OCTAVE DOIN, ÉDITEUR
8, PLACE DE l'oDÉON, 8
MICROPHÏTES DU SANG
LES ^
Groupes auxquels appartiennent les microphytes du sang.
Avant de décrire les organismes microscopiques végétaux trouvés dans le sang, il est utile d'examiner à quelles subdivisions spéciales du règne végétal ces corps peuvent être rattachés.
Nâgeli, dans un récent ouvrage *, a mis ce sujet en pleine lumière. L'autorité de cet auteur, -au point du vue botanique, donne à ses affirmations, sur ce point spécial, la plus grande valeur.
Les végétaux qui paraissent surtout agir pour opérer des transformations quelconques dans les
1. Die Niederen Pilze in ihren Beziehungen xu den Infections' krankheiten und der Gesundheitspflege, Mûnchen , 1877. Voir lîi Revue internationale des sciences f 1818.
substances organisées appartiennent aux genres les plus inférieurs des Champignons. Nâgieli les divise en trois groupes : IMes Moisissures, caractérisées par des filaments ramifiés, segmentés ou non segmentés ; 2* les Saccharomycètes, constitués par de petites cellules de formes diverses, qui se multiplient au moyen de bourgeons se développant à leur surface; 3° les Champignons articulés ou Schi2omycètes, petits corps sphériques ou ovales, qui se multiplient par scission seulement, qui
Fig. 1. — Sehixomyeètes, a, Bacterium puneium ; b^ B. Termo; '^ Cf Vibrions; J, Baeilti; e, SpùUla»
quelquefois restent isolés, et quelquefois forment des rangées (bâtonnets, filaments, etc.), et ne prennent que rarement l'aspect de masses cubiques. A ce groupe appartiennent les Bactéries, les Vibrio, les Bacillusy les Spirillum^ etc.
« J'ai divisé, dit Nâgeli, les champignons les plus primitifs en trois groupes. Il est important, à
cause de certaines questions pratiques, de savoir si des différences spécifiques existent réellement entre ces groupes, ou si nous avons affaire à divers états des mêmes espèces, certains Champignons prenant successivement la forme de Moisissures , de Saccharomycètes, de Schizomycètes, Cette étude a été durant les seize dernières années le sujet de nombreuses discussions, et beaucoup d'observations ont été recueillies dans le but de prouver que, d'après les expériences de culture qui ont été faites, les formes les plus opposées peuvent se substituer l'une à l'autre. » Partant de là, Nâgeli montre dans quelles erreurs on peut tomber en tirant des conclusions des cultures expérimentales. « Sous beaucoup de rapports, dit-il, le laboureur pourrait tout aussi naturellement affirmer que, dans son champ, les mauvaises herbes sont le résultat des transformations qu'a subies la semence de froment mise en terre auparavant. Personne ne le croirait, parce que les graines des mauvaises herbes sont assez grosses pour être facilement reconnues; tandis que les germes des Champignons sont de dimensions microscopiques ; ceux des Schizomycètes ne peuvent souvent être vus qu'avec les instruments les plus puissants ; il en résulte qu'il est difficile de contrôler les affirmations qui ont trait à la transformation d'organismes aussi petits. En outre, ajoute Nâgeli, Tob-
servateur superficiel possède un avantage marqué. Les conclusions auxquelles il est arrivé après une seule semaine de culture soi-disant non contaminée demandent pour être détruites des années entières de travail de la part d'un observateur profondément compétent. »
Cette question a été approfondie dans ces dernières années par beaucoup de savants distingués, notamment par le professeur de Bary, de Strasbourg. Il a montré qu'un Champignon ne subit qu'une série de changements très limités et bien définis. Nâgeli, comme résultat de ses propres observations, déclare que, des trois groupes de Champignons dont il est parlé plus haut, les Moisissures et les Saccharomycètes ont été examinés de plus près que les autres, mais que, sauf une exception, on ne les a pas vus se transformer Tua dans l'autre. Cette exception concerne une espèce particulière de Moisissure qui, ainsi qu'on a pu l'observer, présente deux formes de végétation, la forme filamenteuse et la forme bourgeonnante. Les Schizomycètes n'ont aucune espèce de rapport générique avec les deux groupes précédents, car ils ne produisent jamais de formes qui y ressemblent ou qui paraissent en être dérivées. Il semble que Nâgeli et de Bary soient complètement d'accord. Nâgeli affirme qu'il est facile de démontrer que le groupe des Schizomycètes ne se transforme
pas dans les autres groupes, car, ces derniers, introduits dans une solution^ sont détruits à une température plus basse que les premiers. Cependant, il est une particularité qui rend difficile de prouver que les autres groupes (Mucorinés et Saccharomycètes) ne donnent pas naissance aux. Schi* zomycètes, c'est qu'il est aussi impossible d'isoler les germes des autres Champignons que d'exclure ceux de ce groupe. Dans certaines occasions cependant, il put obtenir cette satisfaction d'isoler les Moisissures et de leur permettre d'étendre leurs filaments, en détruisant par la chaleur tous les autres germes contenus dans la solution. Il garda pendant quatre ans une solution ainsi préparée qui ne contenait que des germes de Moisissures.
Tout en admettant trois groupes d'organismes, nous ne devons parler ici que du troisième, les Schizomycètes, car jusqu'à présent on n'a trouvé avec une complète certitude dans le sang que des formes de ce groupe de Champignons.
Un autre botaniste distingué, le professeur Gohn, de Breslau, a étudié aussi avec beaucoup d'attention ces végétaux inférieurs et a diernièrement créé pour eux un nouveau système de classification. Il prend pour point de départ cette opinion que les Schizomycètes se rapprochent davantage des Algues que des Champignons; c'est pourquoi il propose de désigner cette famille sous le nom de Schi-
zophyteSy au lieu de Schizomycètes qui lui a été donné par Nâgeli et qui a été usité jusqu'à ce jour.
Gohn a émis en outre Tidée que les différences supposée^ dans les propriétés physiologiques manifestées par quelques-uns de ces êtres inférieurs suffisent pour permettre de leur assigner des dénominations spécifiques. Nâgeli fait remarquer qu'en agissant de la sorte Gohn ne fait qu*exprîmer une opinion généralement admise et particulièrement répandue parmi les médecins, mais qui ne peut être appuyée sur aucun fait certain.
« J'ai, écrit Nâgeli, examiné pendant ces dix dernières années quelques milliers de Schizomycètes; mais, sauf pour les Sarcina, je ne puis pas dire qu'il y ait la moindre nécessité de diviser ces Champignons en groupes spécifiques *. » D'un autre côté cependant, il ne paraît pas suffisamment démontré que toutes leurs formes ne constituent en réalité qu'une seule espèce «.
Tout en admettant que, suivant les circonstances dans lesquelles se forment les Schizomycètes, ils prennent jusqu'à un certain point différents aspects (et l'expérience d'un savant comme Nâgeli sur la matière ne doit pas être comptée pour rien) , il convient cependant, en laissant de côté les théo-