CHAPITRE V
C'est dans le domaine de la voie humide que la notion de la double décomposition a été véritablement acquise, et les lois de Berthollet n'en sont que l'expression.
On ne saurait énumérer ici tous les précipités produits par cette voie, qui coïncident par leur composition avec des minéraux naturels : le sulfate de baryte résultant du mélange d'un sulfate soluble avec un sel bary tique soluble, le chlorure d'argent, le sulfate de plomb et des multitudes d'autres sont dans ce cas.
Cependant le nombre se restreint beaucoup des synthèses réalisées, si on les borne à l'obtention de produits cristallisés. On reconnaît ici, comme dans le chapitre précédent, que la lenteur du mélange est une condition nécessaire au succès. Les dispositions adoptées précédemment vont pouvoir s'appliquer de nouveau, et on y pourra ajouter l'immersion, dans une solution saline, d'un solide lentenaent attaquable tel que le calcaire compact qui jouera souvent d'une manière très remarquable le rôle de précipitant par double décomposition. Ce mode opératoire a pour nous le très vif intérêt de reproduire des conditions naturelles très fréquentes et d'expliquer par conséquent d'une manière immédiate l'origine et le mode de formation d'une foule de minéraux.
§ P'. MÉLANGE PUR ET SIMPLE DE DISSOLUTlOiNS RÉAGISSANTES
En chauffant à 100** un mélange de chlorure de sodium et de sulfate de cuivre ammoniacal dissous dans l'eau, Debray a
fait cristalliser Toxydilorure de cuivre hydraté, désigné en minéralogie sous le nom d'atacamite».
Du gypse cristallisé a été produit par M. Sterry Hunt, par voie de double décomposition, en mélangeant à une température comprise entre 40 et 80°, deux solutions aqueuses, Time de bicarbonate de chaux et Tautre de sulfate de magnésie*. Kauteur note que la présence des chlorures de sodium ou de calcium entrave la réaction.
La vivianite a été reproduite par M. Cesaro^ Une solution aqueuse de sulfate ferroso-ammonique est additionnée de phosphate d'ammoniaque elle précipité est redissout par Tacide lluorhydrique. Au bout de dix-sept jours on voit d'abondants cristaux bleus de fer phosphatés se déposer au fond du vase.
D'après MM. Friedel et Sarasin*, le précipité que détermine le sélénite neutre de soude dans le sulfate de cuivre consiste en petits octaèdres ayant la composition et les propriétés de la chalcoménite, sélénite de cuivre provenant de Cacheuta (République Argentine). On peut donner aux cristaux une dimension plus considérable en opérant à 200° en tubes scellés ; mais la réaction n'en est pas moins du domaine de la voie humide.
M. Fritzsche a reproduit la gay-lussite en mélangeant ensemble huit parties en volume d'une solution de carbonate de soude et une partie de chlorure de calcium : il se fait du chlorure de sodium et le carbonate double répondant à la formule Na CPS + C 0, CO* + 5 HO' cristallise par l'évaporation avec les propriétés du minéral naturel.