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MICROBES PATHOGÈNES DES AFFECTIONS BUCCALES ET DENTAIRES

Les microbes dont nous venons de parler peuvent devenir pathogènes pour l'homme, comme nous l'avons vu, mais très rarement, et dans certaines conditions données, à la Taveur d'une lésion de la muqueuse buccale, par exemple. Mais, même alors, ce n'est pas la cavité buccale elle-même qui en souffre, mais plutôt les parties voisines, tissu cellulaire ou ganglions lymphatiques.

Au contraire, les microbes qu'il nous reste à décrire se rencontrent souvent dans les affections buccales, ayant pour siège soit la muqueuse elle-même, soit les différents organes qui entrent dans la constitution de la bouche : gencives, langue, amygdales, dents, glandes salivaires, etc.

Bacille de la tuberculose.

Ce bacille existe dans la bouche des tuberculeux dans deux circonstances différentes, soit comme produit des lésions pulmonaires, soit comme produit d'ulcérations buccales. A ce dernier titre, il doit trouver place dans ce chapitre, bien que ses caractères soient les mêmes dans tous les cas.

Depuis la découverte de Robert Koch, annoncée dans une communication faite à la Société de Berlin le 24 mars 1882, la recherche du bacille de la tuberculose dans les crachats est

constamment entreprise par les cliniciens dans les cas douteux de tuberculose pulmonaire. Non seulement le bacille de la tuberculose passe par la bouche pour aller infecler le poumon et les voies digestives, mais il y revient, entraîné par Texpectoration du phtisique. Il peut ainsi au retour infecter le pharynx et la muqueuse buccale et y déterminer des ulcérations tuberculeuses;

Sa présence dans l'expectoration explique suffisamment pourquoi le crachat du phtisique constitue le plus grand danger de contagion tuberculeuse chez l'homme sain, que la contagion se fasse directement de mari à femme, par exemple, ou indirectement par les crachats desséchés des tuberculeux, entraînés avec les poussières dans l'atmosphère et contribuant à la diffusion de la maladie.

L'importance de Texamen baclériologique des crachats, comme élément de diagnostic, nous force à décrire dans celte étude les procédés de coloration, les caractères morphologiques et biologiques de la tuberculose. Nous n'avons pas à nous occuper de son mode de développement dans les organes et de sa topographie dans les tissus, nous parlerons seulement du bacille tel qu'il se trouve dans la bouche ou dans les produits de sécrétion.

Pour rechercher le bacille de la tuberculose dans les crachats, il faut avoir soin de choisir toujours les parties purulentes. On étale sur une lamelle une parcelle grosse comme une tète d'épingle suivant le procédé indiqué page Si. On fait quatre préparations pour un même examen, de façon à avoir plus de chances de rencontrer les bacilles s'ils sont en petit nombre.

Nombreux sont les procédés qui permettent de déceler le bacille de Koch dans les crachats. Nous ne les donnerons pas

tous et nous nous contenterons de décrire les plus usuels, ceux qui nous fournissent journellement les meilleurs résultais : le procédé d'Ehrlich et celui de Fraenkel.

La méthode repose sur le fait que le bacille de la tuberculose résiste à l'action de Tacide nitrique dilué, lorsqu'il a déjà été coloré par une solution de couleur d'aniline rendue alca-

KiG. 7!f. — Godet de verre ensemencé avec de la substance tuberculeuse (Cornil et Babes).

c, culture pure des bacilles de la tuberculose.

line. Les autres bactéries qui l'accompagnent sont colorées dans ces conditions.

Ces procédés sont donc d'excellents moyens de diagnostic. D'une façon générale, on peut dire que tout bacille qui se décolore après le passage dans l'acide n'est pas le bacille de Koch. Lui seul et celui de la lèpre restent colorés dans ces conditions.

Nous indiquerons encore le procédé de LubimolT.

Si un examen positif permet d'affirmer la tuberculose, un examen négatif ne permet pas d'écarter ce diagnostic. Il faut alors refaire plusieurs examens à quelques jours d'intervalle,

13i LES MICKOBES DE LA BOUCHE.

et c'est seulement après plusieurs examens négatifs que Ton peut conclure à l'absence de la tuberculose (4).

Dans la phtisie au début et dans la première hémoptysie observée, on peut trouver des bacilles, mais cela ne paraît pas constant (Cornil et Babes).

Méthode (TEhrlich (c'est la plus classique). — On prépare de la façon suivante la solution colorante d'Ëhrlich :

a. Ajouter 10 grammes d'aniline pure et blanche à iOO grammes d'eau d'aniline qu'on vient de chauffer. Secouer vivement le mélange pendant quelques minutes; filtrer soigneusement sur un nilre mouillé. On a de la sorte une solution incolore et liquide, qui servira de milieu alcalin.

6. Solution alcoolique saturée de matière colorante. Faire tomber en excès dans 50 grammes d'alcool absolu des cristaux de violet de méthyle SB ou de la fuchsine en cristaux en grand excès. Laisser reposer et décanter.

c. Solution définitive. Ajouter 10 centimètres cubes de la solution b à 100 centimètres cubes de la solution a. Mélanger et filtrer.

Il faut toujours avoir cette solution fraîche, car elle s'altère au bout d'une quinzaine de jours.

Les lamelles sont laissées d'une à vingt-quatre heures dans cette solution à froid. On peut les laisser un quart d'heure à froid, si l'on chauffe la solution dans le godet qui la contient

(1) Alors même que Texamen bactériologique direct des produits supposés tuberculeux resterait négatif, il n'en faudrait pas encore conclure qu'ils ne le sont pas. Il faut encore, avant de se prononcer, avoir recours à l'inoculation chez les animaux, soit dans la chambre antérieure de Tœil du lapin ou du cobaye, soil, ce qui est plus pratique, dans le péritoine du cobaye (voy. Arloing, Leloir, Verneuil et Clado, etc. Comptes rendus du Congres pour f étude de la tuberculose, Pari5, 1888, p. 4104, 412, 415).

jusqu'à dégagement de vapeur. Au sortir du bain colorant, on rince rapidement les lamelles dans un cristallisoir plein d'eau distillée.

On plonge ensuite les lamelles, pendant deux ou trois secondes, dans le mélange suivant d'acide nitrique :

Eau distillée 3à5 parlies.

Acide nitrique pur 1 partie.

On porte alors la lamelle directement dans l'alcool, où elle finit de se décolorer. Lorsque la décoloration est achevée, on passe la lamelle à l'essence de girofle et l'on monte le tout dans le baume.

Procédé rapide de FraenkeL — Le principe est le suivant : colorer le bacille à chaud dans la solution d'EhrIich, puis décolorer et recolorer à la fois le fond en faisant passer la lamelle dans un mélange d'acide nitrique et de bleu de méthylène. Voici la technique :

Faire bouillir dans un tube à essayer un peu de la solution suivante :

Eau distillée 100 grammes.

