‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 2)Chapitre 1 sur 23 · DU PRINCE ZEYN ALASNAM, ET DU ROI · texte numérisé non relu

DU PRINCE ZEYN ALASNAM, ET DU ROI

DES GÉNIES (l).

Un roi de Balsora possédait de grandes richesses. Il était aimé de ses sujets; mais il n'avait point d'enfans, et cela l'affligeait beaucoup. Cependant, il engagea par des présens considérables tous les saints personnages de ses états à demander au ciel un fils pour lui; leurs prières ne furent pas inutiles: la reine devint grosse, et accoucha très -heureusement d'un

(i) Cette histoire n'appartient pas aux Mille et une Nuits , et ne se trouve pas dans les manuscrits de Galland^

ir. \

prince qui fut nommé Zeyn Alasnam, c'est-à-dire, l'Ornement des statues.

Le roi fit assembler tous les astrologues de son royaume, et leur ordonna de tirer rhoros(K>pe de l'enfant. Ils découvrirent par leurs observations qu'il vivrait long -temps, qu'il serait courageux, mais qu'il aurait besoin de son courage pour soutenir avec fermeté les malheurs qui le menaçaient. Le roi ne fut point épouvanté de cette prédiction. «Mon (ils, dit-il, n'est pas à plaindre, puisqu'il doit être courageux : il est bon que les princes éprouvent des disgrâces, l'adversité purifie leur vertu ; ils en savent mieux régner. »

Il récompensa les astrologues et les renvoya. Il fit élever Zeyn avec tout le soin imaginable. Il lui donna des maîtres, dès qu'il le vit en âge de profiter de leurs instructions. Enfin , il se proposait d'en faire un prince accompli , quand tout à coup ce bon roi tomba malade d'une maladie que ses médecins ne purent guérir. Se voyant au lit de la mort, il appela son fils, il lui recommanda, entre autres choses, de s'attacher à se faire aimer plutôt qu'à se faire craindre de son peuple ; de ne point prêter l'oreille aux flatteurs, et d'être aussi lent à récompenser qu'à punir, parce qu'il arrivait souvent que les rois séduits par de fausses apparences, accablaient de bienfaits les méchans, et opprimaient l'innocence.

Aussitôt que le roi fut mort, le prince Zeyn prit le deuil, quil porta durant sept jours. Le huitième, il monta sur le trône , ota du trésor royal le sceau de

son père pour y mettre le sien (i), et commença à goûter la douceur de régner. Le plaisir de voir tous ses courtisans fléchir devant lui, et se faire leur unique étude de lui prouver leur obéissance et leur zèle , en un mot, le pouvoir souverain eut trop de charmes pour lui. Il ne songea qu'aux devoirs de ses sujets , sans penser à ce qu'il leur devait à eux-mêmes , et se mit peu en peine de les bien gouverner. Il se plongea dans toutes sortes de débauches avec de jeunes voluptueux qu'il revêtit des premières charges de l'état. Il n'eut plus de règle. Comme il était naturellement prodigue, il ne mit aucun frein à ses largesses, et msensiblement ses femmes et ses favoris épuisèrent ses trésors.

La reine sa mère vivait encore. C'était une princesse sage et prudente. Elle avait essayé plusieurs fois inutilement d'arrêter le cours des prodigalités et des débauches du roi son fils,, en lui représentant que s'il ne changeait bientôt de conduite, non-seùlement il dissiperait ses richesses, mais qu'il aliène^, rait même l'esprit de ses peuples , et causerait une révolution qui lui coûterait peut-être la couronne et la vie. Peu s'en fallut que ce qu'elle avait prédit n'arrivât : les peuples commencèrent à murmurer contre le gouvernement ; et leurs murmures auraient infailliblement été suivis d'une révolte générale, si la reine

(i) Le sceau royal varie à ravènement de chaque sulthan ; il est formé par l'entrelacement des lettres du nom du prince régnant.

n'eût eu l'adresse de la prévenir; mais cette princesse informée de la mauvaise disposition des choses, en . avertit le roi qui se laissa persuader enfin. Il confia le ministère à de sages vieillards qui surent bien retenir ses sujets dans le devoir. ^

