HABITAT ET STATION DES CHAMPIGNONS
murs des celliers. — Les champignons domophiles habitent nos maisons, envahissent nos aliments, nos vêtements, nos ustensiles de toute sorte, les papiers do tenture et les livres dont la colle leur offre un aliment facilement assimilable, le linge et jusqu'aux éponges de toilette, malgré l'usage journalier que l'on en fait. On en trouve jusque dans les substances pharmaceutiques les plus actives, sur les pastilles de soufre, dans les solutions arsénicales, etc., etc.
« La croyance générale, dit M. Roumeguère, représente les champignons comme le produit delà décomposition. Cette croyance vient d'une connaissance très imparfaite de la nature de la plante. Non seulement les champignons se rencontrent sur des morceaux de bois ou des végétaux pourris, mais parfois on en trouve même sur des cailloux nus, sur du verre, sur les vitres des fenêtres, les lentilles des microscopes, et jusque sur les surfaces polies : il est cependant permis de supposer que les champignons ne sauraient puiser les éléments de leur alimentation dans ces stations particulières : les Coprins, dont la faculté de développement est surprenante, poussent sur des membres coupés. — M. J. Young a signalé l'apparition d'une grande quantité de coprins à l'état imparfait au-dessous du matelas sur lequel reposait un Irlandais amputé d'une jambe. Le lit fut nettoyé, et au bout de neuf ou dix jours, le même champignon se montra en aussi grande abondance que la première fois. M. Targionni-Tozetti avait déjà signalé une apparition semblable sur l'appareil dont on avait entouré une fracture à l'hôpital Saint-Georges de Modène. »
Dès que la mort prend possession d'un végétal quel-
conque, dit M. Berkeley, une armée de champignons de diverses espèces se tiennent là tout prêts pour mener à fin la décomposition. Les tissus mous sont rapidement réduits à l'état d'humus par l'action combinée de la putréfaction et des champignons. Le bois le plus dur cède, quoique plus lentement, aux mômes agents, mais bien plus rapidement qu'il ne ferait sous l'action des seules conditions atmosphériques. Un bloc d'un de nos plus grands arbres, attaqué par les champignons, finit, au bout de peu de temps, par ne plus présenter qu'une masse de bois pourri, qui n'est que le tissu ligneux traversé et désorganisé par le mycélium. Le même bloc, simplement abandonné à l'action du temps, peut rester un demi-siècle avant de se pourrir complètement.
Le Merulius destruens (ou M. lacrymans) s'attaque aux charpentes et aux bois de construction et les détruit rapidement. L'administration du canal du Midi, à Toulouse, a dû remplacer les barrières en bois de chêne qui protègent les berges du canal dans l'intérieur de la ville, à raison des ravages du Dematium giganteum, état primordial et stérile d'un champignon d'ordre plus élevé. C'est ce même champignon qui détruisit en deux ou trois ans, à la fin du siècle dernier, le vaisseau de 80 canons le Foudroyant.
Pour obvier au développement de ces champignons dans les bois de construction, spécialement dans ceux destinés à l'architecture navale, il convient de les injecter, au moment même de l'abatage de l'arbre, au moyen d'une solution antiseptique métallique, de sulfate de cuivre par exemple.
Une expérience faite par M. Naegcli, le célèbre botaniste de Munich, montre bien l'action des champignons
LKUR ACTION DESTRUCTI V Ë.
microscopiques sur les matières organiques, même eu dehors de toute altération antérieure :
« J'ai enfermé, dit-il, plusieurs pains entiers dans une caisse eu fer-blanc fermée avec soin, mais non hermétiquement. Lorsqu'au bout d'un an et demi on ouvrit la caisse, les pains étaient réduits en une petite masse qui consistait presque uniquement en filaments de moisissure, et dans laquelle on ne pouvait trouver trace de la
Fig. 19. — Chmtonium chartarum (moisissure du papier).
