‹ Les mille et une nuit,: contes arabesChapitre 43 sur 59 · BOUS · texte numérisé non relu

BOUS

Le Calife impatient de fon naturel f fouffroit infiniment plus que les autres de voir que fa vie dépendok du commandement d'une Dame ofFenfëe, & juftement irritée j mais il commença de concevoir quelque efpérance, quand il vit qu'elle vouloit favoir qui ils étoient tous j car il s'imagina qu'elle ne lui fèroit pas ôterla vie % lorsqu'elle ieroit informée de fon rang. C'efl pourquoi il dit tout bas au Vifîr , qui •toit près de lui, de déclarer promptement qui il étoit. Mais le Vifîr prudent & fage y voulant fauver l'honneur de fon Maître , & ne voulant rendre public le grand affront qu'il s'étoit attiré lui-même , répondit feulement t' Nous n'avons que ce que nous méritons. Mais quand pour obéir au Calife ,. il auroit voulu parler , Zobeïde* «le. lui en auroit pas donné le tenu*

Elle s*ëtoit déjà adreffée aux Calenders i & les voyant tous trois borgnes, elle leur demanda s'ils étoient frères.

Un d'entr'eux lui répondit pour les autres : Non, Madame, nous ne fommes pas frères par le fang , nous ne le fommes qu'en qualité de Calenders , c'eftà-dire, en obfervantlemême genre de vie. Vous , reprit-elle , en parlant à un feul en particulier , êtes-vous borgne de naiflance ? Non , Madame , répondit-il , je le fuis par une aventure fi furprenante , qu'il n'y a perfonne qui n!en«profitât , fi elle étoit écrite. Après ce malheur , je me fis rafer la barbe & lesi fourcils , & me fis Calender 7 en prenant l'habit que je porte.

Zobeîde fit la même queftion aux deux autres Calenders , qui lui firent la même réponfe que le premier. Mais le dernier qui parla, ajouta : Pour vous faire connoître, Madame, que nous ne fommes pas des perfonnes du commun, & afin que vous ayez quelque confidération pour nous , apprenez que nous fommes tous trois fils de Rois. Quoique nous ne nous foyons jamai» vus que ce foir 2 nous avons eu toutefois

L iv

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le tems de nous faire connoître les xrhS aux autres pour ce que nous fommes, & j'ofe vous affairer que les Rois de qui nous tenons le jour , font quelque bruit dans le monde.

A ce difcours , Zobeïde modéra fon courroux , & dit aux Efclaves :

Donnez-leur un peu de liberté, mais demeurez ici. Ceux qui nous raconteront leur hiftoire & le fujet qui les a amfenés en cette maifon, ne leur faites point de mal , Iaiflez-les aller ou il leur plaira ^ mais n'épargnez pas ceux qui refuferont de nous donner

cette fatisfa&ion A ces mots

Scheherazade fe ttft , & fon filencc auffi-bien que le jour qui paroiffoit , faifant connoître à Schahriar qu'il étoit tems qu'il fe levât , ce Prince le fit , fe propofant d'entendre le lendemain Scheherazade , parce qu'il fouhaitoit de favoir qui étoient le* trois Calenders borgnes.

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XXXVIL NUIT.

DInarzade qui prenoit toujours un plaifir extrême aux contes de la Sultane , la réveilla vers la fin de la nuit fuivante. Ma chère fœur , lui dit-elle , fi vous ne dormez pas , pourfuivez , je vous en conjure, l'a* gréable hiftoire des Calenders.

Schelierazade en demanda la permiffion au Sultan , & l'ayant obtenue :

Sire, continua -t-elle , les trois Calenders , le Calife , le grand Vifir Giafar , l'Eunuque Mefrour , & le Porteur > étoient tous au milieu de la Salle afiis fur le tapis de pied , .en préfence des trois Dames >- qui étoient fur le Sofa , & des Efclaves prêts à exécuter tous les ordres qu'elles voudroient leur donner.

Le Porteur ayant compris qu'il ne s'agiffoit que de raconter fon hiftoire pour fe délivrer d'un fi grand danger » prit la parole le premier, & dit : Madame , vous favez déjà mon hiftoire >

tp \ ttrmlTt & une ICutr.