Aniline pure 3 —

Alcool pur 5 —

Ajouter quatre ou cinq gouttes de solution saturée de fuchsine ; laisser tremper les lamelles cinq minutes dans ce mélange ; les retirer pour les plonger immédiatement dans le liquide suivant, filtré avec soin :

Eau d'aniline 30 grammes.

Acide nitrique 20 —

Alcool 30 —

Laver la lamelle et monter dans le baume. Le fond doil être bleu et les bacilles rouges ; mais ce procédé peut induire en erreur.

Procédé de Lubimoff(sa solution colorante a l'avantage de ne pas s'altérer). — Dans 20 centimètres cubes d'eau on introduit 50 centigrammes de cristaux d'acide borique, dont on hâte la solution en versant 15 grammes d'alcool absolu. Lorsqu'il ne reste plus que quelques cristaux non dissous, on ajoute 50 centigrammes de fuchsine (rubine), qui se dissout par l'agitation. On obtient ainsi un liquide qui se conserve et reste toujours prêt pour l'emploi, sans filtration nouvelle (1).

Plonger les lamelles dans le bain colorant et chauffer pendant quelques minutes.

Décolorer dans une solution d'acide sulfurique au 4/5* ; laver à Talcool et faire la double coloration dans une solution alcoolique saturée de bleu de méthylène ; laver et monter.

Mï

FiG. 73. — Culture du bacille de la tuberculose datant de quinze jours sur du sérum de bœuf gélalinisé.

Caractères morphologiques. — Les bacilles

de la tuberculose colorés se présentent sous

forme de bâionnets de longueur variable et

pouvant osciller entre 2 et 6 (a; leur largeur

c, culture en pe- est en moyenne de 0^3à0î",5. Le diamètre

licuies jaunâ- iransvcrsal est uniforme dans toute sa loutres; ly liquide ,, , , , ^

clair au fond du ffueur. lls sout souvcnt rccourbes en crochets

lube (C. et B.). ^ , , , . , • n » i • o

à une de leurs extrémités ou inllechis en b.

Sur une préparation de crachats colorés suivant les méthodes

(l) Duclaux, Annales de V Institut Pasteur^ 1888. p. 289.

que nous avons indiquées, on voit des bâtonnets d'épaisseur, de forme et de longueur variables ; les uns sont homogènes dans toute leur étendue, les autres sont formés de petits grains séparés par autant de parties claires.

En laissant des crachats d'un phtisique porteur de grandes cavernes séjourner dans un tube fermé par un bouchon de liège pendant trois semaines, Cornil et Babes ont constaté que dans les crachats ayant perdu leur consistance muqueuse sous

FiG. 74. — Colonie de la luberciiloso vue à un faible grossissement (Cornil et Babes).

FiG. 75. — Une partie de la môme cul- (ure, dans laquelle les bacilles sont disposés en arabesques, vue avec un grossissement de 500 diamètres environ (Cornil et Babes).

rinfluence de la putréfaction, tous les bacilles étaient composés de petits grains colorés. Ces grains étaient plus nombreux que dans les crachats examinés immédiatement après l'expectoration; ils étaient pour la plupart allongés ou sphériques, disposés bout à bout. A un très fort grossissement, Cornil et Babes ont vu très nettement les bords du bâtonnet, qui sont rectilignes et parallèles; ils ont constaté en outre que les grains colorés siégeaient dans Tintérieur du bâtonnet. Il y avait aussi dans ces crachats des amas de grains colorés appartenant à des bâtonnets parallèles, très rapprochés les uns des autres et accolés.

Dans ces amas de micro-organismes, on ne reconnaissait plus de bâtonnets, mais seulement des grains ronds disposés en séries et formant des groupes analogues à des sarcines.

Les parties colorées sont tantôt arrondies, tantôt cylindriques ou biconcaves ; cette apparence nous permet de supposer qu'on a quelquefois affaire à des spores, tandis que le plus souvent les parties colorées appartenaient au protoplasma des bâtonnets situés entre les spores et non à ceux-ci.

Babes a traité récemment des cultures de bacilles de la tuberculose en les trempant d'abord pendant plusieurs jours dans la solution d'Ehrlichj en les décolorant ensuite fortement pour les colorer de nouveau d'une façon intense par le bleu de méthylène. Tandis que les bâtonnets restent bleus, certains grains ronds et ordinairement terminaux restent rouges. Un bacille ne possède en général qu'un seul de ces grains. Babes se demande si ces grains ne sont pas des spores.

Ehriich, usant d'un procédé de coloration spécial, a constaté ces mêmes grains. Il les considère comme des spores, et Koch croit que ce sont des grains artificiels. En traitant par le même procédé des bacilles bien connus comme contenant des spores, on a pu constater que, dans ces préparations comme dans celle de la tuberculose, les bacilles étaient bleus et les spores rouges.

D'après ces recherches, Cornil et Babes concluent que ces grains sont des spores de la tuberculose, ou bien que la réaction des spores indiquées par Bienstock , Neisser, Hueppe n'est pas concluante et ne permet pas de les diagnostiquer.

La succession de parties claires et de parties colorées dans

le même bacille est considérée par certains auteurs comme le résultat d'un artifice de préparation. L'influence de la chaleur et des acides amènerait une rétraction du protoplasma, qui se réduirait en petits grains séparés par des espaces clairs, tandis que Tenveloppe resterait visible. Dans les crachats non colorés, mais traités seulement par une solution faible de

FfG. 76. — bacilles obtenus dans des FiG. 77. — Bacilles de la tuberculose crachats conservés pendant plusieurs observés dans les crachats,

semaines.

A : a, bacilles isolés; 6, bacilles situés dans une cellule épithéliale ; c, bacilles siégeant dans une cellule pigmentée. — B : a, bacilles très nombreux et accolés dans les crachats (Cornil et Babes).

Le plus grand nombre d^entre eux est libre dans le liquide, mais quelquesuns sont contenus dans les cellules lymphatiques ou même dans les grandes cellules. La cellule c contient du pigment noir.

potasse, les bacilles se présentent sous forme de bâtonnets incolores, immobiles, réfringents, sans espaces clairs ni granulations. On a objecté encore que les espaces clairs sont au nombre de trois ou quatre par bacille, ce qui est contraire à la loi générale, qui veut qu'il n'y ait qu'une spore par bâtonnet. Nous avons vu comment cette objection se trouve réfutée par l'argument de Babes.

