XV. — Notes à la page
H. Pasteur et la maladie des vers à soie dite des morts-fiais.
Lettre à M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.
(Extrait, du Montpellier médical.)
•12 juillet 1808.
Monsieur,
L’année dernière, je me suis vu forcé de réclamer, contre M. Pasteur, mes droits à la découverte de la nature du corpuscule vibrant et de sa signification. Puisque le même savant veut cette année s’attribuer le mérite d’une autre face des mêmes études, mon devoir, dans l’intérêt de l’ensemble de mes recherches, est de protester de nouveau, quelque pénible que cela soit pour moi et ennuyeux pour l’Académie.
M. Pasteur et moi, nous nous sommes rencontrés dans la même carrière de recherches. Je répète ce que j’ai déjà dit : je m’occupais des fermentations et de la maladie des vers à soie avant que M. Pasteur ne s’en occupât. Ma pensée sur ce dernier objet de nos communes études, je l’ai formulée avant qu’il n’exprimât la sienne. Pour moi, la pébrine était une maladie parasitaire, le corpuscule vibrant le parasite; pour M. Pasteur, la maladie était constitutionnelle, le corpuscule une production pathologique dérivant des tissus propres du ver.
Mes études sur les fermentations, je les ai appliquées à la maladie des vers à soie; le corpuscule vibrant était pour moi un ferment organisé végétal; par ses prémisses, M. Pasteur a nié absolument la vérité de mon point de départ; bien mieux, il a combattu, et Dieu sait avec quelle verve, mes conclusions. M. Balbiani lui a déjà reproché, à lui chimiste qui avait étudié les ferments, de n’avoir rien fait pour déterminer la vraie nature du corpuscule vibrant, qu’il a complètement méconnue. Aujourd’hui, M. Pasteur voudrait faire siennes, comme découlant de ses propres travaux, mes idées, mes recherches et mes observations ; c’est ce qui se
RÉPONSES A M. PASTEUR
voit par sa Note du 29 juin. M. Pasteur avoue implicitement par cette communication qu’il s’était trompé. J’accorde que, suivant son habitude, il ne cite pas les auteurs dont il emprunte les idées ; mais je ne saurais accorder qu’il revendique comme èiens des faits et des conclusions publiés avant lui.
Mes recherches sur la maladie à microzymas des vers à soie se lient d’une façon tellement intime à mes recherches particulières sur les ferments, et à celles que nous poursuivons en commun, M. Estor et moi, sur les microzymas de l’organisme, qu’il m’est absolument impossible de laisser sans réponse la Note de M. Pasteur, et la réclamation de priorité que j’ai signalée plus haut. Telle est la destination de la Note ci-jointe, que j’ai l’honneur de vous prier de communiquer à l’Académie et de faire insérer au Compte-rendu.
J’ai également l’honneur de vous envoyer un exemplaire de la seconde édition des Conseils aux sériciculteurs, etc..., parue le 28 mars dernier, et dont j’ai cité des passages. L’Académie a déjà reçu un exemplaire de la première édition.
J’ai l’honneur d’être, etc.
A. Béchamp.
Sur la maladie à microzymas des vers à soie, à propos d’une récente réclamation de M- Pasteur, par M. A. Béchamp (Comptes-rendus, t. LXVII, p. 102, 13 juillet 1868.)
(Extrait, du Montpellier médical.)
Le 8 juin dernier, j’ai publié une nouvelle Note sur la maladie microzymateuse des vers à soie, dite des morts-flats. M. Pasteur a élevé, à propos de ce travail, une réclamation de priorité. Si ce que M. Pasteur dit était vrai, ma Note ne ferait que confirmer une de ses découvertes. Mon devoir est de protester et de montrer que, dans cette question, je n’ai pas plus suivi les traces de M. Pasteur , que dans celle de la nature du corpuscule vibrant, dont il avait méconnu la nature et la signification. Les prétentions de M. Pasteur ne sont pas plus admissibles cette année que l’année dernière.
Pour un esprit impartial, le développement de ma pensée, dans ce nouvel objet de mes études, a été grandissant de moment en moment. Je supplie l’Académie de me permettre de lui en apporter des preuves.