& le fûjet qui * m'a amené chez voïw^ Ainfi ce que* j'ai à vous raconter ferabientôt achevé.. Madame votre feeur que voilà , m'a pris ce matin à la place , où en qualité de Porteur , j'attendois.

que quelqu'vm m'employât , & me fît gagner ma vie. Je l'ai luivie chez un marchand de vin , chez un vendeur d'herbes , chez un vendeur d'oranges r de limons & de citrons ; puis chez un vendeur d'amandes, de noix, de noifettes , & d'autres fruits ; enfuite chez, un confiturier , & chez un droguifte 5 de chez le droguifte , mon panier fur la tête , chargé autant que je le pouvois être , je fuis venu jufques che# vous , ou vous avez eu la bonté de me Souffrir* jufqu'à préfent. C'eft une grâce dont je me /ouviendrai éternellement. 'Voilà mon hiftoire.

Quand le porteur eut achevé , Zo- Beïde fatisfaite lui dit :. Sauve-toi , marche , que nous ne te voyions plus* Madame y reprit le porteur, je vous fopplie de me permettre encore de de* meurer; Il ne feroït pas jùfte qu'après avoir donné aux autres Te plaifir d^entendue mon hiftoire , je n'euile jj^s

Comtes Aîratts* ajt

Suffi celui d'écouter la leur. En difant cela , il prit place fur un bout du Sofa * fdrt joyeux de le voir hors d'un péril qui l'avoit tant allarmé. Apres lui , un des trois Calenders prenant la parole-, & s'adreffant à Zobéïde , comme à la principale des trois Dames , & comme à celle qui lui àvoit commandé de parler , commença ainfî fon hiftorre.

HISTOIRE

Du premier Calender JFils de Roi.

MAdame , pour vous apprendre pourquoi j'ai perdu mon œil droit , & la raifon qui m'a obligé de prendre l'habit de Calender > je vous dirai que je fuis né fils de Roi. L& Roi mon père avoit un frère , qui regnoit comme lui dans un état voifiri.

Ce frère eut deux enfans , un Prince & une Princeflè , & le Prince & moinous étions à peu près du même âge.

Lorfque j'eus fait tous mes exercices , & que le Roi mon père m'eut donné une liberté honnête ,j'alioi*

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2 S 2 Les mille & une Nuit»

régulièrement chaque année voir le Roi mon oncle , & J^demeurois à fa Cour lin mois ou deux ^après quoi je fne rendois auprès du Roi mon père.

Ces voyages nous donnèrent occafion, au Prince mon coufin & à moi de contracter enfemble une amitié très-forte & très particulière. La dernière fois que je le vis , il me reçut avec de plus -grandes démonftrations de tendrefle qu'il n'avait fait encore ^ & . voulant un Jour me régaler , il fit pour cela des préparatifs extraordinaires. Nous fûmes long tems à table ; & après que îious eûmes bien foupé tous deux : Mon coufin , me dit-il , vous ne devineriez jamais à quoi je me fuis occupé depuis votre dernier voyage. Il y a un an qu'après votre départ , je mis un grand nombre d'ouvriers en befogne pour un deflein que je médite»

J'ai fait faire un édifice qui eft achevé y & oa y peut loger préfentement :

vous ne ferez pas fâché de le voir 5 mais il faut auparavant que vous faf- {ïez ferment de me garder le fecret 8c la fidélité ; ce font deux choies que >'e* xige de vous* A

Contes Air ah es. îjj

L'amitié & la familiarité qui étoient entre nous^, ne me permettant pas de lui rien rèfufer , je fis fans hénter un ferment tel qu'il le fouhaitoit •, & alors il me dit : Attendez-moi ici, je fuis à vous dans lin moment. En effet , il ne tarda pas à revenir , & je le vis rentrer av^c une Dame d'une beauté finguliere , & magnifiquement habillée* H.

ne pie dit pas qui elle étoit , & je ne cru$ pas devoir m'en informer. Nous nous remîmes à table avec la Dame , & "nous y demeurâmes encore quelque tems , en nous entretenant de chofes indifférentes , 8c en buvant des razadesàla fanté l'un de l'autre. Après cela , le Prince me dit : Mon coufin , nous n'avons pas de tems à perdre , obligez -moi d'emmener avec vous cette Drme y & de la conduire d'un tel côté , à un endroit où vous verrez un tombeau en dôme nouvellement bâti. Vous le connoîtrez aifément j la porte eft ouverte ; entrez-y enfemble , & m'attendez. Je m'y rendrai bientôt.

