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LA SALIVE DES ANCIENS PNEUMONIQUES

étendue qu'il présente dans la forme de rinflammation des poumons, de la rareté des microbes dans son sang > (Gamaléia). Aussi nous expliquons-nous facilement pourquoi le microbe pénétrant dans certaines conditions le parenchyme pulmonaire y produit une inflammation locale intense comme chez le chien ou le mouton inoculés expérimentalement.

Présence du pneumocoque dans la salive humaine.

Pendant la période active de la pneumonie, on trouve le pneumocoque dans Texpectoration et la salive. Wolf Fa rencontré 22 fois sur 24, Fraenkel, 40 fois sur 20, Netter, 75 fois sur 400, Fatichi, 5 fois sur 5. Gamaléia a toujours obtenu des résultats positifs en inoculant sous la peau des souris une émulsion de crachats pneumoniques, alors même qu'il avait échoué par le procédé des préparations colorées et des cultures sur gélose. Goldemberg, appliquant la même méthode, a toujours trouvé, sans aucune exception, le pneumocoque dans les crachats de quarante pneumoniques étudiés à la file. De ces résultats toujours positifs, Gamaléia s*est cru autorisé à conclure que la pneumonie (ibrineuse est toujours liée au microbe de Pasteur.

La salive des anciens pneumoniques.

Netter (4) a étudié avec soin ce que devenait la salive des personnes qui avaient une pneumonie. Les résultats de ses recherches ont été les suivants :

4* Après la gvérison de la pneumonie, la salive renferme généralement des pneumocoques actifs et cela pendant fort longtemps,

(1) NeUer, Du microbe de la pneumonie dans la salive {Société de biologie, 1887, p. 611 et 799).

Ayant inoculé la salive de soixante-deux personnes guéries de pneumonie, les uns depuis quelques jours, les autres depuis des années, jusqu'à dix ou onze ans, Netter a pu déterminer trentesix fois l'infection pneumonique, soit 60 fois sur 100. Fraenkel et Wolf (4) avaient déjà montré qu'après la guérison de la pneumonie, le pneumocoque peut persister dans la salive, mais ils ne s'étaient préoccupés que des premières semaines et n'avaient pas fait de nombreuses recherches. Aussi avaient-ils ignoré tous les détails importants dans lesquels nous allons entrer et dont la connaissance est due tout entière à M. Netter.

2^ Uaclivilé pathogène du pneumocoque salivaire est fort différente chez les sujets ayant eu une pneumoniCy suivant le temps qui s'est écoulé depuis la guérison de cette maladie.

Les statistiques de M. Netter démontrent que la virulence est très faible dans les premières semaines qui suivent la guérison de la pneumonie et qu'elle est plus forte au bout d'un mois, de plusieurs mois, et même de plusieurs années. Cela se voit surtout nettement dans les cas où l'on peut, chez le même sujet, examiner à divers moments le pouvoir infectant de la salive.

3° Uinnocuité de la salive se manifeste après la crise, elle est quelquefois postérieure de quelques jours au début apparent de celle-ci,

La pneumonie n'a pas encore achevé sa défervescence le jour où la température est retombée à la normale. Pour affirmer la terminaison de la crise, il faut constater une température audessous de la normale.

Une observation de M. Netter est intéressante à cet égard. Il injecta à une souris la salive d'un malade lorsque la température fut descendue à 38%2; l'animal mourut d'infection

(1) Wolf (W.), Der Nachweis der Pneumoniebacterie^i im Sputum (Wiener med. Blàiter, 1887, p. 297, 333 el suiv.).

LE PNEUMOCOQUE DANS LA SALIVE NORMALE. lOÎ

pneumonique. Ce n'est que le jour où la température descendit à 36%4, que la salive se montra inoffensive.

4* Dans les jours qui suivent la fin delà pneumoniey bien que la salive soit inoffensivey elle renferme des pneumocoqueSy mais ils sont dépourvus de leur pouvoir pathogène. A une époque ultérieure^ la salive redevient nuisibley parce que les pneumocoques ont récupéré leur pouvoir infectant.

On avait reconnu depuis longtemps déjà la différence d'activité du pneumocoque suivant les circonstances. M. Pasteur avait noté que ce microbe devenait plus virulent par les passages successifs de lapin à lapin. Fraenkel avait montré l'affaiblissement d'activité du microbe après passages successifs dans les milieux de culture et la nécessité de transplanter ce microbe à petits intervalles si l'on désire le conserver. Mais il était réservé à M. Nelter de démontrer qu'après la pneumonie il y avait encore, pendant un certain lemps, atténuation dans la virulence du microbe contenu dans la salive.

