‹ Les microzymasChapitre 301 sur 389 · QUATORZIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME CONFÉRENCE

Sommaire. — Considérations préliminaires sur la santé , la morbidité et le parasitisme. — La tuberculose. — Le pus ordinaire et le pus virulent. — Syphilis. — Clavelée. — Morve aiguë. — Variole et vaccine. — Fièvre récurrente -et impaludisme. — Fièvre typhoïde. — Septicémie. — Sang de rate..— Fièvre puerpérale. — Maladies à microbes d’un monde nouveau : choléra des poules, érysipèle, scarlatine , rougeole , le rouget des porcs , la rage. — Remarques concernant l’origine et ^dissémination des germes morbides : ils n’existent que par les animaux malades. — Revue rétrospective touchant les microzymas morbides. — La multiplicité des états morbides dans les microzymas. — La théorie du renforcement. — Conséquences des bactéridisations dans le système parasitaire. — Ce que deviennent les microbes inoculés dans le même système. — Système des schizomycètes. — La théorie de la morbidité dans la théorie du microzyma. — Les maladies spontanées et les dyscrasies. — Conséquences éloignées de la vaccination de bras à bras — Accord de la théorie du microzyma avec la vraie médecine. — Thérapeutique dans la théorie du microzyma. — Conclusions générales.

Messieurs- ,

L’hypothèse que plusieurs maladies de Fhomme et des animaux ont pour cause des germes invisibles, primitivement existants, qui pénètrent dans leur organisme pour s’y développer en parasites , est une de celles que rien ne légitime ; non pas qu’il n’y ait certainement des maladies de plusieurs espèces où se rencontrent des parasites animaux ou végétaux, mais les médecins sont indécis lorsqu’il s’agit de se prononcer sur la question de savoir si la présence du parasite est cause ou effet de la maladie.

A l’encontre des théoriciens du parasitisme, qui regardent l’organisme comme passif, les représentants les plus illustres de l’Ecole hippocratique ont toujours soutenu que l’être vivant est essentiellement actif pour produire la maladie. Ils avaient raison , et il est temps de fournir une base expérimentale à leurs savantes observations; oui, il est temps, pour la dignité de la science, de soustraire la médecine

LA SANTÉ

à l’empirisme systématique qui ne veut tenir aucun compte de l’organisation , des travaux des histologistes , et des observations des plus grands médecins.

« La maladie naît de nous et en nous; » telle est la formule de la véritable médecine. Et cela doit être , car la vie de l’homme, et de toute autre créature, n’est pas plus livrée au hasard que le cours des astres; or, c’est la livrer au hasard que de soutenir qu’elle dépend d’une panspermie microbiotique primitive et créée pour nuire.

La formule qui répond à celle-là, et qui découle de la doctrine qui respire dans ces Conférences, je vais la rappeler; la voici :

« N’est susceptible de maladie et de mort que ce qui est organisé et doué de vie. »

« Le microzyma étant ce qui est primitivement doué de vie dans l’être organisé, ce en quoi la vie persiste dans une partie soustraite à l’organisme, ou après la mort, c’est lui qui peut devenir le point de départ de la maladie, en devenant morbide par un changement de fonction. »

Il faut donc , si cela est vrai , soutenir hardiment comme choses démontrées :

1° Que l’organisme animal n’est pas impénétrable aux microzymas atmosphériques ;

2° Que des surfaces dénudées très étendues du corps humain peuvent être exposées, baignées dans l’air et l’eau ordinaires, sans contracter de maladie;

3° Que , dans les grandes opérations chirurgicales , la présence dans le pus de microzymas en foule, de microzymas évolués ou associés en 8 de chiffre , en vibrions ou bactéries, n’est pas nuisible;

4° Que des sondes peuvent être introduites dans la vessie, sans soins particuliers, plusieurs fois par jour, pendant plusieurs années , sans rendre les urines ammoniacales, bien que, par suite d’un traumatisme violent, les microzymas vésicaux eussent évolué pour produire des microzymas associés, destorulas, des bactéries;

5° Que les microzymas d’une partie donnée d’un organisme, même pendant la vie, peuvent évoluer pour devenir vibrioniens, sans pour cela y être morbides;

ET LA MORBIDITÉ

6° Que, dans l’organisme malade, les microzymas , par un nouveau changement de fonction , peuvent devenir morbides ; mais que les microzymas étant morphologiquement identiques dans les divers centres d’activité , et fonctionnellement différents des microzymas morbides, pourront apparaître en divers centres, sans qu’on puisse micrographiquement les distinguer ;

7° Que des microzymas morbides, en vertu de la conservation de la fonction acquise , pourront se trouver dans un lieu déterminé de l’atmosphère, des eaux ou de la terre, dans les déjections ou dans les restes de l’être qui les a produits;

8° Et par suite que, primitivement, des germes de maladie ne pouvant pas exister dans l’air que nous respirons, dans l’eau que nous buvons , dans les aliments que nous mangeons, ces germes proviennent nécessairement d’un organisme malade d’une maladie acquise.