Cependant, Zeyn voyant toutes ses richesses consommées, se repentit de n'en avoir pas fait un meilleur usage. Il tomba dans \ine mélancolie mortelle , et rien ne pouvait le consoler. Une nuit il vit en songé un vénérable vieillard qui s'avança vers lui , et lui dit d'un air riant:

<c O Zeyn., sache qu'il n'y a pas de chagrin qui ne « soit suivi de joie ; point de malheur qui ne traîne à « sa suite quelque bonheur. Si tu veux voir la fin de « ton affliction , lève-toi , pars pour l'Egypte , va-t-en « au Caire : une grande fortune t'y attend. »

Le prince à son réveil fut frappé de ce songe. Il en parla fort sérieusement à la reine sa m^re, qui n'en fit que rire. « Ne voudriez-vous point, mon fils, fini dit-elle , aller en Egypte sur la foi de ce beau songe ?» «Pourquoi non, madame, répondit Zeyn? Pensezvous que tous les songes soient chimériques ? Non , non , il y en a de mystérieux. Mes précepteurs m'ont raconté mille histoires qui ne me permettent pas d'en douter (i j. D'ailleurs, quand je n'en serais pas persuadé, je ne pourrais me défendre d'écouter mon

(i) Les Orientaux ont beaucoup de foi dans les songes , et leur littérature contient un grand nombre de traités sur la manière de les interpréter.

songe. Le vieillard qui m^est apparu, avait quelque chose de surnaturel. Ce n'est point un de ces hommes que la seule vieillesse rend respectables : je ne sais quel air divin était répandu dans sa personne. Il était tel enfin qu'on nous représente le grand prophète; et si vou^ voulez que je vous découvre ma pensée, je crois que c'est lui qui, toiLché de mes peines, veut les soulager. Je m'en fie à la confiance qu'il m'a inspirée ; je suis plein de ses promesses, et j'ai résolu ' de suivre sa voix.» La reine essaya de l'en détourner, mais elle n'en put venir à bout. Le prince lui laissa la conduite du royaume, sortit une nuit du palais fort secrètement, et prit la route du Caire sans vouloir être accompagné de personne.

Âpres beaucoup de fatigue et de peine, il arriva dans cette fameuse ville qui a peu de rivales, soit pour la grandeur , soit pour la beauté. Il alla descendre à la porte d'une mosquée, où se sentant accablé de lassitude , il se coucha. A peine fut-il endormi qu'il vit le même vieillard qui lui dit :

a O mon fils , je suis content de toi , tu as ajouté « foi à mes paroles. Tu es venu ici sans que la lon- « gueur et les difficultés des chemins t'aient rebuté ; fc mais apprends que je ne t'ai fait faire un si long a voyage que pour t'éprouver. Je vois que tu as du « courage et de la fermeté. Tu mérites que je te rentïe «c le plus riche et le plus heureux prince de la terre. 4c Retourne à Balsora ; tu trouveras dans ton palais a des richesses immenses. Jamais roi n'en a tant pos--^ « sédé qu'il y en a. »

me reprocher toute ma vie d'avoir manqué peut-être de grandes richesses en faisant mal à propos l'esprit fort »

En achevant ces paroles, il sortit de l'appartement de la reine , se fit donner une pioche , et entra seul dans le cabinet du roi. Il se mit à piocher, et il leva plus de la moitié des carreaux du pavé sans apercevoir la moindre apparence de trésor. Il quitta l'ouvrage pour se reposer un moment , disant en lui-même : «cTai bien peur que ma mère, n'ait eu raison de se moquer de moi.» Néanmoins il reprit courage, et continua son travail. Il n'eut pas sujet de s'en repentir , car il découvrit tout à coup une pierre blanche qu'il leva, et dessous il trouva une porte fermée par un cadenas d'acier

CCLXXXir NUIT.

