LETTRE A M. DUMAS
est la substance la plus propre à tuer les animalcules ou leurs germes? Quelle est la substance la plus propre à tuer les ferments ou végétaux microscopiques ou leurs germes? »
J’ai eu l’honneur de répondre à mon illustre correspondant par Ja lettre suivante qu’il a eu la bonté de publier :
Montpellier, le 26 septembre 1863.
Monsieur le Sénateur,
Vous me faites l’honneur de me demander :
« Quelle est, à mon avis, la substance la plus propre à tuer les animalcules ou leurs germes? Quelle est la substance la plus propre à tueries ferments ou végétaux microscopiques ou leurs germes ? » Si j’en juge par mes expériences, la créosote est l’agent qui s’oppose le mieux au développement des organismes ferments. Sous son influence, à la dose de une à deux gouttes par i00cc de liqueur, j’ai pu conserver intactes pendant très longtemps, rien n’empêche de dire indéfiniment, les liqueurs les plus altérables : l’eau sucrée pure ou additionnée de sels divers, de gélatine, de bouillon de levure; le bouillon de levure lui-mème, des liqueurs albumineuses, dissolutions de zymase, d’anthozymase, l’urine, , etc.
11 est vrai que toutes ces expériences, faites au contact d’un assez grand volume d’air, l’étaient dans des fioles dans lesquelles ce gaz ne se renouvelait que lentement. Dans ces cas là, dans les vases témoins contenant les dissolutions non créosotées, je n’ai jamais vu apparaître que des ferments végétaux ou des infusoires inférieurs, vibrions ou bactéries, qui ne sont elles-mêmes que des végétaux.
Cependant comme dans toutes ces expériences rien qui ressemblât aux infusoires supérieurs (kolpodes, etc.) ne s’était développé, a aucun moment de leur durée, je crois que l’on peut dire que le même agent peut s’opposer à l’éclosion des œufs de ceux-ci, comme à la germination des spores de ceux-là.
Cela n’a rien de surprenant d’après les auteurs, puisque la créosote est un agent antiseptique. Pourtant il faut s’entendre. Certainement, si l’on emploie la créosote, et autres substances analogues, en grande quantité, à dose coagulante, toutes les fermentations sont arrêtées; mais si l’on opère dans les conditions où je me suis placé, il n’en est plus ainsi, et l’on peut dire alors :
« fie qui tue les germes peut fort bien, les conditions restant les mêmes, ne pas tuer les êtres qui en proviennent. »
Ainsi, dans mes expériences sur la fermentation alcoolique, j’ai ■constamment vu le chlorure de zinc en solution concentrée s’opposer au développement des moisissures et à la transformation du sucre de canne, line ou deux gouttes de créosote par décilitre de dissolution ont constamment produit le même effet, lors même
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que lu liqueur sucrée était additionnée de matières animales, gélatine,salive filtrée, bouillon de levure, dissolution de zymascs, etc. Mais, chose digne d attention et qui n’a pas été assez remarquée,, la créosote ne s oppose en aucune façon à la vie des ferments ni des animalcules une fois développés. Ainsi les moisissures nées dans l’eau sucrée, étant introduites dans une liqueur sucrée préalablement créosotée, intervertissent et font fermenter le sucre de canne. Les ferments qui provoquent les fermentations dites alcoolique, lactique, butyrique, ne sont pas non plus tués lorsqu’on ajoute de la créosote, à la même dose, dans le milieu fermentant : le phénomène s’accomplit et s’achève aussi complètement qu’avant l'addition.
Pour tuer les ferments ou les animalcules déjà développés, il faut des agents plus actifs ou la créosote à haute dose.
La théorie de ces faits, la voici :
Huber, de Genève (ce fait a été rapporté et confirmé par M. Chevrcul), avait remarqué que l’essence de térébenthine (ses vapeurs) s’opposait à la germination des haricots et autres graines. Les vapeurs, dans une enceinte close, tuent le germe et le jeune végétal a peine éclos, maisn’empêchent pas ultérieurement le végétal de se développer, s'il est déjà assez robuste. Il en est évidemment de mème de l’inlluence de la créosote dans les expériences sur les fermentations spontanées. Cette théorie, je l’ai développée dans mon Mémoire sur les générations spontanées. J’en ai fait l’objet d’une communication à la société d’Agriculture de l’Hérault à la suite de votre Rapport au Sénat sur la maladie des vers à soie. Voici le résumé de cette communication :
« M. B... pense que la créosote pourrait être essayée comme moyen de combattre la maladie des vers à soie; c'est, dit-il, une substance qui s’oppose à la germination des spores d’un grand nombre de cryptogames et à l’éclosion des œufs d'une foule de microzoaires; elle n'empêche cependant pas les cryptogames ou les inicrozoaires de vivre. Une fois les vers nés, on pourrait, dit-il, introduire dans les chambrées des tampons imbibés de créosote et empêcher ainsi la germination et les naissances parasites. On voit, sous l’influence de la térébenthine et de la créosote, les pois et les haricots, confinés dans dés espaces fermés, ne pas germer. Ne pourrait-on pas empêcher les propagules des parasites de se reproduire et arrêter les germes de la maladie si celle-ci est due à des cryptogames ou des microzoaires ? »
M. Masse, dans le service de M. Botiisson, a guéri le sycosis parasitaire à l’aide de la créosote. « La créosote, dit le jeune médecin, ne devait point tuer immédiatement le parasite développé, puisque, d’après M. Béchamp, elle n’arrète pas immédiatement une fermentation qui a commencé. Elle s’oppose au développement ultérieur des spores, elle crée dans les follicules pileux un terrain