‹ Les migrations des peuples et particulièrement celle des TouraniensChapitre 26 sur 61 · Saxo Grammatic. éd. Klotz · texte numérisé non relu

Saxo Grammatic. éd. Klotz

première patrie, la Scandinavie, auraient envahi la Russie méridionale; c’est là que l’empereur Caracalla leur fait la guerre sur les bords du Pont- Euxin ‘. C’est dans ces contrées, dit Jornandès, qu'ils se sont divisés en Wisigoths et en Ostrogoths. Mais bientôt ils quittent ce pays pour aller plus à l’ouest ; nous en trouvons la confirmation dans Jornandès même, qui dit qu’au nord des Goths, les Slaves, « la grande nation des Vinides », occupaient tous ces pays jusqu’à l'embouchure de la Vistule.

L'ancien séjour des Vinides, sur les côtes de la mer Baltique, est maintenant occupé par les Vidioariens et par les Esthoniens. « Post quos Ripam Oceani Itemesti (Item Esti) tenent pacatum hominum genus omnino. » (Jornandès.)

Au sud des Esthoniens nous trouvons le vaillant peuple des Agazires, qui menait une vie nomade et vivait de la chasse; plus loin les Bulgares, près du Pont-Euxin.

De ces contrées venaient les Huns, divisés en deux tribus : les Aulziagres (près de la Chersonèse), et les Aviri (Avares) : « Là, dit Jornandès, on connaît aussi les Hunugres, qui habitaient d’abord la

A. Jornandès. De Reb. Get.

Scythie, plus tard près du Palus-Moœotis, ensuite en Mésie, en Thrace, en Dacie, puis au-delà du Pont-Euxin, et de nouveau en Scythie. » « Là, dit Kruse, qui tient à l’origine commune des Esthoniens et des Magyares, nous rencontrons de nouveau les Hunugres (Hongrois); nous voyons en même temps que les peuples tchoudes de l’est se sont confondus avec les peuples de race germanique et slave, et sont devenus les Vidioariens. » Nous citons cette opinion, mais nous ne la partageons nullement, si séduisante qu'elle puisse paraître. |

Les peuples slaves et même finnois furent certainement entrainés dans les guerres des Romains contre les Goths du Pont-Euxin : les surnoms que les Romains donnèrent à leur empereur Gallus en sont la preuve. Les surnoms étaient Finicus, Galindicus et Venedicus (c’est-à-dire celui qui à vaincu les Finnois, les Galindes et les Vandes), surnoms qui ne tiraient leur origine que de la vanité romaine, mais qui nous prouvent en même temps combien était grande l'influence exercée à cette époque par la prépondérance des Goths sur ces autres peuples. Maxime s’était bien donné à lui-même et à son fils le surnom de Sarmaticus, ce qui prouverait que la domination romaine se

serait étendue sur tous les pays sarmates, jusqu’au bord de la mer Baltique.

A cette époque nous voyons par une nouvelle preuve combien de fois le nom de Scythe a changé de destination, et combien de peuples il à servi à désigner, car Zosime appelle simplement Scythes tous les Goths qui venaient grossir les armées de Constantin.

Jornandès nous cite un à un tous les peuples du nord qu'Hermanrich soumit à son sceptre. Nous voyons de nouveau tous les peuples tchoudes et en outre les Esthoniens de Tacite considérés comme faisant partie de l'empire des Goths; plus loin les Bronches, qui, d’après Schaffarick ne sont autres que les Barmiens, ce qui serait une preuve que l'empire d'Hermanrich s’étendait bien loin vers le nord ; à la suite les Mordens (Mordouans) et les Mordens Remiseans, dans lesquels Schaffarick croit reconnaître les Tchérémisses.

Si cette dernière opinion nous paraît plus difficile à soutenir, il en résulte néanmoins que les Mor- douans, les frères des Magyares, se trouvaient déjà à peu près au même endroit qu’ils occupent maintenant, et ces Mordens Remiseans pourraient être aussi bien les Magyares eux-mêmes.