Lorsqu'on laisse putréfier des crachats dans un récipient, on retrouve encore les bacilles après un temps indéfini. Au bout de trois mois, Cornil et Babes les ont encore rencontrés

aussi nombreux et aussi caractéristiques. Malassez et Vignai (4) ont constaté, de leur côté, qu'en abandonnant des crachais pendant plusieurs mois à la putréfaction, en les mouillant altérnalivement et en les laissant dessécher ensuite, les bacilles se rencontrent encore aussi nombreux.

Les crachats même maintenus à l'état sec conservent leur

FiG. 78. — Bacilles do la tubercu- FiG. 79. — Bacilles de la tubercu-

lose dans une vieille culture. lose dans les crachats. — Grossis-

sement de 800 diamètres (Cornil et Babes).

FiG. 78. — b, bacilles pourvus de spores sp ; b', bacille sans spores.

virulence. Cornil et Babes, inoculant à des lapins des crachats conservés pendant trois mois, ont vu se développer des périarthrites fongueuses et des ostéites caséeuses contenant des bacilles de la tuberculose.

Gaflfky, Schiiller et Fischer (2), injectant à des lapins des crachats desséchés, ont déterminé chez eux une tuberculose expérimentale tardive survenant vers le centième jour.

Les grandes cellules épithéliales tuméfiées provenant de l'intérieur des alvéoles pulmonaires contiennent parfois des bacilles de longueur variable, comme l'ont constaté Cornil et Babes.

Le nombre des bacilles dans les crachats est très variable. Il est en général en rapport avec les foyers de désintégra-

(1) Société de biologie, 19 mai 1883, p. 366.

{i) MiUheilunyen des k. GesundheitsamnUej t. il, 1884.

lion du poumon. Ce nombre est assez grand lorsqu'il s'agit de cavernes en voie de formation ou complètement formées (Cornil et Babes).

Mais lorsqu'il s'agit de tuberculose miliaire aiguë ou de cavernes dont la surface est sèche ou cicatrisée, si ces malades ne crachent pas ou crachent très rarement, les signes

FiG. 80. — Cellule géante g toule remplie de bacilles dans un cas de tuberculose de Tamygdale. Le tissu tuberculeux périphérique a en contient également. — Grossissement de 400 diamètres (Cornil et Bubcs).

cliniques tires de la recherche des bacilles seront presque nuls. Il en sera de même si, dans une phtisie granuleuse du poumon, les malades expectorent seulement une petite quantité de mucus venu des bronches.

Dans les granulations provenant des ulcérations tuberculeuses de la bouche ou du pharynx, on trouve aussi des bacilles, siégeant constamment dans les cellules géantes; s'ils sont peu nombreux, on n'en trouve qu'un ou deux dans chaque cellule ; s'ils sont très nombreux, la cellule géante en est remplie (fig. 80).

Dans la tuberculose de la langue, les bacilles siègent de même dans les cellules géantes et dans le tissu des granulations, qui envahissent ordinairement les couches intermusculaires de cet organe.

On retrouve les bacilles dans toutes les variétés étiologiques de la tuberculose. Par exemple, il existe déjà de nombreuses

observations de phtisiques diabétiques, dans l'expectoration desquels on a retrouvé les bacilles de Koch.

Le bacille de la tuberculose que nous venons de décrire se

'\. it

FiG. 81. — Coupe d'une granulation tuberculeuse de la langue située prorondément entre les faisceaux musculaires.

m, faisceaux musculaires; (, granulation tuberculeuse; v, cellules géantes; n, tissu conjonctir.

cultive actuellement avec la plus grande facilité, grâce au procédé excellent de MM. Nocard et Roux.

Koch, le premier, était parvenu à cultiver son bacille sur sérum, mais au prix de tels efforts que lui-même déclarait qu'il ne croyait pas que cette culture jouerait jamais un grand rôle dans l'étude de la tuberculose.

Nocard, en 1885, avait rendu la culture plus facile en additionnant au sérum, avant de le gélatiniser, une petite

quantité de peptone, de chlorure de sodium et de sucre de canne.

Enfin, en 1887, MM. Nocard et Roux montrèrent qu'une simple addition de glycérine aux milieux ordinaires, tels que sérum, gélose ou bouillon, les rendait excellents par la culture des bacilles de Koch (4).

Cet organisme est une aérobie pure ; il ne pousse bien qu'à 39 degrés; il se développe déjà moins bien à 35-37 degrés.

L'ensemencement doit êlre fait avec une tuberculose jeune^ à bacilles vigoureux. Le développement ne se fait pas si Ton sème de vieux produits tuberculeux.

Ce sont, avons-nous dit, les crachats desséchés et pulvérisés qui sont le plus souvent la cause de la contagion de la tuberculose (2). L'expérimentation nous a montré la virulence de ces crachats même stérilisés.

Les crachats des phtisiques doivent donc être désinfectés. C'est là une première mesure de prophylaxie à prendre. La stérilisation par les antiseptiques (sublimé, acide phénique) est infidèle. Il faut avoir recours à la chaleur. D'après la recommandation du Conseil d'hygiène et de la Commission permanente du Congrès pour l'élude de la tuberculose, il faut faire cracher les phtisiques dans un vase de porcelaine ou de métal que l'on stérilise facilement en y versant de l'eau bouillante; il faut toujours vider les crachoirs dans le feu ou dans l'eau

(1) Annales de Vlnstitut Pasteur, 1887, p. 19.

(!2) L'exemple le plus frappant de ceUe contamination par les poussières est rapporté par M. Marfan. Dans un bureau administratif, quinze employés sur vingt-deux sont morts de phtisie pulmonaire, dans un espace de onze années, après qu'un de leurs camarades y eut introduit les germes de la maladie, car il y séjourna pendant trois ans, toussant et crachant, avant de succomber {Union mèd,y 19 novembre 1889, p. 715).

bouillante (1); les linges souillés par Texpecloralion seront passés pendant un quart d'heure dans la vapeur d'eau surchauffée.

Tétragène.

Ce microbe nous intéresse, car il existe dans les crachats et surtout dans les crachats des tuberculeux. Biondi, dans les cinquante recherches qu'il a faites sur la salive, l'a rencontré trois fois. — Il a été décrit pour la première fois par Gaffky, qui en a fait la découverte en inoculant sous la peau des souris le produit du raclage des cavernes tuberculeuses. Ces animaux mouraient de septicémie et dans leur sang on trouvait les microcoques réunis quatre par quatre dont nous allons donner la description.

Sur les coupes des parois de cavernes tuberculeuses humaines on peut dans certains cas déceler la présence de ces micro-organismes. Si cette présence est rarement signalée, c'est que, pour examiner les crachats comme les parois des cavernes des tuberculeux, on les traite par la méthode d'Ehrlich qui met en évidence le bacille de Koch, mais qui décolore les autres bacilles. Il faut donc traiter spécialement les préparations par la méthode de Gram ou de Weigert pour déceler ce micro-organisme.

