenschaft zu Gœitingen, t. IV, p. 224.;

• Ricerche chimiche ee tnicroscopiche, p. 83, 1861 (Turin). ' Poggendorfs Annalen, t. XI, p. 321, 1825.

* JahrcsbeHcht fur Mineralogiey 1863, p. 242.

• Annalen der Chemie und Pharmacie , t. LXXXVII, p. 35, 1853.

amorphe, de soufre et de carbonate de potasse. Le culot, refroidi lentement, renferme des cristaux microscopiques ayant les formes hexagonales avec les modifications antihémiédriques observées sur les échantillons naturels de greenockite.

§ IIL — INTERVENTION d'uN MINER A LISATEUR

Dans une foule de circonstances, le succès des synthèses dépend de rintervention d'un corps qui n'est pas destiné à figurer dans le produit final, mais qui exerce évidemment, suivant Theureuse expression adoptée depuis longtemps, une action mineralisatrice.

Sans doute, le plus souvent cette intervention s'explique par la production transitoire de combinaisons qui se défont ensuite; parfois aussi, il semble que la cause du phénomène soit surtout physique et consiste dans une mobilité plus grande donnée aux molécules réagissantes.

Nous aurons à revoir Tinfluence des minéralisateurs dans les diverses parties de ce volume; ces corps peuvent, suivant les cas, être liquides ou gazeux.

Minéralisateurs liquides. — Certains minéralisateurs liquides agissent dès la température ordinaire. Ainsi on peut mentionner parmi les synthèses minéralogiques la cristallisation du soufre obtenu paï* Févaporation des dissolutions dans Téther, dans le sulfure de carbone ou dans d'autres véhicules.

Tout le monde sait que la forme produite ainsi est conforme à

celle du soufre naturel des volcans, tandis que par fusion et refroi-

^dissement le soufre se présente en aiguilles du quatrième système.

U est remarquable que, malgré son analogie avec le soufre, le sélénium soit incomparablement plus rebelle à la cristallisation. La solution dans le sulfure de carbone donne par évaporation des écailles tout à fait analogues aux échantillons naturels, mais dépourvus comme eux de contours géométriques. Mitscherlich'

• Poggendorrê Annalen, t. XI, p. 323 et 511, 1827.

INTERVENTION DTN MINER ALISATEUR 135

n'a pu parvenir à faire cristalliser le sélénium qu'en en laissant digérer longtemps la poussière dans du sulfure de carbone conservé en vase fermé. Cette synthèse a seule permis l'étude cristallo^aphique du sélénium qui appartient au système clinorhombîque et dont les formes dérivent d'un prisme oblique rhomboïdal de 76° 20' dont la base fait avec l'axe un angle de 104^6',

D'autres exemples pourraient être cités, on mentionnera encore le suivant.

Pour obtenir des cristaux d'or d'un volume relativement considérable, M. Knoffl a ingénieusement fait intervenir les facultés dissolvantes du mercure'. Il commence par dissoudre le métal précieux dans vingt fois son poids de mercure et il soumet pendant une huitaine de jours cette dissolution à une température voisine de 80 degrés. Il se fait ainsi de très belles cristallisations qu'on débarrasse du dissolvant, d'abord par l'acide azotique, puis par l'application de la chaleur qui volatilise le mercure restant.

Fonte en fusion. — Au point de vue où nous nous sommes placés, la fonte de fer se présente comme le minéralisateur du carbone, qui se dépose de sa dissolution métallique sous la forme de graphite.

Potasse. — Becquerel est parvenu à faire cristalliser l'oxyde de cuivre en le soumettant à la fusion après l'avoir mélangé à de la potasse qui joue, dans ce cas, le rôle de minéralisateur caractérisé. Il suffit de lessiver à l'eau après son refroidissement le contenu du creuset pour en isoler des petits cristaux très brillants ayant les caractères de la ténorite naturelle*.