Et je soutiens que croire le contraire, c’est croire à l’absurde.

Oui, tout microzyma morbide est un microzyma ayant originairement appartenu à un organisme sain, mais devenu malade, je ne dis pas spontanément, mais malade d’une maladie née en lui, sous l’influence de diverses causes qui déterminent un changement fonctionnel dans les microzymas d’un centre d’activité donné. C’est dans ce changement ainsi provoqué que consiste la notion de spontanéité morbide.

Et ces propositions, qui doivent être considérées comme la conséquence et le complément de celles que je rappelais au commencement de la précédente Conférence, constituent, à mon avis, la vraie base de la pathologie.

La doctrine médicale qui découle de la théorie du microzyma a été confirmée, depuis que nous l’avons formulée, M. Estor et moi, dès le début de nos recherches, par plusieurs observateurs, en France et à l’étranger. Depuis cette époque, un grand nombre d’expériences et d’observations établissent , èn effet :

1° Que ce que l’on appelle germes de maladies, sous des noms divers, ne sont que des microzymas ou les produits organisés de leur évolution ;

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2° Que ces microzymas existent primitivement dans les cellules de l’organisme malade, et qu’ils sont doués de morbidité dans la cellule même ;

3° Que ceux qui sont libres dans des tissus, dans des pustules, des humeurs, ou dans des phlegmons, kystes, etc., proviennent de la fonte des cellules ;

4° Que les microzymas morbides d’une morbidité donnée, appartiennent plutôt à tel groupe de cellules ou de tissus, qu’à tel autre;

5° Que le microzyma morbide peut pénétrer dans l’organisme par les surfaces respiratoires et gastro-intestinales ;

6° Que les microzymas morbides peuvent être cultivés tout comme les microzymas normaux ;

7° Que les microzymas de deux espèces animales plus ou moins voisines, ne sont pas' nécessairement identiques, ni généralement , ni dans les divers centres d’activité de leur organisme ;

8° Que les microzymas morbides ou les produits de leur évolution, par un nouveau changement de fonction, peuvent cesser d’être nocifs, soit spontanément, soit dans des circonstances expérimentales déterminées.

Oui, de plus en plus se confirme la vérité de cette proposition : que le microzyma d’une morbidité donnée, appartient plutôt à tel groupe de cellules ou de tissus qu’à tel autre, et que les microzymas de deux espèces animales données ne sont pas susceptibles d’être affectés de la même manière. Insistons encore sur cette notion.

On est naturellement porté à conclure de l’identité de structure à l’identité de fonction. Cela est vrai quelquefois , pour le pancréas par exemple ; mais il ne faut pas généraliser; car, encore que la structure de cette glande soit la même que celle de la parotide, les produits qu’elles sécrètent et leurs microzymas sont loin de posséder les mêmes propriétés ; et si l’on compare les propriétés des parotides chez l’homme, chez le chien et chez le cheval, vous savez qu’elles diffèrent, et par l’action chimique du liquide sécrété, et par celle de leurs microzymas. De même les organismes buccaux , microzymas , leptothrix, bactéries, cellules épithéliales, si semblables de

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forme chez l’homme, le chien, le bœuf et le porc, sont très dissemblables de fonction chimique. Vous souvenant de ces faits, ainsi que des, recherches de M. J. Béchamp sur les microzymas des diverses glandes et tissus aux différents Ages d’un même être, vous admettrez aisément, appuyés sur l’histoire générale des microzymas, que non seulement les microzymas d’espèces éloignées ne sont pas nécessairement identiques , mais que , dans une même espèce , dans l’espèce une race, dans la race un individu, et dans l’individu à ses divers âges et dans diverses conditions, les microzymas ne de sont pas non plus.

Ce qu’en médecine on appelle constitution, complexion, tempérament , sont des états de l’organisme qui dérivent nécessairement des propriétés des microzymas , puisqu’une cellule , un tissu sont ce que leurs microzymas les font, et qu’au point de vue physiologique on ne peut pas parler de la constitution, de la complexion, du tempérament d’une matière purement chimique , c’est-à-dire non organisée.

Un organisme physiologiquement sain est celui dont les microzymas , dans tous les centres d’activité , sont le plus conformes à un type idéal, n’ayant subi aucun changement morbide, ni aucune influence extra-physiologique.

C’est parce que les microzymas d’espèces voisines , et à plus forte raison d’espèces éloignées, sont fonctionnellement différents dans certains centres organiques, que chaque animal, suivant son état physiologique actuel, a ses maladies propres, et que certaines maladies ne sont pas transmissibles d’une 'espèce à l’autre, et souvent à des individus de races différentes. Que dis-je, l’enfance, l’âge mûr, la vieillesse , les sexes ont leur part d’influence dans la réceptivité morbide.

