Les minarets et l'appel à la prière
Bilâl, le pè toit d'une vai Vadzân (jtit Ka'ba. C'est qu'on entenc attenant aux lementaupar était en effet, montait, une L'emploi du rement « cloî marque bier
(1) C'est la l€ dent de la Soci( ger, in Rev. Afr quelques notes.
(2) Friedrich 1" fasc, 1898, :
clochers des églises chrétiennes. De plus, la lumière de l'ermitage ou du monastère est un des thèmes favoris de la poésie arabe (1). Au reste, le mot manâra signifie aussi « phare ». Chemin faisant, M. Schwally indique les tours de guet (w^^ , marqab) des Byzantins et des Sassanides comme pouvant être Torigine des clochers »•
On voit, par ce trop bref extrait, à quels intéressants rapprochements est conduit M. Schwally. La lecture de son travail ne peut manquer de suggérer d'autres comparaisons aux arabisants algériens.
Le mot ^^y'-> , nâqoùs, que Ton prononce rarement>?dgoûsij a depuis longtemps perdu sa signification primitive. Il désignait, en effet, une longue pièce de bois sur laquelle on frappait avec une baguette un peu flexible, appelée J-j-j^, wabtl, pour appeler les fidèles (2). Le son du nâqoûs qui se fait entendre dès le matin est aussi un des thèmes
(1) Par exemple, dans Imrou-1-Qaïs (Ahlwardt, The diw, of the six anc, arable poets, p. 102, v. 20) :
l^iir^j^^l^W'oAi
« J'ai regardé du côté de ce feu et les étoiles brillaient au ciel, semblables aux fanaux qu'allume un moine pour guider les voyageurs égarés ».
Il y a un autre vers du même poète anléislamique, et qui est beaucoup plus connu, parce qu'il fait partie de sa Mo'allaqa (Ahlw., p. 147, V. 38) ;
« Son éclat (le poète parle de sa maîtresse) dissipe les ténèbres de la nuit, comme la lampe de la cellule où se retire un moine ».
Nous trouvons ici le mot manàra, et il n'est pas certain qu'il faille le traduire simplement par « lampe » et ne pas lui donner le sens de fanal, placé au bout d'une perche ou sur un édicule quelconque. Il s'agit naturellement, dans ces deux vers, de moines chrétiens de l'Arabie antéislamique.
(2) JawY \-^ <rir^' -^^-r^^J^^ ^^^^^LJt s^j^j^\ \h\^ j^ ijU ^"^^^ ^IdJû^t (Commentaire d'El Khirchî sur Khelil 5 vol., Caire, 1307, ii, p. 447, 1. 3.)
dassiques de Pancienne poésie arabe (1); Le" mot s'applique aujourd'hui exclusivement aux cloches, et il €St seul employé à cet effet en arabe parlé, au moins dans notre pays (2). Il paraît que \e nâqoûs primitif est
(1) M. René Basset nous communique obligeamment, à ce sujet, les exemples suivants ;
« Et que de fois, matinal comme l'œil du coq, j'ai vidé une coupe à l'aurore, en compagnie de jeunes gens loyaux, pendant que l'on sonnait les cloches ». ('Antara, in Ahlw., p. 179, v, v. 1.)
Un vers de Djerîr, cité par El Bekrî (Mo'djem^ éd. Wûstenfeld^
« Au matin, nous amenions à Tharmâ une chamelle agile, qu'effrayait le son 4e la cloche frappée par le prêtre chrétien ». .
Un vers de Nâbigha-l-Dja'di (El Bekrî, p. 300) : •
« J'ai devancé l'heure où l'on y entend le chant des coqs et le son des cloches que l'on ne frappe pas encore ». (Le mètre exige ici i^^ji pour j>**^|y.)
La cloche effrayant le chameau est aussi un cliché fréquent (Cf le 2* vers de cette note). En voici un autre exemple. Le nàqoûs et lé coq y sont encore associés, comme les emblèmes du matin :
« Mais le chant dés coqs et le son des cloches les détournèrent de se rendre à (tel pays), et ils prirent un autre chemin ». (Lebid, éd. El Khâlidi, p. 137.)
Voy. encore sur le ndçoil5, que nous avons traduit partout inexactement par « cloche » : Fraenkel, Die aramaeîschen Fremdwoerter in Àrabischen, Leyde, 1886, p. 276 ; et Jacob, Das Leben der vorislamischer Beduinen, Berlin, 1895, p. 85, 122.
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que le son des cloches, dans l'Église catholique, est suspendu du Jeudi-Saint au Samedi-Saint, et qu'à l'intérieur de l'église, des crécelles (sinon des nâqoûs) remplacent les clochettes.