I L le rompit à coups de pioche , et ouvrit la porte qui couvrait un escalier de marbre blanc. Il alluma aussitôt une bougie , et descendit par cet escalier dans une chambre parquetée de porcelaine de la Chine , et dont les lambris et le plafond étaient de cristal. Mais il s'attacha particulièrement à regarder quatre estrades , sur chacune desquelles il y avait dix urnes de porphire. Il s'imagina qu'elles étaient pleines de vin. (c Bon , dit-il, ce vin doit être bien vieux; je ne doute pas qu'il ne soit excellent. » Il s'approcha de l'une de ces urnes ; il en ôta le couvercle , et vit avec au-

tant de surprise que de joie qu'elle était pleine de pièces d'or. 11 visita les quatre autres l'une aprèi l'autre, et les trouva pleines de sequins. 11 en prit une poignée qu'il porta à la reine.

On peut s'imaginer dans quel étonnement fut cette princesse , quand elle entendit le rapport que le roi lui fit de tout ce qu'il avait vu. « O mon fils , s'écriat-elle , gardez-vous de dissiper follement tous ces biens, comme vous avez fait ceux du trésor royal ! Que vos ennemis n'aient pas un si grand sujet de se réjouir ! » a Non, madame, répondit Zeyn, je vivrai désormais d'une manière qui ne vous donnera que de la satisfaction. »

La reine pria le roi son fils de la mener dans cet admirable souterrain, que le roi son mari avait fait faire si secrètement qu'elle n'en avait jamais entendu parler. Zeyn 'la cçnduisit au cabinet, l'aida à descendre l!çscalier de marbre , et la fit entrer dans la chambre où étaient les urnes. Elle regarda toutes choses d'un œil curieux , et remarqua dans un coin une petite urne de la même matière que les autres. Le prince ne l'avait point encore aperçue. Il la prit , et l'ayant ouverte, il trouva dedans une clé dor. ce Mon fils , dit alors la reine , cette clé enferme sans doute quelque nouveau trésor. Cherchons partout; voyons si nous ne découvrirons point à quel usage

elle est destinée. »

Us examinèrent la chambre avec une extrême attention, et trouvèrent enfin une serrure au milieu d'un lambris. Us jugèrent que c'était celle dont ils avaient

lO LES MILLE ET UNE KUITS,

trouvé la clé. Le roi en fit l'essai sur-le-champ. Aussitôt la porte s'ouvrit, et leur laissa voir une autre chambre au milieu de laquelle étaient neuf piédestaux d'or massif, dont huit soutenaient chacun une statue faite d'un seul diamant ; et ces statues jetaient tant d'éclat que la chambre en était toute éclairée.

<c O ciel , s'écria Zeyn tout surpris , où mon père at-il pu trouve): de si belles choses ?» Le neuvième piédestal redoubla son étonnement ; car il y avait dessus une pièce de satin blanc sur laquelle étaient écrits ces mots :

<K Omon cher fils, ces huit statues m'ont coûté et beaucoup de peine à acquérir ! Mais quoiqu'elles «r soient d'une grande beauté, sache qu'il y en a une a neuvième au monde qui les surpasse : elle vaut a mieux toute seule que mille comme celle que tu vois. « Si tu veux t'en rendre possesseur, va dans la ville « du Caire en Egypte. Il y a là un de mes anciens « esclaves appelé Mobarec (i); tu n'auras nulle peine « à le découvrir : la première personne que tu ren- « contreras, t'enseignera sa demeure. Va le trouver ; (c dis-lui tout ce qui t'est arrivé. Il te connaîtra pour (c mon fils, et il te conduira jusqu'au lieu où est cette « merveilleuse statue que tu acquerras avec ton salut.»

Le prince, après avoir lu ces paroles, dit à la reine: (C Je ne veux point manquer cette neuvième statue. Il faut que ce soit une pièce bien rare , puisque celleisci toutes ensemble ne la valent pas. Je vais partir

(i) Mobarec signifie béni.

pour le grand Caire. Je ne crois pas, madame, que vous combattiez ma résolution. » «Non, mon fils, répondit la reine, je ne m'y oppose point. Vous êtes sans doute sous la protection de notre grand prophète ; il ne permettra pas que vous périssiez dans ce voyage. Partez quand il vous plaira. Vos vézyrs et moi , nous gouvernerons bien l'état pendant votre absence. » Le prince fit préparer son équipage; mais il ne voulut m^ neravec lui qu'un petit nombre d'esclaves seulement...

