DE QUELQUES AUTRES MALADIES PROPRES AUX ANIMAUX DOMESTIQUES
On a désigné sous le nom de fièvre typhoïde des chevaux une épizootie qui a sévi particulièrement à Paris en 188 1 , et qui a fait perdre à la Compagnie générale des omnibus plus de 1,500 chevaux. Cette maladie est aussi produite par un microbe que M. Pasteur a pu inoculer à d'autres animaux (lapins), en se servant de la sérosité écumeuse sortant des naseaux des chevaux atteinLs de cette affection. Les lapins moururent avec tous les symptômes et les lésions qui caractérisent la maladie.
L'atténuation de ce microbe par la culture est très difficile à obtenir, l'action de l'air le tuant brusquement au bout d'un certain temps. M. Pasteur est cependant arrivé àce résultat en usant d'un artifice : quand le liquide de culture se montre stérile par suite de la mort du microbe, il reprend, comme culture mère d'une nouvelle série de cultures quotidiennes, la culture faite la veille de la mort de la première culture mère. Il a pu ainsi obtenir un véritable vaccin qui a réussi dans les inoculations sur les lapins, et il n'est pas douteux que le même résultat ne puisse être obtenu sur les chevaux.
Il existe encore chez les animaux domestiques un grand nombre d'autres affections contagieuses qui sont probablement des maladies à microbes : telle est la péripneumonie des bêtes à cornes. Il est même probable que cette maladie est une des premières chez lesquelles
ou ait essayé l'inoculation comme moyen préservatif, suivant la méthode de Wilhelm (de Hassélt). Cette méthode consiste à faire sous la queue une incision avec un scalpel couvert de mucus purulent ou de sang- pris dans le poumon d'un animal mort de cette affection : d'autres fois on emploie la sérosité prise dans l'incision faite à la partie tuméfiée de la queue d'un animal inoculé quelques jours auparavant. — Il en résulte de la fièvre, de la perte d'appétit pendant 8 à 25 jours, mais l'animal est désormais préservé contre toute atteinte de la maladie.
La peste bovine ou typhus contagieux des bêtes à cornes est également attribuée à la présence d'un microbe encore mal connu.
La septicémie expérimentale mérite une mention spéciale, car elle a été trop souvent confondue avec le sang
Fig. 71. — Vibrion septic/ue (bacille de l'œdème malin), d'après Koch a, provenant de la rate du cochon d'Inde ; b, du poumon d'une souris.
de rate et on l'a provoquée maladroitement en croyant vacciner des animaux suivant le procédé de M. Pasleur : cet accident arrive lorsqu'on attend trop longtemps (24 heures) après la mort de l'animal pour lui prendre le sang destiné aux cultures vaccinales. A ce moment, le sangno contient plus le Bacillus anthracis, mais à la place un
autre microbe qui est le Vibrio septicits (fig. 71), bien différent par sa forme, ses mœurs et ses propriétés, du microbe du charbon. Celui-ci est droit, immobile : le vibrion septique est sinueux, contourné et mobile. De plus, il ne peut vivre au contact de l'air, il est anaérobie^ mais il vit parfaitement dans le vide ou dans l'acide carbonique : le Bacillus anthracis étant au contraire aérobie, on conçoit facilement pourquoi les deux microbes ne peuvent jamais exister simultanément dans le sang ou dans un même liquide de culture.
L'inoculation de ce nouveau microbe n'en est pas moins mortelle ; elle agit même plus rapidement que celle du charbon; mais les lésions sont différentes, la rate est normale tandis que le foie est décoloré.
Le vibrion septique n'existe qu'en très petite quantité dans le sang, de sorte qu'il a pu échapper à beaucoup d'observateurs. Par contre, on le trouve en nombre immense dans les muscles, la sérosité des intestins, et d'autres organes. Il est très commun dans l'intestin, et il est probable que c'est lui qui commence la putréfaction cadavérique.