HISTOIRE QVE RACONTA LE MARCHAND
repas, nous recommençâmes à nous entretenir jusqu'à la nuit. Alors on nous apporta d'excellent via et des fruits propres à exciter à boire, et nous bûmes au son des instrumens que les esclaves accompagnèrent de leurs voix. La dame du logis chanta elle-même, et acheva, par ses chansons, de m'attendrir et de me rendre le plus 'passionné de tous les amans. Enfin je passai la nuit à goûter toutes sortes de plaisirs.
« Le lendemain matin, après avoir mis adroitement sous le chevet du lit la bourse et les cinquante pièces d'or que j'avois apportées, je dis adieu à la dame, qui me demanda quand je la reverrois. « Madame, lui répondis-je, je vous promets de revenir ce soir. » Elle parut ravie de ma réponse, me conduisit jusqu'à la porte, et, en nous séparant, elle me conjura de tenir ma promesse.
« Le même homme qui m'avoit amené m'attendoit avec son âne. Je montai dessus, et revins au khan de Mesrour. En renvoyant l'homme, je lui dis que je ne le payois pas, afin qu'il me vînt reprendre l'après-dîner à l'heure que je lui marquai.
« D'abord que je fus de retour dans mon logement, mon premier soin fut de faire acheter un bon agneau et plusieurs sortes de gâteaux que j'envoyai à la dame par un porteur. Je m'occupai ensuite d'affaires sérieuses, jusqu'à ce que le maître de l'âne fût arrivé. Alors je partis avec lui, et me
l5o HISTOIRE DU PETIT BOSSU
rendis chez la dame, qui me reçut avec autant de joie que le jour précédent, et me fit un régal aussi magnifique que le premier.
« En la quittant le lendemain, je lui laissai encore une bourse de cinquante pièces d'or, et je revins au khan de Mesrour »
A ces mots, Scheherazade, ayant aperçu le jour, en avertit le sultan des Indes, qui se leva sans lui rien dire. Sur la fin de la nuit suivante, elle reprit ainsi la suite de l'histoire commencée :