En injectant à des animaux des salives inoffensives des premières semaines, il leur a conféré l'immunité. 11 a donc pu déduire de ces expériences que la salive renfermait alors vraisemblablement des pneumocoques atténués.

Présence du pneumocoque dans la salive normale des personnes n'ayant jamais eu la pneumonie.

On trouve fréquemment le microbe de la pneumonie dans la salive de personnes bien portantes. M. Chantemesse, dans ses cours, inocule périodiquement la salive d'un garçon de laboratoire. Celle salive donne constamment au lapin une infection pneumonique, bien que l'homme qui la fournit n'ait encore jamais eu de pneumonie.

Le total des inoculations de salive de sujets non affectés de pneumonie faites par Fraenkel, Wolf, Fatichi, Biondi, ne donne que 15 pour 100 d'infections. Goldemberg, cité par Gamaléia, aurait retrouvé le pneumocoque dans plus de la moitié des salives normales.

Weichselbaum et Wolf (1) ontémisl'opinionque, dans la salive normale, le Streptococcus Pasteuri était toujours moins abondant que dans les crachats pneumoniques. Gamaléia avance au contraire que les deux cas dans lesquels il a vu le plus grand nombre de ces microbes dans les crachats appartenaient à des personnes non pneumoniques. Comment expliquer que ce microbe pathogène puisse pulluler dans certaines salives sans occasionner le moindre dommage? Comment expliquer que dans certaines conditions il puisse déterminer rhépatisation du poumon?

M. Pasteur, comme le rappelle Gamaléia, nous a déjà depuis longtemps montré qu'une maladie des vers à soie, la flacherie, est causée par un microbe banal se trouvant partout dans la nourriture des vers, restant inoffensif pour ceux qui ont une bonne digestion et tuant ceux qui sont affaiblis dans leur santé générale ou leurs organes digestifs. M. Pasteur a fait voir aussi que le vibrion septique, microbe très virulent, existe toujours dans les intestins des mammifères sans troubler aucunement leur sanlé.

Gamaléia lui-même a trouvé que le microbe du choléra des poules, maladie si terrible pour les oiseaux, se trouvait constamment, quoique faible et en petit nombre, dans leurs entrailles, et qu'une intoxication par des bactéries non pathogènes suffisait pour leur ouvrir l'entrée dans le sang (2).

(i) Wolf, Wiener med. Blàtter^ 1887, et Wiener med. Presse^ 1887, p. 1771.

(2) Gamaléia, Centralblatt fUr Bactériologie, t. IV, p. 161.

ABCÈS SOUS-PÉRIOSTIQUES A PNEUMOCOQUES. 105

De même il est permis de supposer que^ chez les personnes bien portantes, le pneumocoque ne trouve pas un terrain Tavorable pour développer ses qualités pathogènes. Comme Font démontré les observations de Gamaléia, les microbes pathogènes, même dans le cas où ils existent en quantité très grande dans le mucus bronchique, n'arrivent pas jusque dans les alvéoles pulmonaires ; ils sont arrêtés dans leur développement par les microphages qui s'en emparent et les digèrent. Mais que le poumon soit préparé par un coup de froid, une bronchite, Tinhalalion de vapeurs irritantes, et le microbe, descendant par les bronches, pullulera dans des alvéoles pulmonaires dont les cellules, déjà malades, seront incapables de soutenir une lutte contre les microbes envahisseurs.

En introduisant dans la trachée des moutons le virus pneumonique, Gamaléia n'a pu déterminer dans les poumons sains des lésions de pneumonie. En faisante des moutons d'abord une injection trachéale de tartre stibié et en les inoculant ensuite avec du virus pneumonique, Gamaléia a pu, au contraire, déterminer des pneumonies fibrineuses typiques.

Toutes les causes de destruction des cellules pulmonaires prédisposent donc au développement du pneumocoque dans les poumons.

Cette histoire de la septicémie salivaire nous montre pourquoi, dans l'étiologie de la pneumonie, il faut compter avec deux facteurs : le microbe, c'est-à-dire cliniquement la contagion, et la cause prédisposante, qui n'est souvent que l'influence saisonnière (Netter).

Abcès sous-périostiques à pneumocoques.