Le tétragène se présente sous la forme d'un microcoque mesurant! (x de diamètre environ. Les éléments sont réunis quatre par quatre, sous forme de tétrade, le tout réuni par une enveloppe muqueuse.

La coloration se fait facilement avec la solution hydroalcoolique des couleurs d'aniline, elle se fait mieux encore

(4) Villemin, Bull, de VAcad. de méd., 29 octobre 4889, l. XXII, p. 388.

TÉTRAGÈNE. 145

par les procédés de Gram (voy. p. 108) ou de Weigert (1). Sur les coupes des organes d'animaux morts de septicémie tétragénique expérimentale, le microbe se colore très bien par la méthode de Gram et mieux encore par celle de Weigert. Pour mettre en évidence le bacille de la tuberculose en même temps que le micrococcus tétragène sur les coupes pratiquées dans l'épaisseur des parois d'une caverne provenant d'un poumon humain tuberculeux, Thoinot et Masselin conseillent le procédé suivant :

€ Les coupes fines une fois déshydratées dans l'alcool absolu sont placées pendant deux heures dans la liqueur rouge d'Ehrlich ; elles sont ensuite décolorées dans l'alcool et l'acide azotique à 1 pour 100 et rincées à l'eau. On colore ensuite légèrement le tissu au brun de Bismarck, puis on emploie la méthode de Gram ou celle de Weigert. Si les manipulations ont été bien faites, on a ainsi une préparation typique dans laquelle on voit le tissu en jaune clair, les bacilles de Koch en rouge et le micrococcus tétragène en violet (2). i

Le tétragène est un aérobie facultatif; il se cultive aussi bien à l'abri de l'oxgyène qu*A son contact. Il se développe même plus abondamment dans les bouillons qui ne sont pas laissés en présence de l'air.

Inoculé dans un tube de bouillon laissé en présence de l'aii',

(1) La double coloration de Weigert se fait de la façon suivante : on passe d'abord au picro-carmin, pendant cinq minutes; on lave à Teau distillée, on déshydrate à l'alcool absolu, on verse sur la préparation quelques gouttes de la liqueur de Weigert (solution aqueuse concentrée de violet 6 B à chaud), qu'on laisse pendant dix minutes, on expose ensuite la coupe pendant une minute dans la solution de Gram, on la sèche avec du papier buvard et on la décolore par l'huile d'aniline. Une fois la décoloration obtenue, on lave au xylol et Ton monte dans le baume.

(^) Thoinoi et Masselin, Précis de microbie, p. 340.

il commence à troubler le liquide au bout de quelques heures déjà; la culture se dépose ensuite au fond du vase sous forme d'une poudre blanche et très fme. En agitant le milieu, la poudre s'élève dans le liquide sous forme de flocons qui se dispersent bientôt. Inoculé en piqûre dans la profondeur de la gélatine, au bout de quatre jours, à la température ordinaire, le létragène donne une culture blanche, nacrée, étalée à la surface ; on a comparé son aspect à celui d'une feuille de nénuphar.

Le long de la culture se développent de petites colonies

-mu»'

FiG. 82. — Micrococcus tetragenus dans la rate d'une souris (Cornil et Babcs).

ovoïdes, tassées les unes contre les autres vers la surface, nettement séparées vers la profondeur.

La gélatine n'est jamais liquéûée. Sur la pomme de terre le développement est très riche et donne une culture blanche, vernissée.

Les cultures examinées au microscope après dissociation sur lamelles montrent des tétrades souvent groupées en zooglées.

Le tétragène est pathogène pour là souris et le cobaye. La souris contracte facilement la maladie.

Si un premier animal inoculé avec un crachat humain meurt par le tétragène, une goutte de son sang inoculée à une seconde souris dans le tissu cellulaire du dos ou de la cuisse la

TÉTRAGÈNE. 147

tue en moins de vingt-quatre heures. Le microbe conservé en culture est moins actif. L'inoculation ne détermine plus la mort qu'au bout de trois ou quatre jours, après une période d'immobilité et de somnolence.

On ne trouve guère à l'autopsie d'autres lésions microscopiquement appréciables qu'une congestion des viscères, mais le sang contient le microcoque. Les capillaires du poumon et du foie, les glomérules du rein sont remplis par des masses de tétrades encapsulées. Les cobayes présentent après inoculation soit une septicémie, soit des abcès locaux. On ne sait pas le rôle que peut jouer le télragène chez l'homme. Cornil et Babes se demandent si ce n'est pas ce microbe qu'ils ont trouvé dans un abcès syphilitique sous forme de groupes carrés entourés d'une capsule. Dans ce cas, cet organisme était généralisé dans des abcès pyémiques.

Roswell Park (1) a retrouvé le microcoque tétragène dans le pus d'un abcès sous-maxillaire.

Cet abcès était survenu chez une jeune femme de dix-huit ans, de bonne santé habituelle, dont le côté gauche de la face était si tuméfié qu'elle ne pouvait ouvrir la bouche. Depuis quelque temps, la troisième molaire inférieure gauche était très douloureuse; un dentiste consulté ne put l'arracher, et la fluxion durait depuis une semaine quand la malade entra à l'hôpital avec un phlegmon anthracoïde allant de l'oreille au menton, très dur, cédant à peine à la pression, peu douloureux ; température à 38 degrés. On aurait pu croire à une angine de Ludwig, n'eût été l'étendue du gonflement.

On fit appliquer de l'onguent raercuriel et des cataplasmes pour hâter la suppuration; mais au bout de trois semaines

(1) R. Park, Med, News, 6 octobre 1888, t. LUI, p. 381.

l'état était à peu près le même. Alors, après anesthésie, on ouvrit la bouche de force et Ton enleva la dent, qui était cariée et très fragile. On incisa ensuite quelques points ramollis d'où il sortit un peu de pus et avec une cuiller tranchante on enleva autour un peu des tissus malades. La convalescence fut lente, et l'induration des tissus dura longtemps. Il fallut encore inciser quelques points ramollis et la guérison n'était pas encore complète au bout de deux mois.

Au moment de l'opération, R. Parkfit plusieurs inoculations sur la gélatine et l'agar, avec le pus provenant des points de ramollissement. Il fit ensuite plusieurs cultures sur plaques et l'on y trouva les deux formes communes de staphylococcus et \e Micrococcus lelragenus.

Les stomatites.

Plusieurs de ces affections sont aujourd'hui reconnues d'origine microbienne; tels sont le muguet, ou stomatite crémeuse, les stomatites aphteuse, ulcéro-membraneuse ; diverses angines, la diphtérie, etc. Nous décrirons successivement les microbes de ces diverses affections.