1° Dans une brochure intitulée: Conseils aux sériciculteurs sur
I emploi de la créosote pour l'éducation des vers à soie, publiée le
II avril 1867 (1), je disais, page 11 : « Une graine non corpusculeuse peut contenir et contient souvent, comme nous l’avons observé, M. de Monchy et moi, d’autres productions que les sphérules du vitellus et les globules graisseux : ce sont des points mobiles beaucoup plus petits que tout ce qui les entoure et souvent extrêmement nombreux. Ces points mobiles, nous les nommons
(I) Adressée à l’Académie le 27 mai 1807.
microzyma aglaiœ, en attendant que nous déterminions positivement leur signification. » Et, à la page 12 : « En résumé, quand on ne connaît pas les reproducteurs, se procurer de la graine qui ne soit corpuleuse ni extérieurement, ni intérieurement, et sans microzyma aglaiœ, c’est, dans l’état actuel, le conseil suprême. 11 faut approcher autant que possible de cet idéal. »
Voilà le premier énoncé imprimé de mes idées sur l’influence des microzymas : ils sont cause do maladie.
2° Le 13 mai 1867, j’ai adressé à l’Académie, sur le même sujet, une Note où ma pensée est plus explicite. Elle n’à été publiée que le 20 mai; elle devait paraître en même temps qu’une Note de M. Pasteur. Dans ma Note, se trouve un paragraphe intitulé :
Sur V existence de parasites particuliers, sur et dans certains vers à soie malades. Ces parasites, je le dis, nous les avions depuis longtemps remarqués, M. de Monchyet moi, et j’ajoutais : « La constance de leur rencontre sur les mêmes variétés de vers malades m’engage à signaler ce fait et à donner un nom à ces molécules : je les nommerai dorénavant microzyma bombyeis. »
3° Dans le troisième paragraphe de cette même Note, je me préoccupais déjà de savoir quelle était l’origine de ces microzymas que j’avais comparés à ceux de la craie, et je les découvrais, en même temps que des corpuscules vibrants, sur des feuilles du mûrier. M. Le Ricque de Monchy travaillait avec moi dans ces recherches, et ce digne ami pourrait dire, de même que tous ceux qui y ont assisté, quelle portée je leur attribuais.
4° Le 10 juin 1867, une nouvelle Note vient confirmer celle du 13 mai, en la précisant. On peut y lire ce passage: « On les trouve (les microzymas) en abondance, non seulement sur le ver, dans le canal intestinal, mais jusque dans la tunique de l'intestin. Sous leur influence, le ver digère mal, etc.... En même temps que ces molécules, le ver peut porter des corpuscules vibrants à la surface, en contenir dans les tissus; mais il m’est arrivé de trouver des vers petits qui ne contenaient point de corpuscules vibrants, et dans la tunique de l’estomac desquels on ne trouvait que les microzymas que l’on voit à la surface. »
5° Dans la seconde édition de la brochure : Conseils aux sériciculteurs, etc., parue le 28 mars dernier, je reproduis, à propos du choix de la graine, le passage relatif aux microzymas, et immédiatement après vient ce chapitre, que je copie textuellement, page 44 :
« De la maladie des petits et des mort s- fiais. Les vers restés petits et les morts-flats peuvent ne pas être corpusculeux; mais leur canal intestinal est gorgé de très petits corps, appelés vulgairement granulations moléculaires, et qui ne paraissent être autre chose que des microzymas, petits ferments d’une nature spéciale. Ils entravent la digestion du ver, et le canal intestinal est alors rempli de
RÉPONSES A M. PASTEUR
matières glaireuses et puriformes. S’ils envahissent le ver de bonne heure, celui-ci reste petit; s’ils l’attaquent aux dernières mues, il meurt mort-Ilat. »
A la page 28 du même opuscule, je dis : « Le traitement que je viens d’exposer ne concerne que la maladie corpusculeuse. Je réserve pour cette année l’étude de la maladie des petits et des morts-flats , •que je nomme maladie des microzymas, et qui me paraît bien autrement désastreuse que lapébrine. J’ai eu l’occasion d’examiner une chambrée qui a échoué au moment de la montée malgré l'emploi de •la créosote, par des causes particulières, et où les neuf dixièmes' des vers ont succombé morts-flats sans être corpusculeux, mais farcis de microzymas. »
Je supplie l’Académie de remarquer que c’est le 28 mars que ces choses sont imprimées, confirmant et étendant les Notes de l’année dernière. »
Du reste, la signification des deux Notes de 1867 avait été parfaitement comprise d’un sériciculteur aussi habile que distingué. M. Raibaud l’Ange, de chez qui M. Pasteur a écrit à l’Académie, m’écrivait, le 4 juillet 1867 : « Pourtant, je désirerais leur faire subir (aux graines) une dernière épreuve et m’assurer si elles ne contiennent pas les indices de cette nouvelle maladie que vous dites être caractérisée par la présence du microzyma bombvcis.Or, comme je suis encore inhabile à constater cette indication pathologique, je vous demanderai la permission d’aller à Montpellier compléter auprès de vous mon éducation à cet égard. » Et M. Raibaud l’Ange est venu.