CCLXXXIir NUIT.

Il ne lui arriva nul accident sur la route. Il se rendit au Caire, oîi il demanda des nouvelles^dë Mobarec. On lui dit que c'était un des plus riches citoyens de la ville; qu'il vivait en grand seigneur, et que sa maison était ouverte particulièrement aux étrangers. Zeyn s'y fit conduire. Il frappa à la porte. Un esclave ouvre, et lui dit : a Que souhaitez- vous, et qui êtesvous ? » c< Je suis étranger , répondit le prince. J'ai oui parler de la générosité du seigneur Mobarec, et je viens loger jchez lui. » L'esclave pria Zeyn d'attendre un moment; puis il alla dire cela à son maître, qui lui ordonna de faire entrer l'étranger. L'esclave revint à la porte et dit au prince qu'il était le bien venu.

Alors Zeyn entra , traversa une grande cour , et passa dans une salle magnifiquement ornée , oii Mo^ barec qui l'attendait, le reçut fort civilement et

le remercia de Thonneur qu'il lui faisait de vouloir bien prendre un logement chez lui. Le prince après avoir répondu à ce compliment, dit à Mobarec : « Je suis fils du feu roi de Balsora et je m'appelle 2^yn Alasnam. » a Ce roi , dit Mobarec , a été autrefois mon maître ; mais, seigneur, je ne lui ai point connu de fils. Quel âge avez-vous ?» <c Tai vingt ans, i*épondit le prince. Combien y en a-t-il que vous avez quitté la cour de mon père ?» a II y en a près de vingt-deux, dit Mobarec. Mais comment me persuaderez-vous que vous êtes son fils?» ce Mon père, repartit Zeyn , avait sous son cabinet un souterrain, dans lequel j'ai trouvé quarante urnes de porphyre toutes pleines d*or. » a Et quelle autre chose y a-t-il encore , répliqua Mobarec?» (c II y a, dit le prince, neuf piédestaux d'or massif, sur huit desquels sont huit statues de diamans, et il y a sur le neuvième une pièce de satin blanc sur laquelle mon père a écrit ce qu'il faut^que je fasse pour acquérir une nouvelle statue plus précieuse que les autres ensemble. Vous savez le lieu oîi est cette statue, parce qu'il est écrit sur le satin que vous m'y conduirez. »

.11 n'eut pas achevé ces paroles, que Mobarec se jeta à ses genoux; et lui baisant une.de ses mains à plusieurs reprises : «Je rends grâces à Dieu, s'écriat-il, de vous avoir fait venir ici. Je vous connais pour le fils du roi de Balsora. Si vous voulez aller au lieu oîi est la statue merveilleuse , je vous y mènerai. Mais il faut auparavant vous reposer ici quelques jours. Je donne aujourd'hui un festin aux grands du Caire*

CONTES ARABES. l3

Nous étions à table lorsqu on m'est venu avertir de votre arrivée. Dédaignerez- vous, seigneur, de venir vous réjouir avec nous ?» « Non , répondit Zeyn , je serai ravi d'être de votre festin. » Aussitôt Mobarec le conduisit sous un dôme où était la compagnie. Il le fit mettre à table, et commença à le servir à genoux. Les grands du Caire en furent surpris. Ils se diss^ient tout bas les uns aux autres : « Hé ! qui e^t donc cet étranger que Mobarec sert avec tant de respect ? » '

Après qu'ils eurent mangé , Mobarec prit la parole : (c Seigneurs, dit -il, ne soyez pas étonnés de m'avoir vu servir de cette sorte ce jeune étranger. Sachez que c'est le fils du roi de Balsora mon maître. Son père m'acheta de ses propres deniers. Il est mort sans m'avoir donné la liberté. Ainsi, je suis encore esclave; et par conséquent tous mes biens appartiennent de droit à ce jeune prince, son- unique héritier (i). Zeyri l'interrompit en cet endroit : « O Mobarec, lui dit-il, je déclare devant tous ces seigneurs, que je vous affranchis dès ce moment, et que je retranche de mes biens votre personne et tout ce que vous possédez;, voyez outre cela ce que vous voulez que je vous donne. » Mobarec à ce discours baisa la terre , et fit de grands remercimens au prince. Ensuite on apporta le vin : ib en burent toute la journée; et sur le soir, les présens furent distribués aux convives qui se retirèrent.