Les travaux de Netter sur les microbes pathogènes de la

bouche, et en particulier les pneumocoques, ont attiré l'attention sur une variété d'abcès qui paraît rare parce qu'elle n'a pas encore été bien étudiée : ce sont des abcès renfermant des pneumocoques. Moos (1), Verneuil (2), Netter (3), Zaufal (4), les ont observés au voisinage de l'apophyse mastoïde, mais d'autres auteurs les ont trouvés dans d'autres régions (à la cuisse, Fraenkel).

L'origine de ces abcès a été bien indiquée par Netter. De la bouche, où il siège normalement, même en dehors de la pneumonie, comme nous l'avons vu plus haut, le pneumocoque chemine de proche en proche dans le pharynx, les fosses nasales, l'oreille moyenne, la caisse du tympan, et de là s'engage dans les cellules mastoïdiennes, dont il traverse les parois souscutanées pour arriver sous le périoste, où s'établit la suppuration.

L'arrivée des pneumocoques dans la caisse du tympan est marquée par l'éclosion d'une otite, car cette affection existait dans les cas observés. Cette otite est tantôt aiguë d'emblée, tantôt chronique, avec une poussée aiguë précédant l'abcès mastoïdien. L'état général du malade laisse parfois à désirer, car un malade de Netter était tuberculeux, et celui de Moos diabétique.

Le pus était épais et bien lié, de bonne naturCy suivant l'expression classique. Son examen bactériologique n'a laissé aucun doute sur le rôle du pneumocoque dans son origine ; le cas de Moos est seul peu concluant; les pneumocoques étaient dans ce cas mélangés à des streptocoques.

(t) Moos, Deutsche med. Woch.y 1888, p. 902.

(2) Verneuil, Gaz. hebd., 1889, p. 565.

(3) Netter, Gaz. hebd., 1889, p. 566.

(4) Zaufal, Prager med, Woch,, 1889, n»' 6 à 12, etc.

ABCÈS SOUS-P^RIOSTIQUES A PNEUMOCOQUES. 107

L'incision de ces abcès, suivie du drainage et de quelques injections antiseptiques, a donné lieu à un amendement rapide dans tous les cas, et la guérison complète a été constatée dans ceux qui ont été suivis assez longtemps.

Celte terminaison favorable a frappé M. Verneuil, qui avait constaté au moment de Tincision de Tabcès une dénudation osseuse dans l'étendue de 2 centimètres^ et qui s'attendait à la formation d'un séquestre; contrairement à ses prévisions, l'abcès guérit en quatre jours, complètement, à l'aide de quelques injections phéniquées pratiquées dans le foyer purulent. Aussi M. Verneuil fait-il remarquer la bénignité relative de cet abcès et se demande-t-il si celte heureuse issue ne tient pas aux propriétés pathogènes relativement bénignes et en tout cas peu durables du pneumocoque transporté hors de ses milieux naturels (1).

Cette prévision est justifiée précisément par des faits d'un autre ordre. Cette bénignité relative, d'après M. Netler, se retrouve en effet dans les manifestations les plus diverses de l'infection pneumococcique. Les agents de celle infection perdent en peu de temps leur virulence dans le corps humain comme dans les milieux de culture, proposition démontrée par M. Netler dans un autre travail sur les pleurésies purulentes métapneumoniques (2).

Un travail plus récent de Zaufal, basé sur quatre nouveaux cas d'abcès périmastoïdiens à pneumocoques, consécutifs à des otites suppurées, confirme la manière de voir de Netter et Verneuil relative à la bénignité de ces abcès (3).

Dans les cas où les abcès se trouvent dans des régions éloi-

(1) L.-H. Petit, Union médicale, 21 sept. 1889, p. 421.

(2) Nelter, Soc. méd. des hop., 1889, p. 13.

(3) Zaufal, Prager med, Woch., i sept. 1889.

gnées de la bouche, à la cuisse, par exemple, les pneumocoques y sont arrivés parce qu'ils se trouvaient dans le sang et s'y sont localisés à la faveur d'une contusion ou d'une tare quelconque existant antérieurement dans celte région.

Les pneumocoques produisent donc des abcès tantôt par progression le long des conduits péribuccaux, tantôt par infection générale. Ces derniers paraissent beaucoup plus graves que les premiers.

Recherche pratique du pneumocoque dans la salive.

Elle peut se faire :

1** En étalant des crachats sur des lamelles ;

2*" En faisant des cultures sur gélose ;

3"* En pratiquant des inoculations aux animaux.

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