A rlhrophyla (Giiiby) . — Oidium albicans (Piobin) . — Syringospora (Quinquaud). — Saccliaromyces albicans (Audry).

Nous n'avons pas à faire ici l'histoire clinique et anatomiquc du muguet. Nous rappellerons seulement que, sur une muqueuse rouge — suivant l'expression de Parrot — et acide, il se présente sous forme d'un enduit blanchâlre, crémeux, qui lui a valu son nom en raison de son analogie avec le Convallaria mcialis. On peut trouver la lésion ailleurs que dans la

bouche. Elle est due toujours à la pullulation d'un parasite décrit pour la première fois par Berg, de Stockholm, en 1842, et retrouvé en France par Gruby. En 1852, Gubler se livrait à d'intéressantes recherches sur l'acidité de la cavité buccale, acidité considérée comme nécessaire au développement du parasite. En 1853, Ch. Robin faisait une étude minutieuse du champignon et découvrait des filaments et des spores (1).

1" Filaments. — Ce sont des tubes à bords nettement accusés et parallèles. Leur centre est transparent et leur diamètre varie de 3 à 4 [x. Ces filaments sont simples à l'état jeune, ramifiés à l'état adulte. Ils sont remplis de cellules allongées qui les cloisonnent d'espace en espace. Les cloisonnements sont remplis par une substance homogène transparente. Ces filaments ont deux extrémités; l'une est adhérente à une première cellule en communication directe avec une spore dont elle est le prolongement. L'extrémité libre est une cellule arrondie, très grosse, arrivée sans doute à son apogée et prêle à se détacher.

2** Spores. — Elles sont disséminées autour et à l'origine des filaments. Leur forme est sphérique; contenant une poussière fine, elles réfractent fortement la lumière; elles peuvent flotter librement ou bien sont adhérentes et superposées à des plaques épithéliales.

La trame d'une plaque de muguet n'est pas formée en effet par de la fibrine, mais bien par des cellules pavimenteuses de tout âge, la plupart dégénérées et granuleuses. Le champignon forme la base des lames pseudo-membraneuses qui constituent le muguet ; c'est lui qui leur donne leur couleur blanchâtre.

(1) Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites^ p. 188.

Les éléments constitutifs de la lame varient en proportions suivant son ûge. Quand le muguet ne se présente que sous forme de grains isolés, les cellules épithéliales concourent à la formation pour une part plus considérable que le mycélium ; plus tard, ce sont au contraire les éléments cryptogamiques qui dominent.

Grawitz donna du parasite une bonne description, mais se trompa, nous le verrons, lorsqu'il proclama son identité avec le Mycoderma vini en se basant sur l'inoculation de ce dernier organisme sur la muqueuse buccale du chat (1).

M. Quinquaud, dans un mémoire publié dans les Archives de physiologie en 1868 (2), prétendait ne trouver dans les classifications actuelles aucune 'place convenant au parasite du muguet, aussi en faisait-il un genre à part qu'il nommait « Syringospore ». Il étudia le champignon sur des cultures faites dans les milieux liquides et sur des citrons, et fut le premier à entrevoir ainsi la forme de levure que pouvait aflfecter l'organisme du muguet.

L'aspect que nous avons décrit est en eflfet celui que présente le champignon développé sur la muqueuse buccale. Mais cette forme n'a rien de constant ; elle peut changer, se fixer d'une façon différente suivant le milieu de culture.

M. Gh. Audry (3), s'aidant des procédés récents usités en technique bactériologique, a repris en 1887, dans un travail très important, cette étude du muguet. Il a cultivé ce parasite sur différents milieux et montré les modifications que subissait le végétal suivant le terrain sur lequel il se développait. A l'exemple de Van Tieghem, M. Audry range le micro-orga-

(1) Grawitz, Archiv, de Virchow, 1877, t. LXX, p. 546.

(2) Quinquaud, Arch. dephys., t. I, p. 68.

(3) Audry, Revue de médecine, t. VII, p. 586.

nisme du muguet parmi les saccharomycès et lui donne le nom de Saccharomycès albicans. Ce sont les travaux de M. Audry que nous allons résumer.

Culture sur gélatine et milieux solides et liquides. — Une greffe de muguet ensemencée sur gélatine ordinaire a fourni à M. Audry les résultats suivants :

Autour du fragment initial, qui a conservé son apparence et sa forme un peu irrégulière, se sont juxtaposés cinq ou six petits lobules d'un blanc pur, ayant à peu près les dimensions et un peu les formes très régulières d*autant de petites perles chevauchant un peu, par leurs bords, les unes sur les autres et affectant une disposition vaguement losangique, évidemment en rapport avec la forme de la greffe. A côté de ces lobules, et isolés, s'en est développé un autre tout à fait identique aux précédents.

La gélatine n'est ni liquéfiée ni déprimée; la végétation, un peu exubérante, mamelonnée, a lieu en surface et en saillie sur un tube de gélatine acidifiée au moyen d'un peu d'acide phosphorique ; la végétation, extrêmement riche, n'a pas présenté d'autres caractères.

La gélatine ordinaire a conservé la réaction neutre ou très légèrement alcaline qu'ont tous les milieux nutritifs usités au laboratoire. Une colonie délayée dans un peu d'eau reste neutre.

Sur l'agar-agar, le Saccharomycès albicans se développe suivant un type identique, seulement avec une rapidité beaucoup plus grande, ce qui est dû à la possibilité de soumettre les tubes à la chaleur de l'étuve; et en effet, à mesure que la température de la saison s'est élevée, le développement du champignon sur la gélatine ordinaire s'est fort accéléré.

Les colonies apparaissent sur Tagar au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures; sur la gélatine, elles ne demandent guère plus de temps, mais elles sont moins considérables.

Notons que sur Tagar, la forme lobulée mamelonnée disparaît presque, et l'on se trouve en présence de taches lisses blanchâtres tout à fait pareilles à des cultures de certains microbes ordinaires.

Il en est absolument de même avec l'agar glycérine.

Sur la pomme de terre on voit, au bout de deux à trois jours, des groupes d'un blanc un peu sale, très saillants, un peu irréguliers en surface. En quelques points, ces groupes deviennent presque noirs, sans que d'ailleurs aucune modification soit apportée à la structure des éléments qui les constituent.

La culture a des bords nets, à pic, elle ne modifie pas les pommes de terre. Dans le bouillon de peptone ordinaire, le Saccharomyces albicans cultive très facilement. Le bouillon ensemencé et placé à la température de 38 degrés est déjà troublé dans toute son épaisseur au bout de quarante-huit heures. Jamais on n'observe de pellicule à la surface du liquide. Au fond du vase se précipitent parfois quelques flocons vagues et fragiles.