(i) D'après la législation naiisulmane , tous» les biens de l'esclave appartiennent à son maître.

l4 LES MILLE ET UNE NUITS,

Le lendemain , Zeyn dit à Mobarec : « Tai pris assez de. repos. Je ne suis point venu au Caire pour vivre dans les plaisirs. J'ai dessein d'avoir la neuvième statue. Il est temps que nous partions pour aller la conquérir. » « Seigneur , répondit Mobarec , je suis prêt à céder à votre envie ; mais vous ne savez pas tous les dangers qu'il faut courir pour faire cette précieuse conquête. » a Quelque péril qu'il y ait , répliqua le prince, j'ai résolu de l'entreprendre. J'y^ périrai , ou j'en viendrai à bout. Tout ce qui arrive , c'est Dieu qui le fait arriver. Accompagnez-moi seulement, et que votre fermeté soit égale à la mienne. »

Mobarec le voyant déterminé à partir appela ses domestiques, et leur ordonna d'apprêter les équipages. Ensuite , le prince et lui firent l'ablution et la prière de précepte appelée Farz (i); après quoi ils se mirent en chemin. Us remarquèrent sur leur route une infinité de choses rares et merveilleuses. Us marchèrent pendant plusieurs jours , au bout desquels étant arrivés dans un séjour délicieux , ils descendirent de cheval. Alors Mobarec dit à tous les domestiques qui les suivaient : «Demeurez en cet endroit , et gardez soigneusement les équipages jusqu'à notre retour, ri Puis il dit à Zeyn : k Allons , seigneur,

avançons-nous seuls ; nous sommes près du lieu ter-

(i) Il n'y a pas de prière proprement appelée Farz. Les Musulmans comprennent sous ce nom les devoirs de droit divin y et qui sont d'une nécessité absolue pour être agréables à Dieu et à son prophète , tels que la prière , l'aumône , le jeûne , le pèlerinage, etc.

GOICTES ARABES. l5

rible où Ton garde la neuvième statue : vous allez avoir besoin de votre courage. »

Ils arrivèrent bientôt au bord d'un grand lac. Mobarec s'assit sur le rivage , en disant au prince : « D faut que nous passions cette mer. » « Hé ! comment la pourrions-nous passer , répondit Zeyn ? nous n'avons point de bateau. » « Vous en verrez paraître un dans le moment , reprit Mobarec ; le bateau enchanté du roi des génies va venir vous prendre ; mais n'oubliez pas ce que je vais vous dire : il faut garder un profond silence ; ne parlez point au batelier ; quelque singulière que vous paraisse sa figure , quelque chose extraordinaire que vous puissiez remarquer , ne dites rien ; car je vous avertis que si vous prononcez un seul mot quand nous serons embarqués , la barque fondra sous les eaux. » « Je saurai bien me taire , dit le prince. Vous n'avez qu'à me prescrire tout ce que je dois faire , et je le ferai fort exactement. »

En parlant ainsi , il aperçut tout à coup sur le lac un bateau fait de bois de sandal rouge. Il avait un mât d'ambre fin avec une banderole de satin bleu. Il

n'y avait dedans qu'un batelier dont la tête ressemblait à celle d'un éléphant, et son corps avait la forme de celui d'un tigre. Le bateau s'étant approché Al prince et de Mobarec , le batelier les prit avec sa trompe l'un après l'autre , et les mit dans son bateau. Ensuite , il les passa de l'autre côté du lac en un instant. Il les reprit avec sa trompe , les posa sur le rivage, et disparut aussitôt avec sa barque....

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