Ces choses vous paraîtront évidentes, comme à moi, lorsque vous méditerez, à la lumière de la théorie, les recherches et les expériences dont certaines maladies épidémiques, virulentes, contagieuses, infectieuses, etc., ont été l’objet , depuis la fameuse observation de Davaine sur la bactéridie du sang de rate; si vous aviez présents à l’esprit l’ensemble des faits sur lesquels repose la théorie

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du microzyma , je pourrais immédiatement entrer en matière et achever ma démonstration ; mais vous pourriez être embarrassés, et j’ajoute quelques mots d’explication.

Tout n’est pas dit quand on a reconnu qu’il peut exister des microzymas morbides , ou que cette morbidité se manifeste dans l’une ou l’autre des formes possibles de l’évolution des microzymas, qu’on les considère ou non comme parasites dans l’organisme où ils pénètrent : il faut encore expliquer comment cette morbidité s’exerce et se propage. Le parasitiste, qui affirme que le parasite inoculé envahit l’organisme en s’y multipliant, doit, en outre, expliquer comment le parasite disparaît de l’organisme, s’il y a guérison ; il ne suffit pas de soutenir que le retour à la santé n’est autre chose que la mort du parasite : ce serait se payer de mots.

Il y a des degrés dans la morbidité des microzymas d’un centre d’activité donné, et cette morbidité peut ne s’exercer qu’en un point de l’organisme , dans ce centre d’activité. Le microzyma morbide n’est pas seulement celui de telle ou telle maladie infectieuse, virulente, contagieuse, etc. La morbidité consiste dans toute déviation fonctionnelle du microzyma, soit que son activité histogénique s’accroisse comme dans l’hypertrophie , soit qu’elle reste stationnaire, ou qu’elle diminue comme dans l’atrophie.

Or, un microzyma morbide, de quelque ordre que ce soit, n’a pas cessé d’être doué d’activité chimique. La morbidité est une propriété surajoutée, dépendante, sans doute, de quelque changement matériel; et cette notion est du même ordre que celle-ci : les microzymas du foie , ceux du pancréas et des glandes gastriques , etc., étaient primitivement dans l’ovule : il y a eu changement de fonction corrélativement à un changement matériel, sans changement de forme.

Le microzyma morbide , aussi bien que le microzyma normal , peut posséder une double activité que j’ai définie : l’activité zymasique, hors de lui, et l’activité de fermentation, en lui. L’une et l’autre s’exercent, simultanément ou successivement, dans l’organisme : dans l’état de santé, suivant le mode normal, et dans l’état de maladie, suivant le mode

ET LA MORBIDITÉ

anormal. Dans l’état physiologique , les produits de leur activité sont pondérés et tels qu’ils sont utiles à tout l’organisme ; dans l’état pathologique , ils constituent le sang à l’état dyscrasique, et celui-ci amène, plus on moins, dans tous les centres d’activité organique, un état dyscrasique corrélatif, qui crée , pour les éléments anatomiques et, par suite, pour les microzvmas, des conditions nouvelles d’existence. Or, vous savez combien les microzvmas sont sensibles aux variations de composition des milieux : les formes mêmçs qui sont le fruit de leur évolution en subissent les conséquences. Sans doute, ils sont doués d’une grande faculté d’adaptation aux milieux ; mais ils n’en souffrent pas moins ; et ce' malaise se traduit par un trouble fonctionnel, dépendant des autres centres d’activité; #il peut retentir jusque sur le fonctionnement des microzymas des centres nerveux, d’où les manifestations phénoménales diverses des maladies : fièvre, éruptions, etc.

Naturellement, un organisme ne devrait pas devenir malade, puisque, en lui, dans l’air, etc., il n’y a pas de microzymas morbides. Mais, par suite d’influences diverses, dépendantes des milieux (non infectés) et de causes tout individuelles , un état de misère physiologique peut être créé qui constitue une dvscrasie générale d’où résulte, pour les microzymas, une situation anormale qui, prolongée, peut avoir pour conséquence l’état morbide et la situation la plus grave qui se puisse imaginer.

Considérez un scrofuleux par hérédité prolongée : une contusion sans solution de continuité , une distension violente , presque rien , et voilà que l’articulation se gonfle sans qu’il y ait le moindre changement à la peau, et la tumeur blanche, avec altération de l’os et des parties molles de l’articulation , se produit avec toutes ses conséquences : atrophie du membre, engorgement des ganglions lymphatiques, des abcès, des fistules intarissables, une suppuration abondante, etc., etc. Mais il y a une foule de cas où une cause aussi insignifiante devient le point de départ de dyscrasies qui traînent à leur suite des troubles aussi graves.

J’ai assez insisté sur le fait que la fermentation ammo-

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