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CHAISES

Les chaises ne diffèrent des tabourets que par la hauteur de leurs pieds de derrière, qui s'élèvent de om485 à om5i5 au-dessus du siège pour former le dossier. Au siècle passé, ce dossier montait parfois jusqu'à un mètre et surpassait la tête de la personne assise qui pouvait l'y appuyer. Ce siècle-ci adopte un tout autre parti en abaissant le dossier d'un tiers ou de moitié pour qu'on puisse reposer commodément les épaules sans faire porter la tête de crainte de déranger la coiffure des dames... et même des hommes, ou de gâter par la poudre et la pom-

made le haut de la garniture du siège. Mais la mode est longue à s'implanter : dans l'Hiver, de Lancret (1738), les hauts dossiers carrés des sièges surpassent la tête des jolies femmes qui y sont assises.

Vers 1720, la chaise en usage est encore carrée, aussi bien en plan qu'en élévation. Le siège est légèrement évasé vers le devant. Le dossier rectangulaire, à peine plus haut que large, n'est cintré que sur le dessus. Les pieds un peu lourds, cambrés d'avant à arrière et droits sur les faces, sont ordinairement réunis par un croisillon. La ceinture est droite, mais découpée en cintre sur le dessous. Beaucoup de ces sièges sont cannés, ce qui empêche de les faire remonter plus haut que 1720, malgré la coquille Louis XIV qui les décore. Exemple de plus de la persistance des motifs d'une époque d'art décoratif à l'autre !

On donne au siège om485 sur chaque face et au dossier om5io à om58o de hauteur.

Dix ans plus tard (1730), la chaise à la mode est chantournée sur toutes ses faces. L'œil y cherche en vain une ligne droite. Les menuisiers lui donnent le nom de chaise « à la reine », délicate flatterie pour Marie Leczinska, au moment de la naissance du dauphin. Elle restera en usage concurremment avec les formes à l'antique jusque vers 1775 et personnifiera aux yeux de la postérité le type même de la chaise Louis XV (1).

Comme ses congénères, la chaise à la reine (2), est

(1) Voyez les gravures de Moreau le Jeune que nous avons déjà citées (i77°)-

(2) Vers 1785 on donnera également ce nom à un siège à dossier ovale, de plan circulaire, qui restera seul pour les antiquaires la chaise « à la reine », au détriment de son ancêtre de 1730.

LES SIÈGES VOLANTS

composée de deux pieds de devant qui ne vont qu'à la hauteur du siège, de deux pieds de derrière qui s'élèvent de toute la dimension du dossier et de quatre traverses de ceinture. Le dossier, outre les deux montants constitués par les pieds de derrière, comprend deux traverses, celle du bas, appelée petit dossier, celle du haut nommée grand dossier ou cintre. Les formes sont toutes chantournées. Les quatre pièces du dossier, comme celles du siège, sont bombées en S et s'assemblent à angles arrondis. Les pieds dits de « biche » sont également contournés en S et terminés par une petite volute.

La hauteur du siège, pour une chaise à la reine garnie en canne, est de om485 à om40,o. La hauteur totale, de om865 à om920. Légèrement évasé sur le devant, le siège mesure om350 à om38o sur om46o à om485. Le dossier n'est pas entièrement perpendiculaire au siège, mais incliné d'environ omo8o, mesure prise du dessus du siège au sommet. Quand la chaise doit être garnie d'étoffe, on tient le siège plus bas de om055, et la traverse du bas du dossier est rapprochée à om025 du siège de façon qu'il ne paraisse pas de vide. Dans les chaises de canne l'intervalle est de om040.

Tel qu'il est, le meuble est susceptible de plus ou moins de décoration, mais le soin n'en revient pas au menuisier, qui se contente d'assembler et de chantourner son ouvrage. C'est le sculpteur qui pousse ensuite des moulures tout autour du dossier du siège et sur la face extérieure des pieds. Les moulures des pieds de devant se continuent sur la ceinture de façon à dessiner une M, plus ou

moins accusée. Des motifs de sculpture de style Louis XV, plus ou moins riches, s'ajoutent au sommet du dossier, au centre de la ceinture, sur l'épaulement des pieds.

Vers 1774, le prix moyen d'une chaise à la reine est de 6 à 9 livres (Bimont).

La chaise la plus à la mode, de 1755 à 1775, est la chaise « en cabriolet ». Cette appellation, empruntée à la légère voiture à deux roues qui porte le même nom — une innovation elle-même de l'époque — indique un progrès dans le confort. Le dossier, légèrement renversé, fait la « hotte » pour épouser la forme du corps. La personne assise s'y trouve mieux à l'aise. Le terme de cabriolet désigne donc un dispositif spécial de construction et non un siège particulier, car après s'être appliqué aux sièges à pieds de biche, il survivra dans les sièges Louis XVI à pieds droits.

La chaise Louis XV en cabriolet a le siège chantourné en S sur le devant et demi circulaire ou plutôt demi ovale par derrière. Le dossier, renversé d'environ omi6o (mesure prise du dessus du siège au sommet), forme une partie de la surface d'un cône. Les pieds de biche sont de la forme ordinaire, mais ceux de derrière s'évasent en dehors d'au moins omo55 pour donner plus d'assiette au meuble. Les dimensions du siège sont d'environ om5Ô5 en largeur, sur om5i5 en profondeur. Il est élevé à om350 du sol. La hauteur totale du meuble est de om755 (Liard). Son prix moyen est identique à celui de la chaise à la reine, 6 à 9 livres, 11 livres avec garniture de canne.

La chaise « ovale » entre en vogue vers 1770. Roubo lui fait place dans ses planches, sans croire utile d'en

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donner les détails de construction aux menuisiers, preuve indéniable que le modèle est encore peu répandu (1772). Le dossier étroit est en forme de médaillon ovale, le plan du siège circulaire, bien que légèrement élargi sur le devant. Les pieds sont droits, en forme de colonne diminuée, avec rétrécissement au sommet. Des cannelures longitudinales ou en torsade les décorent, avec, au sommet, l'amortissement d'une rosace inscrite dans un carré. La ceinture, le pourtour du dossier présentent les moulures et motifs de sculpture de l'époque. Le siège se fait aussi en cabriolet. Hauteur du siège : om38o; largeur : om5i5 sur om46o à om485 de profondeur; hauteur totale : om8ç)0 à om975.

Telle est la chaise Louis XVI par excellence, la plus élégante et la plus répandue. Mais les variantes de construction sont innombrables. Le plan du siège peut être droit par derrière, évasé par devant, cintré sur les côtés. Il peut affecter la forme d'un carré ou plutôt d'un trapèze. Le dossier peut être en écusson, en rectangle allongé ou carré, en médaillon ovale ou circulaire accosté de deux montants improprement appelés colonnettes, et même offrir le dessin élégant d'une lyre. Le cintre est régulièrement courbé en anse de panier ou agrémenté de deux brisures sur les côtés (1). On trouve des montants arrasés au sommet ou amortis par des rosaces, des graines, des pommes de pin, des panaches. Le caprice des ornemanistes ou des sculpteurs préside seul à ces combinaisons et donne lieu à des désignations « à la romaine », « à la dauphine », « à l'italienne »,

(1) Certains antiquaires appellent cette disposition « forme à chapeau ».

bien impossibles à justifier. Delafosse appelle «duchesse» une chaise à siège circulaire reposant sur trois pieds, posés 2 et i ou i et 2, dont nous ne connaissons aucun exemple exécuté.

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