Fidèle à mon ferment /je n'en vott* lus pas favoir davantage j je préfeiï-

irj* . *>** natte & une Mut.

tai la main à la Dame ; & aux ehfeïgnes que le Prince mon coufin m'avoit données, je la condui(i9 heureufement au clair de la lune fans m' égarer. A peine fûmes-nous arrivés au tombeau , que nous vîmes paroître le Prince , qui nous fuivoit , chargé d'une petite cruche pleine d'eau , crune houe , & d'un petit fac où il y avoit du plâtre.

La houe lui fervit à démolir le fé* pulcre vuide qui étoit au milieu du tombeau \ il ôta les pierre» l'une après l'autre , & les rangea dans un xôin.

Quand il les eut toutes ôtées , ilereufa la terre , & je vis une trappe qui étoit fous le fépulcre. Il la leva , & au-deffous j'apperçus le haut d'un efcalier en limaçon. Alors mon coufin s'addreiTant à la Dame y lui dit : Madame , voilà par où Ton fe rend au lieu dont je vous ai parlé. La Dame à ce* mots s'approcha , & defcendit , & le Prince fe mit en devoir de la fuivre ; mais fe retournant auparavant de mon côté : Mon coufin , me dit-il , je vous fuis infiniment obligé dé la peine que vous avez prife y je vous çn remercie y Adieu. Mon cher coufin r m'écriai-je 9

Conter Ardfos* ?çç

Çu'cft-ce que cela fignifie ? Que cela vous fuffile , me répondit-il , vous pouvez reprendre le chemin par oui vous êtes venu.

Scheherazade en étoit là , lorfquc le jour venant à paroître y l'empêcha de pafler outre* , Le Sultan fe leva r fort en peine de favoir le dèffein du- Prince & de la Dame , qui fembloient vouloir s*enterrer tout vifs- Il attendit impatiemment la nuit fuivantc pour en être éclairci.

XXXVIIL NUIT-

SI vous ne dormez pas y ma fœur r s'écria Dinarzade le lendemain avant le jour, je vous fupplie de continuer Thiftoire du premier Calendsr»

Schahriar ayant auflî témoigné à la- Sultane qu'elle. lui feroit plaifir de pourfuivre.ee conte, elle en reprit le fil dans ces termes:

Madame y dit le Galend'er à Zobeïde , je ne pus tirer autre chofe du - Prince mon couiïn , & je fus. obligé' de prendre congé de lui. En m'en retournant au Palais du Roi mon oncle j

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les vapeurs du vin me montoîent à fa tête. Je ne laiffai pas néanmoins de gagner mon appartement , & de me coucher. Le lendemain, à mon réveil, faifant réflexion fur ce qui m'étoit arrivé la nuit ; & après avoir rappelle toutes les circonflances d'une aventure fi finguHere , il me fembla que ç'étoit un fonge. Prévenu de cette penfée , j'envoyai favoir fi le Prince mon coufin étoit en état d'être vu. Mais lorfqu'on me rapporta qu'il n'avoit pas couché chez lui , qu'on ne favoit ce qu'il étoit devenu , & qu'on en étoit fort en peine -, je jugeai bien que l'étrange événement du tombeau n'étoît que trop véritable. J'en fus vivement affligé; & me dérobant à tout le monde , je me rendis fecrétement au Cimetière public , où il y avoit une infinité de tombeaux femblables à celui que j'avois vu. Je paflai la journée à les confîdérer l'un après l'autre; mais je ne pus démêler celui que je cherchois , & je fis durant quatre jours la même recherche inutilement.