Le même expérimentateur a, par la même méthode, provoqué la cristallisation de Toxyde de plomb ou massicot. Suivant M. Michel', les cristaux obtenus sont très brillants, d'un brun foncé et appartiennent au système quadratique.

* Dingler's polytechnich Journal, t.CLXVIlI, p. 282.

Annales de physique et de chimie^ t. LI, p. 122, 1857. » Bull. Soc. Miner., t. XIII, p. 56, 1890.

lae MÉTHODES DE SIMIM.E CRISTALLISATION DE VOIE SÈCHE

La potasse en fusion détermine la cristallisation de Foxyde de zinc pulvérulent, ainsi que Becquerel Ta reconnu*. Les cristaux sont identiques à ceux de la zincite naturelle.

Chlorures fondus. — La reproduction de la fluorine a été réalisée par fusion par MM. Scheerer et DrechseP. Leur procédé consiste à soumettre à un refroidissement très lent le produit de fusion d'un mélange de fluorure de calcium avec un chlorure alcalin ou alcalino-terreux. Les cristaux obtenus sont octaédriques.

Le chlorure de sodium ou le chlorure de potassium fondus exercent une vraie action minéralisatrice sur certains carbonates amorphes. M. Bourgeois' a fait ainsi cristalliser le carbonate de baryte et le carbonate de slrontiane.

Il suffit pour cela de projeter par petites portions une partie de carbonate de baryte précipitée dans dix parties de chlorure de sodium en fusion * ; aucune effervescence ne se produit et si Ton pousse un peu la température, le carbonate se dissout complètement. Puis, lorsque la température s'abaisse au-dessous d'une certaine limite, la masse se trouble et un précipité cristallin prend naissance. Cette température a été maintenue quelques minutes; le tout a été abandonné à un refroidissement lent et complet, puis repris par Teau chaude. Le liquide est une dissolution parfaitement neutre de chlorure de sodium et Ton recueille un résidu entièrement cristallisé.

La même méthode s'applique avec le même succès à la préparation du carbonate de strontiane présentant tous les caractères de la strontianite naturelle, les conditions de Texpérience étant identiques à celles qui viennent d'être décrites. Aussi, en présence de ces résultats, l'auteur s'est-il demandé si la méthode ne pourrait être appliquée avec fruit à Tobtention du carbonate de chaux cristallisé. Mais une difficulté paraissait devoir s'opposer à ce résultat

« Annales de chimie et de physique^ t. LI, p. 105, 1857.

• Joutmal fUr praclische Chemie, 2" série, t. VII, p. 63. » Thèse, p. 57,1883.

* On peut prendre comme fondant le chlorure de potassium ou le mélange des deux chlorures alcalins.

INTERVENTION D'UN MINÉRALISATEUR 137

de grand intérêt : c'était la facile décomposition par la chaleur du sel à obtenir. Cependant Fauteur est parvenu à réaliser la cristallisation de la calcite, par fusion du carbonate amorphe dans les chlorures alcalins ; il a suffi pour cela de ne dépasser que de très peu le point de fusion des sels minéralisateurs. Faute d'observer celte précaution, on voit se produire une effervescence d'acide carbonique.

Lie fondant le plus propre au succès est un mélange à équivalents égaux de chlorure de sodium et de chlorure de potassium qui fond, comme on le sait, à une température plus basse que chacun des deux sels pris isolément.

L'opération peut être conduite dans un vase de verre vert, la fusion ayant lieu au rouge sombre naissant; il suffit de projeter, comme plus haut, le carbonate de chaux amorphe : un recuit de quelques instants permet déjà d'apercevoir des individus cristallins reconnaissables, mais très arborisés. Si l'on veut se procurer de beaux échantillons, il convient de prolonger le recuit pendant un quart d'heure. Le lessivage se fait comme plus haut, et l'on se débarrasse par lévigation de la portion la moins cristallisée constituée par des globulites et des arborisations en barbes de plumes.

La densité du produit est 2,71, soit celle de la calcite; par calcination au rouge blanc, il reste un résidu de chaux pure formant 56 p. 100 de la matière décomposée, ce qui correspond à la formule CaO, CO*.