Mais dans l’intervalle qui s’est écoulé depuis l’époque de la publication de mes Notes de 1867, jusqu’au 28 mars dernier, je n’étais pas resté oisif. Les- expériences relatives aux muscles qui laissent développer des bactéries dans l’empois d’amidon, quelque précaution que l’on prenne pour les éviter, étaient faites depuis longtemps (1). Dans le courant de l’hiver dernier, M. Estor et moi nous nous occupions du rôle des microzymas de l’organisme et de leur développement en bactéries (2).
Ces travaux ont retenti dans ma Note du 8 juin dernier. Je savais que des bactéries et des vibrions existaient dans certains vers malades, et ce n’est ni moi, ni M. Pasteur qui les y avons vus les premiers : c’est M. Joly (de Toulouse). Moi, je l’ai dit dans ma brochure de 1866 (Sur la maladie actuelle des vers à soie, sa cause, et les moyens proposés pour la combattre), et je le dis encore dans ma dernière Note. Pourquoi M. Pasteur n’a-t-il pas cité M. Joly? D’ailleurs, n’avions-nous pas, M. Estor, M. Saintpierre et moi, déjà étudié les bactéries de la bouche de l'homme, aupointde vue de leur influence
(1) Voir: De La circulation du carbone dans la nature , etc., p. 87 (1867).
(2) Voir Comptes-rendus de l’Académie des sciences, 2 mars et 4 mai 18G8.
APPENDICE
pour la production do la sialozymasc, et 11c sovais-jo pas que le canal intestinal de tous les animaux contient de ces organismes, bacléiies, vibiions, etc. ? Dans 1 intestin de la grenouille, on trouve souvent le vibrion à point brillant, ou une espèce voisine, dont j ai parlé dans ma Note du S juin. Ces organismes peuvent donc exister dans le canal digestif des animaux sans qu’il y ait maladie? Loin de là, ils ont leur utilité. Aussi n’était-ce point de ces bactéries, ou vibrions, ou autres productions organisées, que j’ai signalées dans ma Note du 8 juin, et dont j’ai envoyé, pour les principales formes, un dessin dont il n’a pas été fait mention aux Comptesrendus, mais bien de cette relation de cause à effet qui lie les microzymas a leur apparition. Et il ne faut pas oublier, pour être équitable, que 1 histoire des microzymas date de la découverte que j’ai faite des microzymas de la craie.
Telle est l’histoire succincte et authentique de la Note du 8 juin. Maintenant, quelle est la part de M. Pasteur dans ses recherches? quelles sont les dates de ses publications?
