‹ Les mille et une nuit,: contes arabesChapitre 17 sur 59 · X- NUIT · texte numérisé non relu

X- NUIT

Dinarzade la nuit fuivante, appella fa fœur , quand il en fut tems : Si vous ne 'dormez pas , ma fœur , lui dit-elle, je vous prie en attendant le jour qui paroîtra bientôt %

Contes Ardlet. 99

ie continuer le conte du Pêcheur. Le Sultan de Ton côté , témoigna de l'impatience d'apprendre quel démêlé le Génie avoit eu avec Salomon. C'eft pourquoi Scheherazade pourfuivit ainfi le conte du Pêcheur.

Sire , le Pécheur n'eut pas fî-tôt entendu les paroles que le Génie avoit prononcées, qu'il ferafiura, &lui dit:

Efprit fuperbe que dites-vous ? Il y a

1>lus de dix- huit cens ans que Salomon e Prophète de Dieu eft mort, & nous fommes préfentement à la fin des fieclés. Apprenez-moi votre hiftoire , & pour quel fujet vous étiez renfermé dans ce vafer

A ce difeours le Génie regardant le Pêcheur d'un air fier , lui répondit :

Parle-moi plus civilement. Tu es bien hardi de m'appeller Efprit fuperbe.

Hé bien, repartit le Pêcheur, vous parlerai-je avec plus de civilité, en vous appellant Hiboux du bonheur ?

Je te dis , repartit le Génie , de me parler civilement avant que je te tue. Hé Îiourquoi me tueriez-vous , répliqua e Pêcheur ? je viens de vous mettre en liberté : Pavez-vous déjà oublié!

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Non, je m'en fouviens , repartit- le .Génie ^ mais cela ne m'empêchera pas de te faire mourir ; & je n'ai qu'une feule grâce à t'accorder. Et quelle eft cette grâce , dit le Pêcheur ? C'eil , répondit le "Génie , de te laiiïer chqifir de quelle manière tu veux que je te tue. Mais en quoi vous ai-jé offenfé, reprit le Pêcheur ? eft-ce ainfi que vous voulez me récompenfer du bien que je vous ai fait ? Je ne puis te traiter autrement 9 dit le Génie} & afin que tu en fois perfuadé, écoute mon hïftoire.

Je fuis un de ces efprits rébelles qui fe font oppofés à la volonté de Dieu.

Tous les autres Génies reconnurent le grand Salomon Prophète de Dieu , & fe fournirent à lui. Nous fûmeslesfeuls Sacar & moi , qui ne voulûmes pas faire cette bafîefle. Pour s'en venger, ce puiflarît Monarque chargea Affaf iîls de Barakhia fon premier Miniftre , de tne venir prendre. Cela fut exécuté. Affaf vint fe faifir dé ma perfonnê, & me mena malgré moi t devant le l trône du Roi~fbrï 'maître. ! ,

Salômon, fils dô David , xriô com*

Conte* AraUt4 iGt

manda de quitter mon genre de vie , de reconnoître (on pouvoir , & de me foumettre à fes commandemens. Je refufai hautement de lui obéir, & j'aimai mieux m'expofer à tout fon reffentiment , que de lui prêter le ferment de fidélité & de foumiflion qu'il exigeoit de moi. Pour me punir, il m'enferma dans ce vafe de cuivre -, & afin de s'affurer de moi , & que je ne pufle pas forcer ma .prifon , il imprima luimême fur le couvercle de plomb fon (beau , où le grand Nom de Dieu étoit gravé. Cela fait , il mit le vafe entre les mains d'un des Génies" qui lui obéit foient , avec ordre de me jetter à la mer, ce qui fut exécuté à mon grand regret, ) Durant le premier fiecle de ma prifon 9 je jurai que fi quelqu'un m'en délivroit avant les cent ans achevés , je le rendrois riche , même après fa mort. Mais le fiecle s'écoula , & perfonne ne me rendit ce bon office. Pendant le fécond fiecle , je fis ferment d'ouvrir tous les tréfors de la terre à quiconque me mettroit en liberté :

