‹ Les milles et une nuits, contes arabes;Chapitre 31 sur 41 · II. .i · texte numérisé non relu

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et un gland nombre d'huissiers du palais amenèrent le grand- visir avec les quarante Barinecides , les firent disposer chacun au pied de la potence qui lui était destinée , et on leur passa autour du cou la corde avec laquelle ils devaient être levés en l'air. Le peuple , dont toute la place était remplie , ne put voir ce triste spectacle sans douleur, et sans verser des larmes; car le grandvisir Giafar et les Barinecides étaient chéris et honorés pour leur probité , leur libérahté et leur désintéressement non-seulement à Bagdad , mais même par tout l'empire du calife.

Rien n'empêchait qu'on n'exécutât l'ordre irrévocable de ce prince trop sévère , et on allait ôter la vie aux plus honnêtes gens de la ville , lorsqu'un jeune homme très-bien fait et fort proprement vêtu fendit la presse, pénétra jusqu'au giand-visir , et après lui avoir baisé la main : « Souverain visir , lui dit-il, chef des émirs de cette cour, refuge des pauvres , vous n'êtes pas coupable du crime pour lecfuel vous êtes ici. Ketirez-vous , et nie laissez expier la moit de la dame qui a été jetée dans le Tigre.

C'est moi qui suis son meurtrier , et je mérite d'en être puni. »

Quoique ce discours causât beaucoup de joie au visir , il ne laissa pas d'avoir pitié du jeune iiomme , dont la physionomie , au lieu de paraître smistre , avait quelque chose d'engageant ; et il allait lui répondre , lorsqu'un grand homme , d'un âge déjà fort avancé , ayant aussi fendu la presse , arriva , et dit au visir : « Seigneur , ne croyez rien de ce que vous dit ce jeune liomme : nul autre cpie moi n'a tué la dame qu'on a trouvée dans le cotYre ; c'est sur moi seul que doit tomber le châtiment. Au nom de Dieu , je vous conjure de ne pas punir l'innocent pour le coupable. » «< Seigneur, reprit le jeune homme en s'adressant au visir, je vous jure que c'est moi cfui ai commis cette méchante action , et cpie personne au monde n'en est complice. » «Mon fds, interrompit le vieillard , c'est le désespoir qui vous a conduit ici , et vous voulez prévenir votre destinée ; pour moi , il y a long-temps que je suis au monde , je dois en être détaché. Laissez-moi donc sacrifier ma vie pour la vôtre. Seigneur, ajouta-t-il en s'adressant

au grand-visir, je vous le répète encore^ c'est moi qui suis l'assassin : faites-moi mourir et ne différez pas. »

La contestation du vieillard et du jeune homme obligea le visir Giafar à les mener tous deux devant le calife , avec la permission de l'officier cliargé de présider à cette terrible exécution , qui se faisait un plaisir de le favoriser. Lorsqu'il fut en présence de ce prince , il baisa la terre par sept fois , et parla de celte manière : « Commandeur des croyans , j'amène à votre majesté ce vieillard et ce jeune homme , qui se disent tous deux, séparément, meurtriers de la dame. » Alors le calife demanda aux accusés qui des deux avait massacré la dame si cruellement , et l'avait jetée dans le Tigre. Le jeune homme assura que c'était lui ; mais le vieillard , de son côté , soutenant le contraire : «< Allez , dit le calife au grand- visir , faites-les pendre tous deux. » « 3Iais, sire, dit le visir, s'il n'y en a qu'un de criminel , il y aurait de l'injustice à faire mourir l'autre. »

A ces mots, le jeune homme reprit :

u Je jure par le grand Dieu qui a élevé les cieux à la hauteur où ils sont , que c'est

CONTES ARAlîKS. ^5^

mol qui ai tué la dame , qui l'ai coupée par quartiers , et jetée dans le Tigre il y a quatre jours. Je ne veux point avoir de part avec les autres au jour du jugement , si ce que je dis n'est pas véritable ; ainsi je suis celui qui doit être puni. » Le calife fut surpris de ce serment, et y ajouta foi, d'autant plus que le vieillard n'y répliqua rien. C'est pourquoi se tournant vers le jeune homme :

« IMallieurcux , lui dit-il , pour quel sujet as-tu commis un crime si détestable? et (juelle raison peux-tu avoir d'être venu t'qffrir toi-même à la mort?» « Commandeur des croyans , répondit-il , si l'on mettait par écrit tout ce qui s'est passé entre cette dame et moi , ce serait une histoire qui pourrait ctje très-utile aux hommes. » «< Kacontenous-la donc , répliqua le calife , je te l'ordonne. » Le jeune homme obéit, et commença son récit de cette sorte.

Scheherazade voulait continuer ; mais elle fut obligée de remettre cette histoire à la nuit suivante.

XCIP NUIT.

ScHAHRiAR prévint la sultane et lui demanda ce que le jeune homme avait raconté au calife Haroun Alraschid. « Sire , répondit Sclieherazade , il prit la parole , et parla dans ces termes :

HISTOIRE

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