ETUDE CLINIQUE
L'observation clinique de déshydratation par manque d’eau est heureusement fort rare.
1° Le nourrisson et le jeune enfant sont tout particulièrement sensibles à une hydratation insuffisante. Les pédiatres sont habitués à en observer les effets: la fièvre de lait sec, résultant de l’administration d’un lait trop peu dilué est assez significative.
Dans l’ensemble, à l’âge de 2 ou 3 mois, le nourrisson ne supporte pas plus de 18 à 20 heures l’absence d’apports liquidiens. La capacité de résistance croît ensuite avec l’âge. Ces faits s’expliquent à la lumière des données physiologiques: l’enfant exerète chaque jour une quantité d’eau proportionnellement bien plus grande par rapport au poids du corps que le sujet adulte.
GAMBLE comparant de ée point de vue un enfant de 7 kgs et un adulte de 70 kgs constate que le second n’exerète que trois fois plus d’eau que le premier.
Deux faits aggravent encore le danger des. privations liquidiennes chez l’enfant: le jeune organisme ne peut réduire sa diurèse au-dessous de 300 cm‘ et est incapable de produire des urines concentrées (Younc - Mac Cance).
Il résulte de calculs faits par GAMBLE que la masse des liquides extracellulaires serait épuisée après cinq jours de privation d’eau chez un enfant, tandis que le même résultat ne serait obtenu qu'après 10 jours chez un adulte.
2° La plus grande résistance de l’homme adulte explique que le manque d’eau est rarement suffisant en clinique pour aboutir à des accidents graves.
Toutefois, certaines circonstances particulières (catastrophes minières, naufrages, supplices de camps de déportaüon) ont révélé les manifestations cliniques du « supplice de la soif ». SAVIGNY, dans sa thèse, déerit en termes saisissants les souffrances qu’endurèrent ses camarades et luimême sur le « radeau de la Méduse ». La plupart d’entre . eux succombèrent avec des manifestations délirantes ou démentielles. Des mineurs isolés dans une galerie ont pu résister 4 jours sans boire (Catastrophe du Bois-Mesnil).
Pendant la dernière guerre, les conditions tragiques où se sont irouvés des militaires, des déportés ou internés offrent des états de privation aqueuse une illustration émouvante. Les descriptions de Ch. RICHET, GILBERT-DREYFUS soulignent les particularités de leur tableau clinique où doninent la fièvre et les manifestatiohs cérébrales. L’hyperthermie est considérable, le sujet est en proie tantôt à une excitation croissante, tantôt à une dépression qui rapidement faïi place au coma. L’anurie est constante. Aucuñe publication toutefois ne fait état d’explorations biologiques susceptibles d'éclairer la physiopathologie des accidents.
ETUDE PHYSsI0-PATHOLOGIQUE
De nombreuses études expérimentales ont été consacrées aux déshydratations par manque d’eau. Mac Cance. Back, MAYER, Younc et NapaL, grâce à une expérimen-
tation minutieuse effectuée sur eux-mêmes, ont apporté sur ce point des documents de grande valeur.
Douze personnes totalement privées de boissons sont soumises à un régime assurant un équilibre calorique suffisant.
L'expérience prolongée pendant 3 à 4 jours révèle la tolérance relative de l’organisme dans ces conditions. En dépit d’un « aspect de grand malade » (visage pâle et émacié, lèvres sèches et cyanosées), le sujet n’éprouve aucune angoisse. Durant les 3 premiers jours les fonctions cardiovasculaires et rénales se maintiennent normales : la pression artérielle n’est pas modifiée malgré une deshydratation correspondant à une perte pondérale de 6 % du poids du corps. La diurèse demeure à des taux assez élevés et dépend surtout des apports salins: la quantité d’urine double en cas d’une surchage quotidienne de 12 à 15 gr. de sel. (Mac CANcCE.) La fonction glomérulaire n’est pas modifiée pendant la durée de l'expérience. Des constatations analogues ont été faites par WiINKLER au cours d’expériences sur des soldats de l’armée britannique.
Ces données ainsi que celles obtenues par ELKINTON et T'AFFEL en expérimentation animale ont permis de préciser le mécanisme physiopathologique des troubles qui résuitent d’une privation d’eau.
1°,Le bilan hydrique est évidemment déficitaire: le maintien de la diurèse, l'élévation urinaire d’électrolytes Na et CI d’abord, puis K interviennent également dans le déficit {(WiINKLER). L’absorption de sucre peut en limiter l’imporlance grâce à l’utilisation de l’eau provenant de l'oxydation des sucres.
2° Les deux secteurs liquidiens cellulaire et extracellulaire sont conjointement intéressés dans la déperdition aqueuse. Ceci explique la tolérance initiale au manque d’eau. MACH oppose ces état de déshydratation globale aux deshydratations par manque de sel et aux deshydratations cellulaires,