L'empire d’'Hermanrich était donc plus étendu

que ne l’est aujourd'hui la Russie d'Europe : la Vistule à l’ouest, la mer Baltique au nord, l’Oural à l’est et le Danube au sud étaient ses limites.

Mais cette splendeur ne devait pas durer longtemps. En 374, les Huns, sous Balamir et Vala, envahissent l’empiré d’'Hermanrich; celui-ci est assassiné par un Roxolane; les Wisigoths se séparent des Ostrogoths et s’enfuient chez l’empereur romain Valence, en Thrace, où ils deviennent chrétiens. Les Ostrogoths, partageant le sort des Alaïns, sont subjugués par les Huns et combattent longtemps dans les armées hunhiques.

Ammien Marcellin (370) nous cite, au chapitre vu de son XX[° livre, les différents peuples qui habitaient autour du Palus-Mœotis. Ces peuples étaient les Jaxamates, les Merectes, les Jazyges, les Roxolanes, les Alains, les Mélanchlænes, les Gelons et les Agathyrses. Dans le n° chapitre de son XXXI° livre, il dit que les immenses plaines de la Scythie étaient occupées par les Alaïns ; ensuite, près de hautes montagnes, habitaient les Neures, derrière eux les Vindes (Budins), les Gelons à côté de ces derniers, les Agathyrses, et derrière eux les Mélanchlænes et les Androphages; toute la contrée au sud-est, dit-il, est inhabitée jusqu’au pays des Seres. |

= Mais Ammien Marcellin, ainsi que la Tabula Peutingeriana (terminée sous le règne de Théodose ), représentent toujours la mer Caspienne comme un golfe de la mer Septentrionale *. Surosius (450) émet des opinions encore plus erronées; il ne se contente pas de représenter la mer Caspienne comme un golfe de la mer du Nord; il met les Alains, les Huns et les Goths au nombre des peuples scythes, tous peuples que Gratien vainquit sous le règne de Théodose.

Les Slaves, profitant du désastre des Goths et du départ des Huns, s’étendirent alors librement de la Vistule aux Karpathes, jusqu'au Danube, jusque sur les côtes de la mer Noire, et de là s’avancèrent jusqu'à Kiew et Nowgorod. Après que les Goths eurent émigré vers l’ouest de l’Europe, où, à l’aide des Alains, des Suèves, des Francs, des Vandales, des Burgondes ils contribuèrent à la formation de presque tous les empires modernes, on les vit disparaître de ces contrées. Le nord de l’Europe devient, comme jadis, essen- tiellement commerçant ; les Scandinaves, et plus tard les Normands, s’assurèrent une route à travers la Russie centrale pour se procurer les produits de Byzance et de la Perse. C’est donc grâce

À, Tab. Peut., Segm. VIIT.

au Dniéperetau Volga que ce commerce put devenir florissant, et le célèbre chroniqueur russe Nestor, dont les ouvrages précieux ont été découverts et recueillis sous le règne de Pierre le Grand, nous décrit en détail ces différents itinéraires.

Ibn Foszlan, envoyé arabe auprès du royaume des Bulgares, se rend au bord du Volga près de Kasan, et nous fait un tableau fort curieux des mœurs de ce peuple ‘.

L'autre route commerciale qui suit le cours de la Duna et celui du Dniéper, nous est retracée de la manière la plus explicite par Constantin Porphirogenète. Get empereur, dont le grand-père était venu comme esclave à Byzance, était bien à même de nous faire une description exacte de ces contrées.

En 453, l'empire de Huns s’écroule subitement; et les Gépides, Onogoures et Slaves fondent des empires à leur tour.

L'apparition des Huns dans le centre et l’occident de l’Europe estun fait si surprenant, leur grande fortune, d’une si courte durée, présente des côtés si intéressants, que nous nous permettons de nous arrêter à ce peuple pour parler un peu plus longuement de son origine et de ses destinées.

