‹ Les mille et une nuit,: contes arabesChapitre 15 sur 59 · VIII. NUIT · texte numérisé non relu

VIII. NUIT

DEs que Dinarzade s'apperçut qu'il étoit tems d'appeller la Sultane , elle lui dit : Ma fceur, fi vous ne dormez pas , je vousfupplie, en attendant le jour qui paroîtra bientôt , de me conter un de ces beau* contes que vous favez. Raconteznous celui du troifieme vieillard, dit le Sultan à Scheherazade ; j'ai bien de la peine à croire qu'il foit plus merveilleux que celui du vieillard .& des 4eux chiens noirs.

Sire , répondit la Sultane , le troi»

Contes Arabes. çr

Jieme vieillard raconta fon hiftoire au Génie ; je ne vous la dirai point , car elle n'eft point venue à ma connoiiïance } mais je fais qu'elle fe trouva fi fort au-deflus des deux précédentes par la diverfité des aventures merveilleufes qu'elle, contenoit , que le Génie en fut étonné. Il n'en eut pas plutôt oui la fin , qu'il dit au troisième vieillard : Je t'accorde le dernier tiers de la grâce du Marchand } il doit bien vous rémercier tous trois de l'avoir tiré d'intrigue par vos hiftoires j fans vous il ne feroit plus au monde.

En achevant ces mots , il difparut , au grand contentement de la compagnie.

Le Marchand ne manqua pas de rendre à fes trois libérateurs toutes les grâces qu'il leur de voit* Us fe réjouirent avec lui de le voir hors de péril , après quoi ils fe dirent adieu , & chacun reprit fon chemin. Le Marchand s'en retourna auprès de fa femme & de fes enfans , & paiTa tranquillement avec eux le refte de fes jours.

Mais , Sire , ajouta Scheherazade , quelque beaux que foient les contés que j'ai racontés jufqu'ici à Votre

6i Les mi fie & une Nuit.

Majefté , ils n'approchent pas de celui du Pêcheur. Dinàrzade voyant que 1 Sultane s'arrêtoit , lui dit : Ma iœur puifqu'il nous refte encore du tems de grâce racontez-nous l'hifloire d ce Pêcheur le Sultan le voudra bien Schahriar y confentit } & Scheherazade reprenant fon difcours, pourfui vit de cette manière.

HISTOIRE

Du V£cheur.

Sire * il y avoit autrefois un Pêcheur fort âgé , & fi pauvre , qu à peine pou voit- il gagner de quoi faire iubfifter fa femme , & trois enfans dont' fa famille étoit compofée. Il ^Uoit tous les jours à la pêche de grand matin •, & chaque jour , il s'étoit fait une loi de ne jetter fes filets que .quatre ; fois feulement.

Il partit un matin au clair de la lune , & fe rendit au bord de la mer.

IJjfe déshabilla >- & jetta fes filets \

Contes Anales. 9$

Comme il les tiroit vers le rivage > il fentit d'abord de la réfiltance. Il crut avoir fait une bonne pêche , & il s'en réjouilToit déjà en lui-même ; mais un moment après , s^appercevant cru'aa lieu de poiiFon il n'y a voit dans fes fi.

lets que la carcaflfe d'un âne , il en

eut beaucoup de chagrin Sche^

herazade en cet endroit cefla de parler , parce qu'elle vit paroître le jour.

Ma Sœur , lui dit Dinarzade , je vous avoue que ce commencement me charme , & je prévois que la fuite fera fort agréable. Rien n'eft plus furprenant que l'hiftoire de ce Pêcheur , répondit la Sultane \ & vous en conviendrez la nuit prochaine fi le Sultan me fait la grâce de me laiffer vivre. Schahriar , curieux d'apprendre le fuccès de la pêche du Pêcheur , ne voulut pas faire mourir ce jour - là Scheherazadc. C'efl pourquoi il fe leva , 8c ne donna point encore ce cruel ordre.

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