Il faut fàvoîr que pendant ce femslà le Roi mon oncle étoit âbfent, II y

Contes Arabe t. tÇj

avoir plufîeurs jours qu'il étoit à la chaire. Je m'ennuyai de l'attendre $ & après avoir prié les Minières de lui faire mes excufes à Ton retour , je partis de Ton Palais pour me rendre à la Cour de mon père , dont je n'avois pas coutume d'être éloigné fi longtems. Je baillai les Minières du Roi mon oncle fort en peine d'apprendre ce qu'était devenu le Prince mon coufin. Mais pour ne pas violer le ferment que j'avois fait de lui garder le fecret 9 je n'ofai les tirer d inquiétude , & ne voulus rien leur communiquer de ce que je favois.

J'arrivai à la Capitale , où le Roi mon père faifoit fa réfidence , & contre l'ordinaire , je trouvai à la porte de fon Palais une groffe garde , dont je fus environné en entrant. J'en demandai la raifon & l'Officier prenant la parole , me répondit : Prince , l'Armée a reconnu le grand Vifir à la place du Roi votre père , qui n'eft plus j & je vous arrête prifonnier de la part du nouveau Roi. A ces mots., les Gardes fe faifirent de moi , 6c me conduisent devant le Tyran. Jugez ,

•ï jS Les mille & une Nuit*

Madame , de ma furprife & de ma douleur,

Ce rebelle Vifir avoit conçu pour moi une forte haine , qu'il nourrit foit depuis long-tems* En voici le fujet. Dans ma plus tendre yeunefle , j'aimois à tirer de l'arbalêtre } j'en tenois une , un jour au haut du Palais fur la terrafTe , & je me divertiflbis à en tirer. Il fe préfenta un oifeau devant moi , je mirai à lui ; mais je le manquai , Se la flèche par hazard alla donner droit contre l'œïï du Vifir , qui prenoit l'air fur la terrafle de fa maifon , & le creva. Lorfque j'appris ce malheur j*en fis faire des exeufes au Vifir y & fe lui en fis moi-même j mais il ne laifla pas d*en conferver un vif reffentiment , dçnt il me donnoit des marques quand l'occafion s'en préfentoit» Il le fit éclater d'une manière barbare , quand il me vit en fon pouvoir. Il Vint à moi comme un furieux d'abord qu'il m'apperçut ; & enfonçant fes doigts dans mon œil droit 7 il l'arracha lui-même. Voilà par quelle aventure je fuis borgne.

Mais FUfurpateur ne borna pas là

Contes Arabes* i $£

fa cruauté. II me fit enfermer dans une caifTe , & ordonna au bourreau de me porter en cet état fort loin du Palais , & de in abandonner aux oifeaux de proie , après m'avoir coupé la tête».

Le bourreau accompagné d'un autre homme , monta à cheval , chargé de la caifTe , & s'arrêta dans la campagne pour exécuter fon ordre. Mais je fis fi bien par mes prières & par mes larmes r que j'excitai fa compaffion. Allez , me dit-il 9 fortez promptement da Royaume , & gardez - vous bien d'y revenir 5 car vous y rencontreriez votre perte , & vous feriez caufe de la* mienne. Je le remerciai de la grâce

S[u'il me faifoit ; & je ne fus pas plutôt eul , que je me confolai d'avoir perdu mon œil y en fbngeant que j'avois évité un plus grand malheur.

Dans l'état oïl j'étois je ne faifois pas beaucoup de chemin. Je me retirois en des lieux écaités pendant le jour , & Je marchois la nuit , autant que mes forces me le pouvoient permettre^ J'arrivai enfin dans les Etats du Roi mon oncle , & je me rendis à fa Ca*" fila] eu.

ft£o Lts mille & une Nuit.