mais je n'en fus pas plus heureux* Dans le troifieme « je promis de faire

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puiflant Monarque mon libérateur , d'être toujours près de lui en efpritj Ôc de lui accorder chaque jour trois demandes de quelque nature qu'elles puflent être : mais ce fiecle le pafla comme les deux autres , & je demeurai toujours dans le même état. Enfin , chagrin ou plutôt enragé de me voir prifonnier fi long-tems 9 je jurai que fi quelqu'un me délivroit dans la fuite , je le tuerois impitoyablement, &ne lui accorderois point d'autre grâce que de lui laitier le choix du genre de mort dont il voudroit que je le fifle mourir. C'eft pourquoi puifque tu es venu ici aujourd'hui & que tu m'as délivré , choifîs comment tu veux que je te tue.

Ce difeours affligea fort le Pêcheur :

Je fuis bien malheureux, s'écria- t-ild'être venu en cet endroit rendre un n grand fervice à un ingrat. Confidérez de grâce votre injuftice , & révoquez un ferment fi peu raifonnable. Pardonnez-moi , Dieu vous pardonnera de même. Si vous me donnez généreufement la vie , il vous mettra à couvert de tous les attentats qui fe

formeront contre vos jours. Non , ta mort eft certaine , dit le Génie ; choifis feulement de quelle forte tu veux que je te fafTe mourir. Le Pêcheur le voyant dans la réfolution de le tuer , en eut une douleur extrême ; non pas tant pour l'amour de lui , qu'à caufe de fes trois enfans dont il plaignoit la mifere où ils alloient être réduits par fà mort. Il tâcha encore d'appaifer le Génie ; hélas , reprit-il, daignez avoir pitié de moi , en confidération de ce que j'ai fait pour vous. Je te l'ai déjà dit , repartit le Génie, c'eft juftement pour cette raifon que je fuis obligé de t'ôter la vie. Cela eft étrange , répliqua le Pêcheur , que vous vouliez abfolument rendre le mal pour le bien. Le Proverbe dit , que qui fait du bien à celui qui ne le mérite pas, en eft toujours mal payé. le croyois , je l'avoue , que cela étoit faux ; car en effet , rien ne choque davantage la raifon & les droits de la fociété : néanmoins j'éprouve cruellement que cela n'eft que trop véritable. Ne perdons pas tems , interrompit le Génie , tous tes raifonnemens ne fauroient me

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détourner de mon deflein. Hâte -toi de dire comment tu fouhaites que je te tue»

La néceffité donne de l'efprit. Le Pêcheur s*avifa d'un ftratagême. Puisque je ne faurois éviter la mort j ditil au Génie , je me foumets donc à la volonté de Dieu. Mais avant que je choififfe un genre de mort , je voua conjure par le grand Nom de Dieu qui étoit gravé fur le fceau du Prophète Salomon , fils de David , de me dire la vérité fur une queftion que j'ai à vous faire*

Quand le Génie vit qu'on lui faifoit une adjuration qui le contrai, gnoit de répondre pofitivement , il trembla en lui-même , & dit au Pêcheur : Demande-moi ce que tu voudras , & hâte-toi Le jour. venant

1 paroître , Scheherazade fe tut ei»

cet endroit de fon difeours.

Ma fœur , lui dit Dinarzade, il faut convenir que plus vous parlez, & plus vous faites de plaifir. J'efpere que.

le Sultan notre Seigneur ne vous ferapas mourir qu'il, n'ait entendu le reftedu beau conte du Pêcheur* Le Sultaa

eft le maître , reprit Scheherazade j il faut vouloir tout ce qui lui plaira* Le Sultan qui n'avoit pas moins d'envie que Dinarzadè d'entendre la fin de ce conte , différa encore la mort de la Sultane.

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