POLISSAGE
Le hêtre et le noyer sont les bois qui prennent le mieux le poli, le premier et le plus simple des embellissements que nous ayons à envisager pour les meubles du
xviiie siècle. Il s'applique aux armoires, commodes, secrétaires, buffets, bureaux, tables à écrire, et autres meubles d'usage que les menuisiers mettent en vente, en bois apparent et naturel, à l'intention des gens de condition modeste, tandis que les ébénistes les présentent revêtus de placage et de marqueterie pour la clientèle riche. Voici comment on procède au temps de Roubo.
Le meuble fini et passé au racloir, le menuisier le ponce à la peau de chien de mer et à la prêle, sorte de jonc très dur dont on fait un paquet serré. Puis il frotte la surface avec de la cire jaune, ordinairement mélangée d'un tiers de suif, qu'il échauffe en promenant le plus près possible du vase qui la renferme un poêlon de tôle, plein de charbons ardents ou un fer presque rouge. La cire bien entrée dans les pores du bois, on l'étend avec une brosse dure, puis on achève le poli en frottant avec un morceau de serge.
Le poli à l'eau s'exécute en raclant le meuble dans tous les sens avec un morceau de pierre ponce légèrement trempée dans l'eau, et on réitère l'opération jusqu'à ce que l'ouvrage soit parfaitement lisse, en le laissant sécher entre chaque reprise. On complète le travail en le « prêlant » — c'est-à-dire en le passant à la prêle — et en le frottant à la cire comme nous l'avons décrit. Pour les meubles communs, les menuisiers les imprègnent, à l'aide d'un linge ou d'une éponge, d'un mélange d'huile de lin et d'orcanette (racine colorante rouge) qui donne au bois une couleur brune et devient luisant avec le temps.
LES BOIS D'ÉBÉNISTERIE