A. Ibn Foszlan und anderer Araber Berichte über die Russen älterer Zeit, v. Frähn. St Petersburg. 1823.

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. C’est ici que nous allons consulter Koskinen, qui jusqu’à ce jour a certainement fait les études les plus approfondies sur ce sujet. Les Huns, dit Koskinen, apparaissent dans l’histoire en 375.

D'où sont-ils venus? De quelle race sont-ils? A ces deux questions il à été fait jusqu’à présent des réponses bien différentes et souvent contradictoires.

Koskinen passe d’abord en revue les opinions des autres auteurs compétents, puis il en tire des déductions fort intéressantes.

Le premier fait, le voici : les Huns avaient déjà, deux cents ans avant leur arrivée sur les bords du Danube, habité près du Volga, parmi d’autres peuples.

Ptolémée est le premier qui en parle; seulement la position qu’il leur donne se trouve certainement située trop à l’ouest. Les Chuns de Ptolémée ne sont pas autre chose que les uns. Il les place dans la Sarmatie européenne. Cent ans après, nous les rencontrons, près des embouchures du Volga, à l’ouest de la mer Caspienne. Nous avons deux preuves de ce fait : d’abord Denys Periégète (à la fin du ru° siècle) les place à cet endroit ; ensuite Moïse de Chorone, écrivain arménien, dit que le grand

Tiridate, après avoir battu les peuples de l’autre côté

du Caucase, les aurait chassés jusque dans le pays de. Hunks (c’est ainsi que les auteurs arméniens appellent les Huns) ; ajoutons à cela l’assertion d’Ammien, qui dit qu’en 375 ils habitaient de l’autre côté du Paolus-Mœotis, près de la mer Glaciale.(On voit que cet auteur supposait que la mer Glaciale se trouvait tout près de la mer Caspienne et de la mer d’Azow.) Nous sommes donc persuadé que les Huns ont habité l’Europe bien avant leur invasion dans l’empire romain.

Mais, d’où sont-ils venus ?

La plupart des auteurs grecs et latins les prennent pour des restes des Scythes royaux d'Hérodote; tel est l’avis de Zosime, de saint Jérôme et d’Agathias.

Les Goths, pour expliquer la grande frayeur que leur avaient inspirée les Huns, leur attribuent une origine fabuleuse; voyez à ce sujet ce qu'en dit Jornandès.

Constantin Manassès raconte que Sésostris ayant subjugué toute l’Asie avec l’aide des Huns aurait changé leur nom en celui de Parthes.

Czerning trouve même leurs traces en Égypte ; ce qui surpasse les limites de l’invraisemblable.

Plus sérieuse est l'opinion de Déguignes, qui croit les retrouver dans les Hiung-nus de la Chine,

les ouvriers du fameux mur (214 ? avant Jésus- Christ).

Mais Klaproth ne partage pas cette manière de voir, car il les considère comme des Finnois, et prétend que les Hiung-nus étaient un peuple d’origine turque.

Déguignes a du moins, aux yeux de Koskinen, le grand mérite d’avoir attiré l’attention des savants sur les sources historiques dues aux auteurs chinois. D’après ces sources, voici quelle serait l’histoire ancienne de l’Asie centrale.

Les populations turques qui habitaient les bords de l’Amur et du Sélenga, sur les frontières septentrionales de la Chine, et qui faisaient souvent irruption dans le Céleste Empire, s’appelaient Hun-io ; plus tard Hien-jun.et, depuis 207, Hiung-nu.

Se réunissant peu à peu, ils devinrent en 200 une puissance formidable. Après avoir subjugué l'empire du Thibet, dont les habitants menacaient dans leur fuite l'empire byzantin, ils se scindent en deux (46) ; une de ces parties se retire précipitamment vers l’frtiche et l’Oural, où ils impriment un mouvement si puissant aux peuples de ces contrées, qu'un de ces peuples, les Huns, franchit le Volga et entre en Europe. Maisles Hiung-nus mêmes étaient des Turcs, et non pas des Huns.

