‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 2)Chapitre 11 sur 43 · CVII« NUIT · texte numérisé non relu

CVII« NUIT

Sire, le grand-vizir Giafar, poursuivant son histoire :

a Schemseddin Mohammed, continua-t-il, crut que le bossu extravaguojt quand il l'entendit parler de cette sorte, et il lui dit : « Otez-vous de là, mettez-vous sur vos pieds. — Je m'en garderai bien, repartit le bossu, à moins que le soleil ne soit levé. Sachez qu'étant venu ici hier au soir, il parut tout à coup devant moi un chat noir, qui devint insensiblement gros comme un buifle; je n'ai pas oublié ce qu'il me dit. C'est pourquoi allez à vos affaires et me laissez ici. » Le vizir, au lieu de se retirer, prit le bossu par les pieds et l'obligea à se relever. Cela étant fait, le bossu sortit en courant de toute sa force, sans regarder derrière lui ; il se rendit au palais, se fit présenter au Us Mille et une Nuits, III. o

sultan d'Égjpte, et le divertit fort en lui racontant le traitement que lui avoit fait le génie.

« Schemseddin Mohammed retourna dans la chambre de sa fille, plus étonné et plus incertain qu'auparavant de ce qu'il vouloit savoir. « Hé bien, fille abusée, lui dit-il, ne pouvez-vous m'éclaircir davantage sur une aventure qui me rend interdit et confus ? — Seigneur, lui répondît-elle, je ne puis vous apprendre autre chose que ce que j'ai déjà eu l'honneur de vous dire. Mais voici, ajouta-t-elle, l'habillement de mon époux qu'il a laissé sur cette chaise ; il vous donnera peut-être l'éclaircissement que vous cherchez. » En disant ces paroles, elle présenta le turban de Bedreddia au vizir, qui le prit, et qui, après l'avoir bien examiné de tous côtés : « Je le prendrois, dit-il, pour un turban de vizir s'il n'étoit à la mode de Mossoul. » Mais, s'apercevant qu'il y avoit quelque chose de cousu entre l'étoffe et la doublure, il demanda des ciseaux ; ayant décousu, il trouva un papier plié. C'étoit le cahier que Noureddin Ali avoit donné en mourant à Bedreddin, son fils, qui l'avoit caché en cet endroit pour le mieux conserver. Schemseddin Mohammed, ayant ouvert le cahier, reconnut le caractère de son frère Noureddin Ali, et lut ce titre : Pour mon fils Bedreddin Hassan, Avant qu'il pût faire ses réflexions, sa fille lui mit entre les mains la bourse qu'elle avoit trou-

vée SOUS Phabit. Il l'ouvrit aussi, et elle étoit remplie de sequins, ccfmme je l'ai déjà dit : car, malgré les largesses que Bedreddin Hassan avoit faites, elle étoit toujours demeurée pleine par les' soins du génie et de la fée. Il lut ces mots sur l'étiquette de la bourse : Mille sequins appartenant au juif Isaac ; et ceux-ci au-dessous^ que le juif avoit écrits avant que' de se séparer de Bedreddin Hassan : Livré à Bedreddin Hassan pour le charge^ ment qu^il m'a vendu du premier des vaisseaux qui ont ci'devant appartenu à Noureddin Ali, son père, d^heureuse mémoire^ lorsqu'il aura abordé en ce port. Il n'eut pas achevé cette lecture qu'il fît un ^rand cri et s'évanouit. ...»

Scheherazade vouloit continuer; mais le jour parut, et le sultan des Indes se leva, résolu d'entendre la suite de cette histoire.

CVIIP NUIT.

Le lendemain, Scheherazade, ayant repris la parole, dit à Schahriar :

« Sire, le vizir Schemseddin Mohammed, étant revenu de son évanouissement par le secours de sa fille et des femmes qu'elle avoit appelées : « Ma fille, dit-il, ne vous étonnez pas de l'accident qui

vient de m'arriver : la cause en est telle qu'à peine y pourrez-vous ajouter foi. Cet époux qui a passé la nuit avec vous est votre cousin, le fils de Noureddin Ali. Les mille »equins qui sont dans cette bourse me font souvenir de la querelle que j'eus avec ce cher frère ; c'est sans doute le présent de noces qu'il vous fait. Dieu soit loué de toutes choses, et particulièrement de cette aventure merveilleuse qui montre si bien sa puissance. » Il regarda ensuite l'écriture de son frère, et la baisa plusieurs fois en versant une grande abondance de larmes. « Que ne puis-je, disoit-il, aussi bien que je vois ces traits qui me causent tant de joie^ voir ici Noureddin lui-même, et me réconcilier avec lui ! »

« Il lut le cahier d'un bout à l'autre : il y trouva les dates de l'arrivée de son frère à Balsora, de son mariage, de la naissance de Bedreddin Hassan ; et, lorsque, après avoir confronté ces dates avec celles de son mariage et de la naissance de sa fille au Caire, il eut admiré le rapport qu'il y avoit entre elles, et fait enfin réflexion que son neveu étoit son gendre, il se livra tout entier à la joie. Il prit le cahier et l'étiquette de la bourse, les alla montre^ au sultan, qui lui pardonna le passé, et qui fut tellement charmé du récit de cette histoire qu'il la fit mettre par écrit avec toutes ses circoii^ staticés, pour la faire passer à la postérité.

« Cependant le vizir Schemseddin Mohammed ne pouvoit comprendre pourquoi son neveu avoit disparu ; il espéroit néanmoins le voir arriver à tous momens, et il Fattendoit avec la dernière impatience pour l'embrasser. Après Tavoir inutilement attendu pendant sept jours, il le fit chercher par tout le Caire ; mais il n'en apprit aucune nouvelle^ quelques perquisitions qu'il en pût faire. Cela lui causa beaucoup d'inquiétude. « Voilà^ disoit-il, une aventure fort singulière : jamais personne n'en a éprouvé une pareille. »

a Dans l'incertitude de ce qui pouvoit arriver dans la suite, il crut devoir mettre lui-même par écrit l'état oii étoit alors sa maison; de quelle manière les noces s'étoient passées; comment la salle et la chambre de sa fille étoient meublées. Il fit aiHsi un paquet du turban, de la bourse et du reste de l'habillement de Bedreddin, et l'enferma sous la clef »

La sultane Scheherazade fut obligée d'en demeurer là, parce qu'elle vit que le jour paroissoit. Sirr la fin de la nuit suivante, elle poursuivit cette histoire dans ces termes :

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