Examen microscopique des cultures. — Quand on examine au microscope les cultures, on voit que le champignon se présente sous des aspects tout différents suivant le terrain où il a pullulé. Nous allons voir que le polymorphisme de cet organisme, bien mis en évidence et bien interprété par M. Audry, est un des points les plus intéressants de son histoire.

Le fragment d'une colonie développé sur un milieu solide quel qu'il soit, donne toujours au microscope des corps mono-

cellulaires de forme généralement arrondie, parfois irrégulière. Ces corps ne présentent pas d'ordination spéciale, ils peuvent être isolés ou accolés. Ils ont en certains points des rapports semblables à ceux que présentent les levures.

A un fort grossissement, on peut voir que la membrane d'enveloppe de ces éléments est épaisse, lisse et claire. Au centre se trouve un protoplasma granuleux qui se laisse fortement colorer par les réactifs et n'arrive pas tout à fait au contact de la membrane d'enveloppe. On aperçoit en certains

Ff6. 83.— Culture sur gélatine. — Obj. 1/12 à immersion de Zeissl: Oc. 5. Tube non tiré (Audry).

points de rares cellules plus volumineuses, irrégulières. Appendue à elle par un fin pédicule, se dessine parfois une cellule très petite, arrondie, procédant par gemmation de la précédente. On trouve enfin d'assez gros éléments transparents, vides de substance granuleuse.

Vues sans coloration, toutes ces cellules ont l'éclat un peu terne. Elles ne réagissent pas vis-à-vis des matières colorantes à la façon des spores.

Une culture faite sur un milieu liquide ne présente déjà plus les éléments arrondis ou ovalaires fournis par les cultures sur milieux solides; on ne voit plus que des cellules allongées, de volume parfois considérable. Les éléments sont presque tous agglomérés par groupes de trois, quatre, cinq et six. Plusieurs petites cellules adhèrent en général par une extrémité à une plus grosse cellule centrale.

€ Quelquefois un élément, d'un volume toujours notable, s'effile brusquement en une traînée longue et mince qui se renfle à son extrémité de telle sorte qu'il offre une forme en bissac très allongé. Ce prolongement peut acquérir une assez grande longueur ; il est clair dans sa portion effilée, et occupé à ses deux extrémités larges par de la substance granuleuse centrale et colorée. Déjà sur son trajet il présente une ou plusieurs cellules qui ont avec lui des rapports très étroits et

FiG. 8i. — Culture du bouillon. — Môme grossissement (Âudry).

paraissent lui être suspendus. Enfin on aperçoit des filaments longs, clairs, à peu près réguliers, situés sur le prolongement de plusieurs cellules striées dont ils sont indépendants.

€ C'est là le premier stade de la mycétisation qui va dès lors prendre un développement rapide et complet. >

Sur une culture âgée de trois ou quatre jours sont disséminés, en effet, de longs linéaments très nombreux, entremêlés aux formations précédemment décrites et qui persistent pour la plupart. A l'intérieur des filaments, on n'observe jamais rien qui ressemble à des spores. On voit seulement des grains très colorés qui parfois se gonflent, < font saillie à l'intérieur et, après s'être pédiculisés, viennent former sur la paroi externe une jeune cellule adhérente, mais distincte ».

Les tubes s'entre-croisent de toutes façons et parfois s'articulent entre eux. A leurs points d'entre-croisement viennent s'agglomérer des quantités de cellules ovalaires qui sont atta-

MUGUET. i55

chées à leur paroi et sont ordonnées entre elles tout à fait à la façon des végétations en levure de bière adulte.

M. Audry a démontré que le développement raycéliniquedu Saccharomyces albicans est plus abondant encore quand on le cultive sur du vin stérilisé. Le mycélium alors forme des touffes, s'agence en tourbillons. On ne voit plus guère que des filaments; c'est à peine si l'on aperçoit encore quelques rares éléments cellulaires ordinaires.

Jamais M. Audi^ n'a vu la formation d'un organisme ana-

FiG. 85. — Culture sur bouillon. — Môme grossissement. Tube tiré.

logjie au Mycoderma vini. Le vin ne présente jamais l'odeur acétique ; il devient acide comme le bouillon lui-même. Au bout de six à huit jours , le processus mycélinisateur paraît stationnaire, la forme ne change plus. Si l'on ensemence sur milieu solide, agar, gélatine, pomme de terre par exemple, une parcelle de culture en pleine mycélinisation, il ne se développe que des éléments sphériques et jamais de filaments comme dans le bouillon. C'est l'aspect que nous avons décrit d'une culture primitive sur gélose après ensemencement d'une plaque de muguet humain.

€ Nous nous trouvons donc, dit M. Audry, en présence d'un être végétal qui, suivant le milieu ambiant, présente un polymorphisme remarquable par sa netteté et sa constance absolue et qui de la sorte offre tantôt l'apparence mycélique, tantôt l'aspect de mycolevure. >

En effet, plongé dans le bouillon, le Saccharomyces albicans

forme des mycéliums ; développé à la surface d'un terrain solide^ il ne donne que des levures. Ainsi s'expliquent les différences de forme du champignon du muguet décrit par les auteurs, tels que Robin, Quinquaud, Bizzozero, Firket, elc.

L*histoire du Saccharomyces albicans ainsi refaite par M. Audry donne un appui nouveau et solide aux théories de Brefeld, Hallier, Buchner, Pasteur, sur le polymorphisme d'un certain nombre de champignons.

Ces faits sont à rapprocher de ces anomalies apparentes de révolution si longtemps obscure d'un certain nonibre d'individus appartenant nettement au règne animal^ les ténias, les langoustes, elc.

Dans l'état actuel de la science, il paraît donc impossible de donner une classification sérieuse des champignons inférieurs et par conséquent du Saccharomyces albicans lui-même. Les levures, d'après Arloing, ne doivent pas être considérées comme des espèces, mais bien comme des formes de transition d'un individu plus élevé dont nous ignorons le complet développement.

Quant aux spores, il semble, contrairement aux opinions courantes, qu'on ne les ait pas encore vues dans l'organisme du muguet, et le processus d'accroissement paraît ne se faire que par bourgeonnement. Le Saccharomyces albicans offre des rapports étroits avec l'organisme figuré par M. Duclaux et décrit par lui-même sous le nom de Saccharomyces pastorianiis, Audry ne croit pas à l'analogie de ces deux champignons. Le Saccliaromyces albicans^ mis en contact avec une solution de mannile, ne donne pas de fermentation appréciable avec de petites quantités.

Les rapports que Grawilz a cru pouvoir établir entre le Mycoderma vint et le parasite du muguet ne sont pas confirmés

parAudry. Les recherches d'Audry sont intéressantes encore au point de vue pathologique pur et thérapeutique.