M. Pasteur a parlé de morts-flats. Qui n’en a pas parlé? C’est à M. le président Aragon que je dois de les avoir bien distingués dès l’année 1866, et c’est en réfléchissant à ce qu’il m’avait dit delà distinction que faisaient les sériciculteurs entre la pébrinc et les morts-flats, les capélans et les tripes, etc., que j’ai été amené aux recherches d'où dérivent les Notes du 13 mai et du 10 juin 1867, précédées de la découverte des microzymas dans la graine. Ce sont ces remarques qui m’ont fait regarder la maladie des petits et celle des morts-flats comme étant la môme, le mort-flat n’étant que le reste-petit de la quatrième mue. Quant aux dates, les publications de M. Pasteur sur ce sujet ont toujours suivi les miennes; car, bien que datées, celles de l’année dernière, d’Alais, du 30 avril et du 21 mai, on ne doit considérer comme authentique que la date du 3 juin, c'est-à-dire la date de l’arrivée à l'Académie. Or, môme en acceptant la date du 30 avril comme réelle, cette Note a été précédée de mes Conseils aux sériciculteurs, qui sont du 11 avril; de même que l’article de M. Pasteur du 29 juin dernier, postérieur de trois semaines à ma Note du 8 juin , et qu’il fait remonter au 1er juin, était précédée de ma seconde édition des Conseils , qui est du 28 mars.
J’ai donc le droit de penser que, si faible que soit leur mérite, pour un homme aussi intelligent et aussi habile que M. Pasteur, mes idées, mes recherches et mes observations n’ont pas été stériles. 11 pouvait en user en me citant; mais il a proféré agir comme il l’a fait pour l’histoire du corpuscule vibrant : après m’avoir combattu, il voulait m’enlever le mérite de mon travail.
En définitive, sur tous les points, je ne puis considérer et on ne doit considérer la Note de M. Pasteur que comme confirmant à la fois mes idées et mes observations.
RÉPONSE A M. RAIBAUD L’ANGE
Si mos conclusions étaient contestées, je demanderais comme une faveur et comme un droit la nomination d'un tribunal d’honneur pour méjuger; car, si j’ai publié comme appartenant à M. Pasteur quelque découverte , je suis un plagiaire ! Je ferais ce tribunal d’honneur juge de cette imputation.
Je me réserve de répondre ailleurs à quelques détails de la Note de M. Pasteur ; qu’il me suffise de dire que, dès 1866, j’ai considéré les corpuscules vibrants comme des ferments, ce que j’ai démontré depuis. J'ai formellement déclaré ensuite que la nutrition du ver était entravée par l’altération que ces ferments font subir aux sucs nourriciers ou digestifs du ver. M. Pasteur n’a aucun droit à la découverte de la théorie physiologique des fermentations, à laquelle il n’a rien compris; pas plus qua la nature des microzymas, même ceux du vin, malgré la signification que je leur avais attribuée , et qu’il a niée.
Quant à l’emploi des parasiticides en général, des parasiticides odorants en particulier, la créosote, l’acide phénique, que j’ai également conseillés, je considère plus que jamais leur emploi comme profondément scientifique, et j’affirme que le procédé empirique de la sélection, exclusivement appliquée au corpuscule vibrant par M. Pasteur, à lui seul, ne sauvera pas la sériciculture. Mais la discussion de tous ces points se trouvera développée dans mon Mémoire. Sur ces diverses questions, la portée de mes recherches est trop haute pour que je puisse permettre à M. Pasteur d’y prétendre en aucune façon. C’est bien assez qu’il m’ait mis dans la nécessité pénible d’écrire cette défense. Je me défendrai jusqu’au bout, et je jetterai aux quatre vents du ciel mes réclamations contre la manière de procéder de M Pasteur.
La maladie microzymateuse des vers à soie , les granulations moléculaires et M. Raibaud l’Ange; par M. A. BÉCHAMP.
(Note présentée à l’Académie des sciences le 17 août 1868.)
Lorsque, dans ma Note du 13 juillet dernier (1), j’ai cité un passage d’une lettre de M. Raibaud l’Ange, mon intention n’a pas été de le prendre à témoin ; procès-verbal n’ayant pas été dressé de notre séance, je n’ai rien voulu rappeler de mémoire. D’ailleurs , mon respect pour l’Académie me défendait d’employer autre chose que des documents authentiques. J’ai cité la lettre de M. Raibaud l’Ange pour montrer que, à sa date, ce sériciculteur ne savait pas distinguer les graines capables de produire des morts-flats. Je n’avais pas d’autre but.
Maintenant, le point important de ce débat est de savoir qui a cherché et trouvé (cela est évident aujourd’hui) la cause et le signe pathognomonique delà maladie des morts-flats, et de savoir
(1) Voir Montpellier médical, t. XXI, pag. 183.