L'état cristallin de la substance est déjà bien visible à l'œil nu; on distingue des lamelles nacrées atteignant 0"™,1 ; au microscope, on est frappé de la beauté des formes naissantes identiques à celles des cristaux de neige.

Les fluorures alcalins réagissent d'une toute autre manière que les chlorures sur les carbonates alcalino-terreux par voie sèche. Il y a décomposition de ceux-ci avec effervescence, même si Ton a soin d'employer un mélange à équivalents égaux de fluonires do sodium et de potassium. Après recuit et refroidissement, la partie soluble dans l'eau renferme des alcalis libres et l'on recueille des fluorures alcalino-terreux amorphes ou en très petits cubes. Celte dernière circonstance se présente avec le carbonate de

chaux et Ton se trouve i^amené aux conditions des expériences de MM. Scheerer et Dreschsel*,

Ajoutons que, si Ton fond, dans les chlorures alcalins, un mélange à équivalents égaux de carbonates de baryte et de chaux, la cristallisation a lieu comme plus haut; mais ceux-ci, au lieu de se séparer à l'état isolé, s'unissent par voie d'isomorphisme et donnent un produit homogène, identique comme aspect à la calcite artificielle et qui, renfermant la chaux et la baryte en proportions équivalentes, peut être rapporté à Talstonite.

La méthode décrite ci-dessus ne réussit pas avec les autres carbonates, tels que ceux de magnésie, manganèse, fer, zinc, nickel, cobalt, cuivre, etc. Tous ceux-ci sont, en effet, violemment décomposés à une température inférieure à 200 degrés. La dolomie elle-même, projetée dans les chlorures alcalins fondus, donne lieu à une vive effervescence; en reprenant par l'eau, on recueille de la magnésie amorphe et des étoiles hexagonales de calcite pure, conforme de tout pointa celle qui vient d'être décrite.

M. Gorgeu* a constaté la solubilité de beaucoup de sulfates dans des chlorures fondus ; par le refroidissement, les sulfates cristallisent et on peut les isoler par un simple lavage. Si le chlorure employé comme dissolvant est fusible à une température peu élevée, on obtient de beaux cristaux après un refroidissement gradué de ce sel saturé au rouge orangé.

Par celte méthode, Fauteur a obtenu l'anhydrite, la barytine et la célestine.

Fluor. — MM. Fremy et Feil ont publié, à Tégard de la synthèse du corindon, une série de nombreuses d'expériences' où l'action minéralisatrice du tluor est très visible, et que nous avons déjà eu l'occasion de citer.

Ces chimistes ont soumis à la fusion un mélansre d'alumine, de silice et de fluorure de baryum avec des traces de chromate do potasse comme colorant.

' Journal fur praktiscfie Chemie, 2* série, t. VII, p. 64, « Bull. Soc. Miner,, t. X,p. 284, 1887.

• Comptes rendus, t. LXXXV, p. 1029, 1877.

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Outre Talumine cristallisée en lame et constituant réellement le corindon rose, il se fait un silicate double d alumine et de baryte qui, pour la constitution comme pour la forme cristalline, constitue un minéral feldspathique que M. Terreil considère comme ■une anorthite barytique BaO, Al*0%2SiO*.

M. Fremy a repris, en collaboration de M. A. Verneuil, ses recherches sur le corindon*. Les cristaux de rubis épais et rhomboédriqnes, offrant toutes les propriétés du rubis naturel, se produisent lorsqu'on calcine pendant une centaine d'heures, à une température voisine de 1,500 degrés, un mélange d'alumine plus ou moins potassée, de fluorure de baryum et de bichromate de potasse. Dans un volume spécial *, M. Fremy a décrit avec beaucoup de détails toutes les précautions à prendre pour obtenir des cristaux volumineux. Parmi ceux-ci, il en est qui atteignent 08^%07S, c'està-dire plus d'un tiers de carat. Plusieurs fois, au cours de ces magnifiques expériences, on a vu aux cristaux rouges de rubis proprement dit s'associer des cristaux violacés ou même très bleus de véritable saphir, et la minéralogie tirera parti du fait en même temps que la joaillerie, par la lumière qui en résulte sur la cause de la coloration des gemmes. Dès maintenant, on peut dire que la production industrielle des cristaux de rubis identiques à ceux de la nature est chose connue : de nouvelles opérations bien conduites sur une centaine de kilogrammes de produits à la fois, amèneront sans aucun doute la séparation de cristaux pesant individuellement un ou plusieurs carats.