Gubler attribuait, on le sait, une importance considérable à l'acidité de la bouche dans la genèse du muguet; il prétendait qu'il ne pouvait se développer dans la bouche alcaline, d'où l'indication thérapeutique d'alcaliniser la cavité buccale. Or les expériences d'Audi7 ont prouvé que le Saccharomyces albicans végète aussi bien sur les milieux neutres ou alcalins que sur les milieux acidifiés.

L'acidité de la bouche chez les individus atteints de muguet est pourtant un fait réel et constaté par nombre de cliniciens. Cetle acidité est-elle cause ou effet? < Nous l'ignorons, dit Audry. Notons seulement que nos bouillons de culture, qui sont neutres à Tétat de pureté, étaient devenus légèrement acides. »

Le borax paraît un excellent antiseptique pour le muguet. Lorsqu'on en verse une faible quantité dans des bouillons de culture, ceux-ci restent stériles.

L'emploi de ce médicament est donc justifié par l'expérimentalion. La contagion du muguet, surtout chez les nouveau-nés, est aujourd'hui établie par des faits probants. Les mauvaises conditions hygiéniques favorisent cette contagion, qui se fait par les biberons mal nettoyés, le sein de la nourrice, probablement aussi par l'air. Le muguet, dans les crèches, revêt même parfois un caractère épidémique. Il sévit principalement sur les enfants de deux à vingt-deux mois (Trousseau), qui présentent peu de résistance contre les conditions défavorables de leur alimentation. Chez les tuberculeux, les cachectiques, les typhiques épuisés, le muguet apparaît comme manifestation ultime de la maladie. 11 survient alors spontanément et les cas en restent sporadiques. Cette année même, dans son cours, M. le professeur Dieulafoy rapportait l'histoire d'une dame

soignée dans un château situé en pleine campagne et dans un pays où depuis des années on n'avait pas observé de cas de muguet. Les plaques de stomatite couenneuse se développèrent pourtant peu de jours avant la mort.

Il faut donc admettre que dans l'air, peut-être même dans la cavité buccale, le saccharomycès, retrouvant un milieu favorable pour pulluler et exalter sa virulence, devient un organisme pathogène.

STOMATITE APHTEUSE

On a tendance à croire aujourd'hui à la nature microbienne de cette affection.

J'ai publié récemment des faits qui paraissent établir d'une façon positive l'origine bovine des aphtes (1). Cette opinion avait déjà été émise par Sagar, qui, en 1764, soutenait que le lait était un agent de transmission.

La coïncidence d'épidémies d'aphtes chez l'homme ou l'enfant, avec les épizooties de fièvre aphteuse ou cocotte, a été fréquemment signalée.

La preuve de la contagion par le lait a été faite d'ailleurs, en 1854, par trois vétérinaires allemands expérimentant sur eux-mêmes. Ayant bu volontairement du lait provenant de vaches atteintes depuis quelques jours de fièvre aphteuse, ils furent pris rapidement de flèvre et d'une éruption aphteuse développée sur la muqueuse buccale.

La fièvre aphteuse n*est pas toujours bénigne, elle peut être très grave. J'ai dit que, chaque année, un certain nombre d'enfants succombaient à cette maladie, et j'ai noté, sur vingt-sept observations, un cas de mort par gangrène de la bouche, et

(1) David (Th.), Arch, gén. deméd,, 1887, vol. CLX, p. 317, 445.

STOMATITE APHTEUSE. 159

deux cas où deux aphtes s'étaient développés dans Festomac et rinleslin.

M. Edgar Hirtz, dans une clinique rapportée dans le Journal de médecine et chirurgie pratiqueSy pour 1887, soutient que la maladie n'est jamais contagieuse.

Legendre(l) rapporte, en faveur de la contagion, quMl a vu plusieurs fois deux ou trois enfants de la même famille atteints simultanément ou successivement de fièvre aphteuse. Presque toujours, dans ces cas, il s'agissait, dit-il, d'enfants couchant ensemble.

Pour se préserver de la contagion animale, il faut, comme on l'a recommandé pour la tuberculose, faire bouillir le lait desliné à l'alimentation. La crème, les fromages restent dangereux, aussi devrait-on interdire la vente du lait des vaches atteintes de cocotte.

Si le microbe de la fièvre aphteuse n'a pas encore été trouvé, il le sera sûrement dans un avenir plus ou moins prochain. L'évolution de la maladie (forme fébrile), l'étiologie, la thérapeutique même prouvent son existence.

Un seul médicament, de nature antiseptique, a donné à M. Hirtz des résultats surprenants et rapides. C'est le salicylale de soude. « Il amende, dit-il, en quelques heures et fait disparaître la cuisson si douloureuse de la stomatite, véritable torture pour quelques malades. On devra l'employer en solution concentrée, 20 pour 100 au moins; on badigeonnera la muqueuse buccale et pharyngée cinq ou six fois par jour, principalement après le repas. »

(1) Legendre, Antisepsie médicale, p. 194.

STOMATITE ULCÉRO -MEMBRANEUSE

A M. J. Bergeron revient Thonneur d'avoir démontré que cette affection était spécifique, épidémique, contagieuse, tous caractères d'une maladie microbienne.

En dépit de Topinion de deux médecins de marine, Catelan et Mayet, qui croient la stomatite ulcéro-membraneuse toujours liée à révolution de la dent de sagesse, la théorie de M. Bergeron a prévalu et Ton considère la slomatite ulcéromembraneuse comme une infection locale.

On peu , observer, comme M. Bergeron le reconnaît lui-même, une stomatite ulcéreuse de la bouche d'origine dentaire, mais cette stomatite n'a rien de spécifique, elle débute autour d'une dent et s'accompagne fréquemment de trismus.

On n'a pas manqué de rechercher le microbe pathogène dans la bouche d'enfants atteints de stomatite, mais jusqu'ici les efforts ont été peu fructueux.

M. Pasteur avait cru d'abord avoir trouvé une spirille dans la bouche d'enfants atteints de stomatite. Netter, dans le service de M. Bergeron, a recherché de nouveau cette spirille ; il avait cru la retrouver au niveau des plaques ulcéreuses, mais les inoculations faites avec la culture de ce microbe ne lui ont fourni aucun résultat positif.

Les cultures se développent rapidement sur gélatine, agar, sérum sanguin et pomme de terre, et se laissent reconnaître à une odeur de putréfaction déjà signalée. Sur gélatine la culture est en forme de clou. Les cultures ont une réaction alcaline.

Des inoculations du bacille ont été faites dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans la plèvre ou sur la muqueuse buccale de souris, de lapins et de cochons.

STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE. iôl

Quelques animaux moururent plusieurs jours après Tinoculation. Dans leur sang ou au point d'inoculation on trouva les bacilles injectés. On put même constater sur les muqueuses inoculées des lésions inflammatoires, mais jamais d'altérations analogues à la stomatite ulcéreuse.

Frûhwald (1) a, celte année même, dans onze cas de stomatite ulcéreuse observés chez des enfants âgés de huit mois à dix ans, examiné au point de vue microbologique la masse pulpeuse recouvrant les ulcérations.

Il a trouvé diverses espèces de microbes de dimensions différentes, des bacilles ou cocci, les uns liquéfiant la gélatine, les autres ne la liquéfiant pas. Ces organismes se présentaient au microscope sous forme de leptothrix ou de spirilles.

Friîhwald a pourtant rencontré très souvent un bacille dégageant une odeur de putréfaction rappelant l'haleine des gens atteints de stomatite. C'est ce microbe qu'il s'est attaché à étudier.

Dans cinq cas, il en a obtenu des cultures pures. Sa forme est ovale, sa longueur varie entre 1 «*,5 et 2 pi, sa largeur entre 0^6 et 1 fA.

Les résultats fournis par les inoculations aux animaux ne permettent pas encore de conclure que cet organisme est l'agent spécifique de la stomatite ulcéro-membraneuse.

Frûhwald n'a jamais rencontré son microbe dans la bouche de l'homme sain ou atteint d'une autre maladie.

M. Galippe croit à l'origine microbienne de la maladie, mais il émet une opinion éclectique et pense que l'évolution dentaire agit non seulement en préparant le terrain, mais encore en modifiant la virulence du microbe.

(1) Frûhwald, Ueber Stomatitis ulcerosa {Jahrbuch fUr Kinderheilkunde und physische Erziehung, 1889, p. 200).

"' La composition des liquides buccaux serait changée au moment de l'évolution des dents, et le microbe, resté saprophyte en végétant dans le tartre dentaire, deviendrait pathogène en pullulant dans les liquides buccaux ainsi transformés.

Là stomatite ulcéro-membraneuse a son remède spécifique, le chlorate de potasse, d'après West, Chanal, Herpin, Blache, et surtout M. Bergeron (1).

Glossites épithéliales desquamatives.

Ces glossites, décrites sous différents noms par Bergeron^ Bridou, Parrot, Guinon, ont été soupçonnées de nature infectieuse. L'évolution des plaques desquamatives, qui s'étendent ^n fauchant l'épithélium, plaide en faveur de cette opinion. On n'a jusqu'ici découvert aucun parasite spécial.

Gangrène de la bouche.

C'est une affection évidemment microbienne, comme beaucoup de processus gangreneux. Peu de recherches ont été faites jusqu'à présent sur les éléments parasitaires.

En 1840, Froriep reconnut dans la partie nécrosée l'existence de spores de champignon; en 1872, Struch y décrivit un champignon de forme arrondie qui, lorsqu'on le brisait sous la lamelle, laissait échapper des corps ayant la moitié de la grosseur d'un globule sanguin. On y trouve encore le Bacterium termo, Cornil et Babes ont décrit de petites chaînettes courtes, très serrées, formées par des microcoques libres ou réunis en zooglées se colorant

(1) Ber^erotïy De la stomatite ulcéreme des soldatSyVànSy i959, p. 223

Gangrène de la bouche. i63

bien par les couleurs d'aniline et qui ont de 0^3 à 0i*,4 de diamètre (1).

Dans la gangrène, on trouve diverses espèces de bactéries, les unes rondes, les autres en forme de bâtonnets. Dans la profondeur des tissus gangrenés, les microcoques forment de grandes zooglées dont les cellules sont vivaces et se colorent bien, tandis qu'elles sont difficiles à colorer en d'autres points, parce qu'elles sont moins vivantes ou mortifiées {ibid.,p. 129). Sur les parties mortifiées se développent secondairement une quantité considérable de bâtonnets, de chaînettes, de microcoques venus de la bouche ou de l'air, et contribuant ainsi à la putréfaction.

En 1888, Kanke trouva dans des coupes colorées une masse de bactéries qui se coloraient très bien par la méthode de Gram et quelques coccus.

Enfin, en 1889, Schimmelbusch vient d'étudier à nouveau, dans un cas de noma consécutif à la fièvre typhoïde, les lésions et la bactériologie de celte affection.

Au centre de la partie nécrosée, cet auteur trouva un grand nombre de bactéries différentes, mais à la limite de la partie nécrosée et de la partie saine il ne trouva qu'une seule espèce de bactérie, qui pénétrait assez loin dans le tissu sain par les lymphatiques, ce qui lui a permis d'en obtenir des cultures pures. II l'a décrite comme étant un bâtonnet court, avec des extrémités arrondies, se trouvant souvent réunies plusieurs ensemble, de façon à former de longs filaments. Cette bactérie se laisse colorer, quoique difficilement, par le violet de gentiane, au bout de quinze à vingt minutes en solution aqueuse à 1 pour 100, et par la méthode de Gram.

(1) Voy. Cornil et Babes, Les bactéries^ 2« édit., p. 123, et pi. I, 3* rangée, 3 dernières figures.

Sur les pommes de terre ensemencées à la température de la chambre avec du tissu nécrosé et maintenues à cette température, il se produisit au bout de quatorze jours une culture d'un gris blanchâtre; à la température de 37 degrés, la culture se fit plus rapidement.

Sur la gélose, il se formait en vingt-quatre heures une culture d'un blanc porcelaineux le long de la ligne d'ensemencement.

Ensemencées par piqûre dans la gélatine, les colonies étaient blanches, soudées ensemble, la ligne de culture était par conséquent noueuse. Les cultures faites sur ce milieu s'étendaient assez rapidement à la surface de la gélatine. Dans le bouillon, le parasite se développait dans le fond du vase sous la forme de flocons qui ne troublaient pas le reste du bouillon. Dans le lait il se développait, mais ne le coagulait pas.

Des inoculations faites avec des fragments de tissus pris au voisinage du tissu sain donnèrent des résultats très variables; ils furent nuls chez la souris et le pigeon. Chez le lapin il se produisit du pus au point d'inoculation, et chez deux poulets une nécrose circonscrite de la grosseur d'un haricot, ayant des bords teintés en vert, qui tomba au bout de trois semaines (1).

11 faut appliquer à cette affection la thérapeutique des maladies microbiennes à marche rapide et à pronostic grave : pratiquer une antisepsie rigoureuse de la bouche, détruire le foyer microbien au moyen du thermocautère, etc.

Langue noire.

C'est une affection parasitaire encore peu connue. Nous la décrirons avec quelques détails.

(1) Sch'immelhusch, Deutsche med, Woch., 1889, n« 26, et Journ, des conn. méd., 12 sept. 1889, p. 289.

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