L'opinion d’Amédée Thierry, que les Huns ont été longtemps sous le joug mongol, et que leurs mœurs se sont modelées sur celles de leurs maîtres, paraît parfaitement admissible. Nous irons plus loin, et nous dirons que leur sang a été fortement mélangé de sang mongol. Mais les Huns n'étaient pas non plus des Mongols, car ceux-ci habitaient encore à cette époque, bien loin à l’est l'Asie, attendant que leur tour d’émigrer fût venu.

Koskinen est de l’avis de Klaproth, qui donne aux Huns la même origine qu'aux Magyares, et les considère comme deux rameaux d’un seul et même peuple. Nous pensons que Koskinen accueille trop facilement l'opinion de Klaproth, opinion qui s'appuie sur des étymologies isolées et téméraires.

Les Bulgares et les Khazares, que nous trouvons plus tard habitées jadis par les Huns, étaient sans aucun doute de race finnoise, fortement mélangée de Huns.

La Pannonie fut successivement envahie par les Bulgares, les Avares et les Magyares. Les auteurs byzantins donnent à tous ces peuples le nom de Huns ; ils donnent ce même nom aux Turcs à l’est de la mer Caspienne. Plus tard les auteurs byzantins considèrent les Khazars et même les Magyares comme des Turcs, ce qui prouve combien la confu-

sion des noms était grande à cette époque, et avec quelle précaution minutieuse il faut peser tous les arguments avant de porter un jugement définitif.

Il y a seulement un peuple sur l’origine duquel aucun doute n’est possible, c’est le peuple magyare. Si l’on ajoutait foi à ses traditions populaires, on l’assimilerait certainement aux Huns ; mais ces traditions datent-elles du temps où les Magyares étaient encore éloignés de leur séjour actuel, ou sont-elles nées des légendes que les Magyares ont dû trouver dans la Pannonie? La première hypothèse n’est pas inadmissible, mais il n’existe aucune preuve qui puisse la confirmer; la seconde au contraire est probable et plus naturelle.

Revenons à l’énumération de nos sources historiques.

Nous arrivons à la période la plus obscure de l’histoire de ces pays; et le chant anglo-saxon (Scôpes Vidsidhs), dont nous avons parlé plus haut, nous donne les seuls détails intéressants que nous ayons sur cette époque.

Passons sur la fondation de l’empire russe, dont Kruse à fait le récit détaillé, mais qui ne se rattache pas étroitement à notre sujet.

Nestor raconte que déjà, en 859, Rurick avait rendu tributaires les Tchoudes (en Livonie), les

Slovènes (près de Novgorod), les Mères (près du Volga supérieur), les Krivitches (près de Smolensk), les Wessès (près du Dniéper), tous peuples de race touranienne ‘. A cette époque de lutte acharnée, où l'empire russe s'agrandit au détriment de ses voisins, nous rencontrons peu de faitsintéressants. Ce n'est que sous le règne de Vladimir, fils de Jaroslav (1042), que Nestor nous fait part d’une expédition de ce prince contre les Jemens, qu’il finit par soumettre. Où habitait ce peuple? C’estune question qui a divisé bien des savants. Müller et Schlôzer les placent près de Jambourg, au nord du lac de Peïpus; Lehrberg croit les reconnaître dans la branche des Finnois, que les Suédois nomment Tavastar et qui s’appellent eux-mêmes Hœmeleiset; mais nous pensons que Sjügrén * a trouvé la vraie solution de la question en les plaçant au Nord, près de Dorpat, et en disant qu'ils s'étaient étendus peu à peu vers l'Est.

A cette époque, Nestor composa sa fameuse chronique qui répandit la première lumière sur ces contrées du Nord. Il nous fournit déjà une liste

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