Silice, — Il paraît, d'après M. Albert Brun , que la silice, en très petite proportion, peut, dans certains cas, servir de minéralisateur à l'alumine. En chauffant au blanc ardent pendant trois heures, un mélange de silice 40, chaux 37, alumine 120, M. Brun a obtenu une masse très dure contenant des cristaux d'anorthite, mais dont le tiers consistait en cristaux de corindon pur. Ce sont des rhomboèdres basés et des lamelles hexagonales aplaties suivant a '.

* Comptes l'endus, t. CXII, p. 405, 1891 .

* Synthèse des rubis, gr. in-4*, Paiis, 1891.

* Archives des sciences physiques et naturelles^ t. XXV, p. 239, Genève, 1891.

Hydracides. — Henri Sainte-Claire Deville a montré par de très nombreuses expériences Faction minéralisatrîce de certaines vapeurs passant à haute température sur des corps fixes amorphes qui cristallisent ainsi ^

L'acide chlorhydrique est spécialement efficace.

Pour faire cristalliser la cassitérite, H. Sainte-Claire Deville a fait passer* un courant lent d'acide chlorhydrique sur de Tacide stannique précipité et maintenu dans un tube de porcelaine à une très haute température. On constate alors la production d'octaèdres à base carrée tout à fait semblables aux cristaux du minéral naturel.

Un fait remarquable constaté par l'auteur, c'est que, si le courant du gaz minéralisateur est plus rapide, le dépôt cristallin ne se fait qu'à l'extrémité du tube et présente des faces prismatiques associées à la form e octaédrique.

De même, l'acide titanique amorphe, traité parTacide chlorhydrique au rouge, est entièrement converti en rutile cristallin.

Les propriétés cristallogénique s de l'acide chlorhydrique ont été mises à profit par Henri Sainte-Claire Deville pour transformer en périclase la magnésie calcinée ^ Les cristaux ainsi produits sont des octaèdres réguliers ; ils ont les propriétés de la périclase naturelle.

A première vue, ces réactions donnent l'idée d'une dissolution à chaud de Toxyde dans Thydracide. Mais il se pourrait que cette dissolution ne fût qu'apparente et que la cristallisation et le transport de l'oxyde fussent le résultat d'une dissociation momentanée des éléments de l'oxyde et de l'hydracide.

Par exemple, dans une première phase, deux équivalents d'acide chlorhydrique et un d'acide titanique donneraient 1 d'eau et 1 de bichlorure de titane. Puis, en un point voisin du tube, la réaction inverse s'établirait et il se referait de l'acide chlorhydrique et de l'acide titanique qui, cette fois, cristalliserait.

L'acide fluorhydrique agirait de même et son action, quand il est humide, sur l'alumine amorphe, qu'il transforme en corindon,

* Comptes rendus, t. LUI, p. 161.

* Comptes rendus^ t. LUI, p. 161.

' Comptes rendus, t. LUI, p. 161, 1861.

INTERVENTION D'UN MINÉRALISATEUR 141

peut être considérée comme débutant par la formation du fluorure d'aluminium qui se décompose ensuite.

Il y a donc ici un passage à des méthodes dont le principe est différent.

