‹ Les méthodes de synthèse en minéralogie: cours professé au MuséumChapitre 59 sur 85 · I". ÉVAPORATION ET REFROIDISSEMENT DE DISSOLUTIONS · texte numérisé non relu

I". ÉVAPORATION ET REFROIDISSEMENT DE DISSOLUTIONS

Tous les corps cristallins solubles dans Teau peuvent être obtenus, par évaporation lente, sous forme cristalline. Le refroidissement suffît même pour les substances plus solubles à chaud qu a froid.

Si Ton veut obtenir de beaux cristaux, un certain nombre de précautions doivent être observées, et Nicolas Leblanc a écrit un curieux ouvrage où ce sujet est complètement traité'.

La série d'espèces minérales solubles qui peuvent être reproduites par Tévaporation pure et simple de leur dissolution est très longue.

Le sel marin cristallise en cubes par Tévaporation de sa dissolution aqueuse, les cristaux aOectent très souvent la disposition en trémies ; ils peuvent atteindre une très grande dimension. Il est intéressant d'ajouter, avec M. Séguin aine *, que cette cristallisation s'efiectue très bien au sein d'une pâte argileuse. Le fait est évidemment susceptible d'application géologique.

Pour obtenir le chlorure de sodium en octaèdres et non en cubes, Knop a eu l'idée d'en évaporer la solution opérée, non dans l'eau mais dans l'urine. D'après la description de l'auteur, ces

* De la Cnstalloiechnie ou Essai sur les phénomènes de la cristallisation et sur les moyens de conduire cette opération pour en obtenir des cristaux complets et les modifications dont chacune des formes est susceptible, in-8*, avec 3 planches, 1802, Paris.

* Note à la suite de la traduction française de l'ouvrage do Grovb, intitulé : Corré' lation des forces^ ^, 309, 1856, Paris,

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cristaux, qui avaient plus de IS millimètres de largeur présentaient les faces de l'octaèdre imparfaitement pyramidées *.

On obtient de même la sylvine par Tévaporation des solutions de chlorure de potassium.

Le salmiac, ou chlorhydrate d'ammoniaque, cristallise en cubes par Tévaporation de ses dissolutions aqueuses.

Une solution aqueuse de sulfate de chaux donne du gypse par simple évaporation.

La solution aqueuse de sulfate de cuivre donne des cristaux tricliniques de cyanose, identiques à ceux du minéral naturel, et renfermant comme eux cinq équivalents d'eau.

D'autres sulfates solubles simples ou complexes cristallisent de la même manière, par exemple, le sulfate de fer, le sulfate de zinc, le sulfate de nickel ou pyroméUne, le sulfate de cobalt ou rhodalose, le sulfate de magnésie à sept équivalents ou epsomite, Talun, la glasérite ou sulfate de potasse et la thénardite ou sulfate de soude.

Il suffit de faire évaporer lentement la solution aqueuse du chlorure de plomb pour que de la cotunnite se dépose en cristaux orthorhombiques, dont les formes sont celles du minéral naturel.

On arrive à reproduire la malachite par le procédé suivant décrit par M. de Schulten *. Du carbonate de cuivre récemment précfpité est dissous dans du carbonate d'ammoniaque et le liquide est conservé dans une fiole au bain-marie pendant huit jours. On doit remplir la fiole jusqu'au col et renouveler de temps en temps l'eau qui s'est évaporée pour que la volatilisation du carbonate d'ammoniaque se fasse lentement. A mesure que le carbonate se volatilise, le carbonate de cuivre se dépose sous la forme d*une croûte cristalline, qui reste adhérente aux parois de la fiole. Cette croûte se couvre peu à peu de petits cristaux verts très nets de malachite. Ils en ont la composition chimique et la forme.

Il y a longtemps déjà qu'on sait faire cristalliser, le massicot ou oxyde de plomb par voie humide. D'après une expérience de Houton-Labillardière, très souvent répétée, il suffit pour cela

' Annalen der Chemie and Pharmacie^ t. CXXVII, p. 68. • Comptes rendus, t. CX, p. 202, 1890.

d abandonner au contact de Tair pendant un temps suffisamment prolongé, la dissolution de Toxyde de plomb dans la soude caustique. Les cristaux sont blancs et translucides ; on y trouve les faces du dodécaèdre rhomboïdal '.

Parmi les résultats fournis par Tévaporation de dissolutions, on mentionnera une très belle cristallisation de gypse que M. Stanislas Meunier a obtenue en plusieurs années par le maintien dans Tacide chlorhydrique d'un fragment d'albâtre de Thorigny. Le tout fut abandonné dans un large vase recouvert d'une lame de verre et conservé plusieurs années dans le laboratoire. Les cristaux obtenus atteignirent dix centimètres de longueur.

La solution chlorhydrique du fluorure de calcium a procuré à Becquerel, par évaporation pure et simple, des cristaux de fluorine *.

Bien que préoccupé d'un tout autre but que la réalisation des synthèses minéralogiques, M. Th. Behrens a publié en 1881 un travail qui doit être mentionné. C'est Texposé d'une méthode analytique qui permet de reconnaître les bases engagées dans les combinaisons minérales, en les transformant en sulfates qui cristallisent par évaporation sur le porte-objets du microscope et revêtent alors des formes caractéristiques». De cette façon se produisent le gypse, la barytine, la célestine, parfaitement reconnaissables.

Pour faire cristalliser le chlorure d'argent avec la forme du kérargyre de la nature, il suffit, comme Becquerel Ta montré, de le dissoudre à chaud dans la solution d'un sel de bioxydede mercure et d'abandonner le liquide au refroidissement ^.

Henri Sainte-Claire Deville et Debray ont transformé en kérargyre le chlorure d'argent cailleboté, en le soumettant longtemps, en présence d'acide chlorhydrique étendu, à des alternatives fréquemment répétées de réchauffement et de refroidissement.

* Journal de physique, t. III, p. 335.

* Comptes rendus, t. LXXVIII, p. 1081, 1874.

* Verslag, en mededeel d. K. Akad, van Wetensch. Afdeel, iVa/ur**., Amsterdam, W parUe, 1881.

* Comptes rendus, t. XLIV, p. 938, 1852.

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