substance primitive du pain. Cette masse était molle et humide, presque à l'état de pâte fongueuse; elle exhalait une forte odeur de triméthylamine ; il n'existait plus trace d'amidon : cent parties en poids du pain primitif s'étaient transformées en 64 parties à l'état humide, et 17 à l'état de dessiccation à l'air libre. L'amidon avait été brûlé pour former de l'acide carbonique et de l'eau. »
Le docteur Badham résume en quelques mots les effets destructeurs des champignons microscopiques, v Le Mucor mucedo, dit-il, dévore nos confitures, Y Ascophora mucedo moisit notre pain ; le Molinia se nourrit aux
dépens do nos fruits; le Mucor herbarium détruit les herbiers des botanistes, et le Chœtonium (Aclinospora) chartarum se développe sur le papier, dans l'intérieur des livres de nos bibliothèques et dans la reliure, lorsque ces livres sont en contact avec l'humidité du mur (fig. 19). Quand la bière tourne, que les cornichons confits aigrissent, c'est le fait d'un champignon... »
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LES CHAMPIGNONS PARASITES DES INSECTES CONSIDÉRÉS COMME DES AUXILIAIRES DE L'HOMME
Un grand nombre de champignons microscopiques attaquent les insectes vivants ou morts. Tout le monde a vu les cadavres de mouches encore fixés aux vitres ou aux rideaux de nos fenêtres et déjà entourés d'une espèce d'auréole formée par la végétation d'un champignon, le Pénicillium racemoswn; d'autres fois, c'est le Sporendonema muscœ ou \o, Saprolegnia ferax, du groupe des Oosporées (fig. 20, 21, 22).
Le Cordiceps attaque certaines chenilles des genres Cossus et Hepialus, alors qu'elles sont enfouies dans le sable pour s'y métamorphoser en chrysalides, et les tue en développant son mycélium dans leur tissu. On rencontre assez souvent de ces chenilles portant sur leur dos un champignon plus gros qu'elles (fig. 23).
Le Sphœria militaris, parasite sur la chenille processionnaire du pin {Bombyx pityocarpd), représente un des rares champignons que l'on peut considérer comme des auxiliaires de l'homme, car il tue ces chenilles en
AUXILIAIRES DK L'HOMME.
masse et neutralise ainsi les ravages qu'elles produisent en dévorant les feuilles et les jeunes pousses du pin.
On trouve aux Antilles une guêpe que l'on a appelée Guêpe végétale, parce qu'elle est attaquée pendant sa vie par un champignon qu'elle porte quelque temps avec
Fig. 20. — Cadavre de Fig. 21. — Deux filaments de
mouche entouré d'une Saprolegnia contenant des
auréole de Saproleg- spores (fortement grossis).
nia ferax.
elle et qui finit par causer sa mort : c'est le Torrubia spherocephala de Tulasne. — On a vu Vlsaria sphingum (forme d'une autre espèce du même genre) développée sur le dos d'un papillon qui était resté posé sur une feuille, comme pendant la vie, tué probablement par le développement du champignon.
Tous ces faits et d'autres encore, sans parler de la
Muscardine des vers à soie, sur laquelle nous reviendrons, ont donné lieu de penser que si l'on découvrait un champignon parasite du Phylloxéra par exemple, on pourrait le transformer en un auxiliaire puissant de l'agriculture, et arriver à détruire avec son aide l'insecte parasite qui ravage actuellement nos vignobles.
M. Giard a étudié à ce point de vue plusieurs de ces parasites des insectes qu'ilappelle des Entomophthorèes,
Fig. 22. — Oogone de Sa- Fig. 23. — Nymphe
prolegnia entourée d'An- de papillon por-
théridies (fort, grossi). tant un Cordiceps-
du nom de leur principal genre : Entomophthora, comme YE. rimosa qui attaque les sauterelles et les diptères du genre Chironomus, les enveloppant d'un feutrage épais formé par les spores hivernales, et les tuant rapidement. L'Isaria pulveracea attaque de la même manière une punaise, le Pyirhocoris apteras, qui commet souvent des dégâts dans nos jardins potagers.
On s'est demandé si Y Entomophthora Planchoni qui est parasite des pucerons ne pouvait pas s'attaquer aussi au Phylloxéra ; mais les expériences faites dans ce sens