11 faut dire que MM. Hautefeuille et Perrey ont ajouté une remarque à la théorie des phénomènes dont il s'agita

Ils constatent d'abord que dans Tacide chlorhydrique, agissant sous la tension de trois atmosphères à une température inférieure à oelle du rouge naissant, Falumine, préparée par la décomposition ména£:ée de Toxalate, se transforme en corindon, Tacide titanique amorphe cristallise sous la forme de l'anatase, et la zircone sous la forme de tables rhombes. Sous la tension de l'atmosphère, l'acide chlorhydrique est encore, à la même température, un agent efficace de minéralisation des mêmes oxydes, pourvu que l'on offre à son action, au lieu des oxydes plus ou moins cuits, des sels décomposables de ces oxydes : hydrocarbonate, oxalate, sulfate d'alumine, sulfate titanique. Lorsque l'on décompose le sulfate d'alumine dans un courant rapide de gaz chlorhydrique, on observe môme le transport apparent de quelques cristaux de corindon.

Ceci posé , les auteurs ajoutent : « Si la décomposition des chlorures de titane et de zirconium donne de l'acide titanique et de la zircone cristallisés, la décomposition du chlorure d'aluminium ne peut, en revanche, dans les conditions de nos expériences, donner que de l'alumine amorphe. Si donc l'on doit rapporter l'action minéralisatrice de l'acide chlorhydrique sur l'alumine à la formation et à la décomposition successives d'une combinaison , formée par ces deux substances, on ne voit pas quelle autre combinaison se pourrait former qu'un chlorhydrate d'alumine, analogue au chlorhydrate d'acide molybdique découvert par Debray et qui en se décomposant, comme nous l'avons constaté, entre 150 et 200 degrés, laisse de Tacide molybdique cristallisé. »

Gaz inertes, — Si du sulfure de plomb précipité et amorphe est maintenu à une température supérieure à 100°, mais inférieure à sa fusion, dans un courant d'un gaz inerte tel que l'acide

* Comptes rendus, t. CX, p. 1038, 1890.

carbonique, Foxyde de carbone ou Thydrogène, il se transforme progressivement en un produit compact, puis en cristaux cubiques identiques à ceux de la galène des filons. C est un fait constaté en 1863, par RodwelP.

C'est par une réaction intéressante, où intervient vraisemblablement la dissociation, que M. Hautefeuille ' reproduit le greenockite ou cadmium sulfuré. Un creuset de porcelaine contenant du sulfure de cadmium amorphe, recouvert d'une forte épaisseur d'alumine légèrement calcinée, est protégé par un creuset de graphite et chauffé à une température élevée. Après Texpérience, on trouve dans la masse alumineuse des cristaux de greenockite remarquables par leur forme qui est antihémiédrique avec les pointements b -^ et b^ à une extrémité et une face basale à Tautre. On doit expliquer leur formation par une volatilisation apparente du sulfure amorphe, c'est-à-dire parla séparation de ses éléments dissociés, qui se combinent à nouveau dans les parties supérieures du creuset.

Borax. — Ebelmen" a imaginé un procédé de cristallisation qui mérite de nous arrêter, bien qu'il ne soit pas susceptible d'applications géologiques immédiates. Il a fourni entre ses mains et entre celles de ses successeurs une nombreuse série de très beaux échantillons dont l'étude a profité à la cristallographie et à la chimie.

Ce procédé consiste à dissoudre les corps qu'on veut faire cristalliser dans un fondant que l'on maintient à une température très élevée et qui s'évapore peu à peu. Ebelmen, qui opéra dans les fours à porcelaine de la manufacture de Sèvres, adopta comme dissolvant l'acide borique. Nous reviendrons plus loin avec détail sur ce grand sujet. Bornons-nous pour le moment aux faits rentrant dans le présent chapitre.

Une dissolution d'alumine seule donne ainsi des cristaux de corindon. Une dissolution de silice fournit du quartz.

* Journal of the Chemical Society of London, 2* série, 1. 1, p. 42.

* Comptes rendus, t. XCHI, p. 826, 1881.

* Annales de physique et de chimie^ t. XXXIII, p. 34, 1851 .