APPENDICE
qui l’a attribuée a un ferment organisé. Tout ce que j'ai publié sur les ferments, depuis le 28 mars 1867, converge vers ce point. J’ai cité, dans ma Note du 13 juillet, mes publications relatives à cette question. On trouvera même, dans ma Note du 10 juin 18G7,ce passage : «Je ne me hasarderai pas à en donner une description (des microzymas morbides), tant leur petitesse est grande; je dirai seulement que ces molécules sont tantôt isolées , tantôt comme articulées et distinctes d’autres formes mobiles que l’on rencontre souvent dans les vers sains. » Or, cette description, les dessins à l’appui et les moyens de la vérifier, je les ai adressés à l’Académie, en même temps que ma Note du 8 juin dernier.
M. Raibaud l’Ange écrit donc trop légèrement : « M. Béchamp met une importance extrême à ce que Ton croie qu’il a été le premier à apercevoir telle ou telle granulation dans le ver à soie. Quel bénéfice pouvons-nous retirer de cette observation de M. Béchamp? » En vérité, cela est peu obligeant et surtout profondément injuste. J’en appelle à l’Académie et à M. Raibaud lui-même, mieux informé.
La vérité est que j’ai attaché une grande importance, non pas à ce que Ton croie que j’ai été le premier à apercevoir telle ou telle granulation dans le ver à soie, comme M. Raibaud ose le dire, mais précisément à distinguer les granulations morbides de ce qui n’est pas elles; soutenir le contraire, c’est soutenir une contre-vérité Que je m’efforce de me conserver le mérite de cette observation . c’est assurément mon droit autant que mon devoir, car c’est un droit et un devoir de défendre la vérité. Mais que M. Raibaud l’Ange me permette de lui dire : Je suis surpris de le voir mettre une importance extrême à ce que l’on croie que je n’ai pas décrit les microzymas articulés, c’est-à-dire associés en chapelets de grains, comme il s’exprime. Malgré ma répugnance, je prie l’Académie de me permettre d’insister, car l’accusation de M. Raibaud vaut la peine d’être réfutée.
Depuis plusieurs années, je ne fais en quelque sorte autre chose qu’étudier les curieuses autant que très importantes transformations des microzymas. Non certes , je n’ai pas besoin que Ton croie que j’ai été le premier à apercevoir les granulations moléculaires des fermentations et des êtres organisés que tout le monde connaissait; mais mon intérêt évident, et celui de la vérité historique , est de m’assurer la priorité de l'affirmation et de la démonstration que ces granulations moléculaires, que Ton croyait n’ètre pas organisées, ni vivantes, ni agissantes, sont au contraire ce qu’il y a de plus vivant, de plus résistant à la mort dans tous les organismes, les plus puissants des ferments parmi les ferments organisés. Pour moi, la question des microzymas morbides des vers à soie n’est plus depuis longtemps qu’un cas particulier d’une étude plus générale dans laquelle elle se perd. Ce que je me propose de démontrer, la
RÉPONSE A M. RAIBAUD
démonstration que mes collaborateurs et moi poursuivons, c'est qu’il y a une infinie variété de microzvmas. Ce que je voudrais faire ressortir, c’est qu’un grand nombre de ces granulations moléculaires vivantes ne sont, dans bien des cas, que le premier degré d’organisation d’organismes plus parfaits, et. pour tout dire en un mot qui fera comprendre ma pensée, qu’ils sont à ces organismes ce que le cysticerque est au tænia. Ils n’attendent, comme celui-là , qu’une occasion , un milieu favorable pour évoluer et atteindre leur forme dernière. — Ce que je veux arriver à démontrer, enfin , c’est que ces granulations moléculaires ont leurs maladies qu’ils peuvent transmettre aux organismes dont ils font partie ou dans lesquels ils pénètrent. Voilà pourquoi j’étudie les granulations moléculaires normales de l’organisme et les granulations moléculaires qui ne font plus partie d’un organisme, comme les microzymas de la craie et les microzymas que l’on trouve sur la feuille du mûrier Certes si ces choses, que l’on n’a pas encore aperçues, étaient irrévocablement démontrées, qui oserait soutenir qu’elles n’aboutiraient pas à une transformation de la physiologie et de la pathologie ? J’ai moimème, et nous avons déjà touché un mot de cela dans les Notes publiées en commun avec M. Estor.