Je lui fis une long détail de la caufe tragique de mon retour, & du trille état où il me voyoit. Hélas , s'écriat-il ! n'étoit-ce pas affez d'avoir perdu mon fils ! falloit-il que j'appriffe encore la mort d'un firere qui m'étoit cher , & que je vous vifle dans le déplorable

' état où vous êtes réduit? 11 me marqua l'inquiétude où il étoit de n'avoir reçu aucune nouvetle du Prince fon fils, quelques perquifitions qu'il en eût

" fait faire, & quelque diligence qu'il y eût apportée. Ce malheureux père

{►leuroit à chaudes larmes en me parant , & il me parut tellement affligé , ' que je ne pus réfifter à fa douleur.

Quelque ferment que j'euffe fait au Prince mon coufin, il me fut impoffible de le garder. Je racontai au Roi fon père tout ce que je favois.

Le Roi m'écouta avec quelque forte de confolation , & quand j'eus achevé :

Mon neveu , me dit - il , le récit que vous venez de me faire me donne

Ïuelque efpérance. J'ai fu que mon ls faifoit bâtir ce tombeau > & je •fais à peu-près en quel endroit. Avec l'idée qui vous en eft refiée , je me

Contes Arabe t. i6t

flatte que nous le trouverons. Mais puifqu'il l'a fait faire fecrétement , &

3u'il a exigé de vous le fecret, je fuis 'avis que nous l'allions chercher tous deux feuls , "pour éviter l'éclat.

Il avoit une autre raifon , qu'il ne me difoit pas , d'en vouloir dérober la connoiffance à tout le monde.

C'étoit une raifon très - importante , comme la fuite de mon difeours le fera connoître.

Nous nous déguifâmes l'un & l'autre, & nous fortîmes par une porte du jardin qui ouvroit fur la campagne.

Nous fûmes affez heureux pour trouver bientôt ce que nous cherchions, le reconnus le tombeau , & j'en eus d'autant plus de joie , que je l'avois envain cherché long - tems. Nous y entrâmes , & trouvâmes la trappe de fer abattue fur l'entrée de l'efcalier.

Nous eûmes de la peine à la lever , parce que le Prince l'avoit fcellée en dedans avec le plâtre & l'eau dont j'ai parlé } mais enfin nous la levâmes.

Le Roi mon oncle defeendit le premier. Je le fuivis , & nous dépendîmes environ cinquante degrés. Quand

%%i . Les mille & une jVWf.

îipus fûmes au bas de l'efcalier, nous nous trouvâmes dans une efpece d'antichambre remplie d'une fumée épaifc f e , & de naauvaife odeur , dont la lumière que rendoit un très-beau luftre étoit obfcurcie.

De ce^te antichambre nous paflatnes dans une chambre fort grande , foutenue de groiTes colonnes , & éclairée de plufieurs autres luftres. Il

Îr avoit une citerne au milieu , & 'on voyoit plufieurs fortes de provisions de bouche rangées d'un côté.

Nous fûmes aflez furpris de n'y voir perfonne. Il y avoit en face un Sofa •aflez élevé , où l'on montoit par quelques degrés , & au-defius duquel paroiflbit un lit fort large , dont les ri- -deaux étoient fermés. Le Roi monta , Sç les ayant ouverts, il apperçut le Prince fon fils , & la Dame couchés «nfemble ) mais brûlés & changés en charbon , comme fi On les eût jettes <iaris un grand feu, & qu'on les en eût retirés, avant que d'être confumés.

, Ce qui me furprit plus que toute autre chpfe , c*eft qu'à ce fpeâacle , gui faifoit horreur, le Roi mon on-

Contes Ai ahes* a 5} •

, au lieu de témoigner de Paffiiâion

voyant lç Prince fon fils dans un tt fi affreux , lui cracha au vifage ,

lui dîfant d'un air indigné : voilà el eft le châtiment de ce monde , lis celui de l'autre duvera éternellemt. Il ne fe contenta pas d'avoir Dnoncé ces paroles , il fe déchaufla donna fur la joue de fon fils un grand up de fa pantoufle.

Mais Sire, dit Scheherazade , il : jour \ je fuis fâchée que votre Maté n'ait pas le loifir de m'écouter vantage. Comme cette hiftoire du emier Calender n'étoit pas encore ie , & qu'elle paroiflbit étrange au ltan 9 il fe leva dans la réfolution :n entendre le refte la nuit fuinte.

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