INTERVENTION D'UN MINERALISATEUR 143

Pour la reproduction synthétique du corindon, Ebelmen, après quelques essais infructueux, a été amené à employer quatre parties de borax fondu, réduit en poudre pour une partie d'alumine; le mélange auquel fut ajouté îôô du poids de Talumine en oxyde de chrome a été placé sur une feuille de platine dans un vase ouvert et exposé devant un des alandiers du four à porcelaine. Le produit de cette opération présentait un grand nombre de petits cristaux, transparents et d'un beau rouge de rubis, disséminés au milieu d'une masse vitreuse. Cette matière raye nettement la topaze; sa dureté est donc comparable à celle du corindon. On peut isoler les cristaux de la matière vitreuse dans laquelle ils sont disséminés en la laissant en digestion à- 70 ou 80 degrés dans de Tacide chlorhydrique étendu. On dissout ainsi de lacide borique, de la soude et de l'alumine. Les petits cristaux rouges se séparent; ils sont complètement inattaquables par tous les acides, mais les plus nets sont ceux qui restent adhérents à la feuille de platine. On aperçoit distinctement leur forme au microscope avec un grossissement de 40 à 45 diamètres : la plupart d'entre eux présentent le rhomboèdre basé, qui est, comme on sait, une des formes sous lesquelles on a trouvé la télésie.

Un mélange contenant :

Alumine iO.OO

Silice 4.00

Borax fondu 16.00

a encore fourni du corindon, mais non plus en cristaux prismatiques et seulement en larges lames hexagonales présentant un vif éclat. Ce sont des cristaux très aplatis, sous la forme d'une double pyramide à six faces profondément tronquées à ses deux sommets; les cristaux d'oligiste des volcans ont exactement la

môme forme.

On peut obtenir encore les mêmes lames de corindon avec l'un ou l'autre de ces mélanges :

Alumine 6.50 4.00

Carbonate de baryte 3.00 >

Carbonate de soude > 6.00

Borax 12.00 12.00

à l'égard desquels l'auteur donne de nombreux détails.

Ebelmen ayant passé au four à porcelaine sur une feuille de platine un mélange d'acide titanique et d'acide borique, ou d'acide titanique et de borax, a obtenu une cristallisation confuse de rutile. Le succès a été beaucoup plus satisfaisant en employant les phosphates comme dissolvants volatils.

Le phosphate double de soude et d'ammoniaque on sel de phosphore dissout très bien, comme on sait, l'acide titanique : l'auteur l'a mis à contribution. Il aemployé quatre à cinq parties de sel de phosphore cristallisé pour une partie d'acide titanique, c'est-à-dire :

Sel de phosphore 13.00 10.00

Oxyde de titane 2.50 2.50

Le mélange passé au four à porcelaine a donné une très belle cristallisation; quelques cristaux ont plus d'un centimètre de longueur; ils ressemblent complètement au titane aciculaire enfermé dans les cristaux de quartz. Ils sont transparents et d'un jaune d'or; plusieurs ont l'aspect métallique sur quelques-unes de leui's faces. Leur densité est de 4,283.

C'est encore par le même mode opératoire consistant dans Tévaporation à très haute température des solutions dans le borax, iju 'Ebelmen est parvenu à faire cristalliser l'oxyde de nickel, sous les formes cubo-octaédriques propres à la bunsénite^

La fusion, suivie d'évaporation, d'un mélange de :

Glucine 16.00

Silice 20.00

Carbonate de potasse .... 70.00

donne au bout de quelques jours des cristaux de glucine au milieu d'une pâte vitreuse et transparente. Ces cristaux, facilement solubles par l'action successive de l'acide chlorhydrique et de la potasse, sont des prismes hexagonaux réguliers surmontés d'une pyramide à six faces placée sur les arêtes de la base.

La solution de l'oxyde salin de manganèse Mn' 0^ dans le borax a donné à M. Nordenskjold, par évaporation à très haute température, de la haussmannite cristallisée *.

• Comptes rendus, t. XXXIII, p. 525, 1851.

* Poggendorfs Annalen, t. CXIV, p. 223, 1863.

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