La vérité est donc que je ne m’étais pas trompé dans ma recherche de la nature et de la cause de la maladie des morts-tlats. J'avais si bien vu que l’on veut, en en profitant, m'enlever le mérite de mes observations. En effet, M. Raibaud l’Ange demande : « Quel bénéfice pouvons-nous retirer de cette observation de M. Béchamp ? » Sans doute , cette demande s’adresse à moi à propos de telle ou telle granulation. Après avoir remis la question sur son vrai terrain, je réponds : « Le bénéfice que vous retirerez de mes recherches est clair; vous ferez ce que j’ai conseillé dans ma brochure de 1867 et dans mes publications de 1867 et 1868 ; vous choisirez les graines sans microzymas , provenant de parents non microzvmateux , et, comme je l’avais prévu et démontré, vous ferez de belles récoltes , et vous vous enrichirez. Seulement, comme on ne prête qu’aux riches , vous attribuerez à qui n’a rien découvert le mérite de la découverte. » '
.M. Raibaud l’Ange a été choqué par une phrase de ma Note du -13 juillet; la voici : « J’affirme que le procédé empirique de la sélection, exclusivement appliqué au corpuscule vibrant par M. Pasteur, à lui seul, ne sauvera pas la sériciculture. » Je ne rétracte rien. Que signifie « procédé empirique, » sinon procédé fondé sur l’expérience? étymologiquement, y a-t-il là rien de choquant? D’ailleurs, quoique je connusse des insuccès, nulle part je n’ai blâmé la sélection, parce que, quoique empirique, elle est rationnelle, même dans 1 opinion démontrée que la maladie est parasitaire. Mais j’ai dit que cette méthode n’acquerrait toute sa valeur que lorsqu’on aurait choisi des graines non microzymateuses, et qu’on l’aurait combinée
APPENDICE
avec l’emploi de parasiticides odorants ou autres, si l’expérience en démontrait l’utilité. 11 faut être juste : je n’ai proposé la créosote que contre la pébrine : est-on bien sûr de l’avoir vue échouer dans ce cas? Pour moi, je l’ai toujours vue réussir. Je le répète, l’emploi des parasiticides odorants est scientifique, parce qu’il est conforme à la pratique médicale. L'emploi de la créosote est scientifique, parce que l’expérience, l’empirisme si l’on veut, a établi que la créosote s'oppose à l’éclosion d’une foule de germes de ferments, comme l’essence de térébenthine, d’après Huber et M. Chevreul, s’oppose à la germination de graines diverses; il est utile, parce que sous son influence le corpuscule vibrant se transforme dans le ver même, ce que j’ai constaté dans des expériences de laboratoire, et ce qui a été confirmé dans des éducations faites en grand. Si, grâce à l’emploi de la créosote, la sélection n’est pas nécessaire (je n’ai jamais dit n’est pas utile) pour combattre la pébrine, elle doit être appliquée aux microzymas morbides, parce que la créosote n’entrave pas les désordres qu’ils provoquent. On dirait vraiment, à entendre avec quelle opiniâtreté on conteste des résultats évidents, dont plusieurs ont été signalés à l’Académie dès l’année dernière, que j’ai conseillé la créosote comme une panacée, ce qui eût été puéril. J’ai à ce sujet toujours fait mes réserves. Je dis ces choses sans embarras, parce que je n’ai jamais cherché autre chose que d’être sérieusement utile, et aussi parce que, ce que mon amourpropre réclame, ce n’est pas la découverte de tel ou tel remède, mais la propriété d’un travail fondé sur une théorie scientifique poursuivi sans relâche comme sans déviation; mais le mérite de l’insistance que j’ai mise à faire triompher l’opinion contestée que la pébrine est une maladie parasitaire, le corpuscule vibrant un parasite végétal, et la maladie dite des morts-flats une maladie microzymateuse. Je ne réclame pas autre chose, car je sais rendre à César ce qui est à César !