(2) L'arabe littéral a encore un autre mot, pour désigner les cloches, c'est le mot //^ djaras. Cf, par exemple, le vers du
encore en usage dans certains monastères grecs du Levant, où il est appelé simandro (fft/A«v5^o) (1). En tout cas, îl s'est conservé aussi en Abyssinie, où Ton voit suspendue^ près des églises, une pièce de bois ou une
^:^ Ar. 1^ r,^Q Ton frappe en guise de cloche (2).
is-nous dit, hésita longtemps avant moyen il appellerait ses fidèles à la habitude qu'il repoussa également îtiens et les trompettes employées le fut pas cependant sans d'assez s avec ses compagnons (3), et il n'en disent les commentaires, qu'il pter l'usage du nâqoûs et d'un feu
oû-Râs, que nous citons d'après M. Arnaud » 135, p. 220) :
ne a conduit ses escadrons à la guerre ouver face à face avec les Trinitaires, qui 5S ». Le vers est .entièrement faux, tel qu'il reste que la plupart des autres. Il s'agit, ise d'Oran par le bey Moh'ammed ben Che-
ionary of Islam, 2* éd., p. 430, col. 2 (gradit quelque part, en parlant des moines du miandre vient bien rarement troubler leur ajoute en note : « Symandre, disques de îdèles à la prière, dans la primitive Église, lieu de cloches dans certains couvents ».
os, iuRev, des D.-M., 1876, i, 307.)
imon, U Ethiopie, ses mœurs, ses ti^aditions, p. 105. — Cf Relation d'Àlvaî'ez, éd. angl.
des compagnons du Prophète disaient :
comme ceux des chrétiens ». D'autres:
es, à l'instar des juifs ». — « Envoyons ppelte les gens à la prière, en criant », dit lit le Prophète à Bilâl, et appelle les gens à éd. Krehl, 1. 1, p. 160 ; éd. du Caire en 4 vol.,
.qu'on hissait en quelque endroit (1). En tout cas, s'il institua définitivement Vad;?ân dans l'islaniisme, il ne fut peut-être pas, même en cela, un novateur; car, bien que les auteurs arabes laissent entendre qu'il voulut par là se distinguer des chrétiens, bien que certains savants européens prétendent .qu'il ne fut guidé, lors de l'établissement de sa religion, que par le désir d'innover (2), il semble cependant que non seulement Vad:sân existait, avant Mahomet, chez les chrétiens d'Arabie, mais encore que le mot de muezzin (.i^, mouwads- • dzin) était déjà usité (3) dans son sens actuel.
La proscription dont les cloches furent l'objet est naturellement toujours en vigueur: en pays musulman, les églises chrétiennes n'en possèdent point; il en est ainsi à Tanger, par exemple. Sur ce point, la loi mahométane est formelle : « Si on entend le son des cloches des chrétiens, elles doivent être brisées et le coupable châtié; celui qui brise leurs cloches, en ce cas, n'est pas coupable; il en est de niême pour la croix, s'ils la font voir en public, dans leurs fêtes ou dans leurs rogations (4) ». Ce n'est pas qu'au cours de l'histoire, les chrétiens n'aient été parfois autorisés à sonner les
(1) Voy. dans El Bokhâri, loc. cit., la tradition qiii précède celle dont nous venons de donner la traduction et la deuxième après cette môme tradition.
(2) Palgrave, Une année de voyage dans l'Arabie centrale, trad. Jonveaux, 2 vol., Paris, 1866 ; ii, p. 36.
(3) Témoin ce très curieux vers d'un poète chrétien anléislamique, et qui nous est indiqué par M. René Basset :
(( Sur la colline de Djah'wach, leur muezzin ne les appelait pas à l'œuvre de justice ( J-w» , plutôt dans le sens de « direction religieuse » ) et n'encourageait pas les gens ». ('Adî ben. Zeïd, op. . El Bekrî, Mo'djem, p. 233).
(4) Commentaire d'El Kherchi sur Khelil, loc. cil. — Cf. Desouqî, Supercommentaire du commentaire de Derdir, in loc. ; Khelil, trad. Perron, t. n, p. 297. — Cela est encore, à l'heure actuelle, enseigné officiellement dans nos médersas.
cloches en plein pays musulman : El Mâmoûn TAlmohade, par exemple, conclut avec un roi espagnol un traité, par lequel le souverain européen lui prêtait une armée pour Taider à reconquérir le trône de Maroc, dont son neveu Pavait dépossédé. Dans ce traité, il était stipulé que le sultan almohade, aussitôt rentré en possession de Maroc, ferait bâtir une église où les soldats qui l'auraient accompagné exerceraient librement leur culte, et où les cloches sonneraient à l'heure des prières. Ce traité fut observé pendant deux années (1).
Mais ce ne sont là que des exceptions, et, d'une façon générale, les musulmans ont les cloches en grande aversion. Cette aversion est peut-être une des causes de Tabsence d'horloges publiques dans la plupart de leurs villes. L'apposition d'une horloge à sonnerie sur le minaret de la mosquée de la Pêcherie, à Alger, souleva jadis, parmi les indigènes, d'énergiques protestations : l'Administration n'osa d'abord s'y résoudre et fît placer l'horloge sur la place du Gouvernement, au sommet d'un échafaudage. Mais c'était disgracieux et incommode, et l'autorité finit par passer outre à l'opposition des musulmans (2). Cependant, depuis longtemps, ceux ci apprécient beaucoup les horloges ; les auteurs arabes en contiennent souvent des descriptions magnifiques (3) ; et aujourd'hui encore, on fabrique spécialement pour le Nord de l'Afrique, de Tunis à Fez, ces affreuses hautes horloges en bois peint, à grosses sonneries, que l'on rencontre un peu partout chez nos indigènes. Il y a mieux : il paraît qu'au Maroc, on offre aux marabouts, en guise d'ex-voto, des horloges plus ou moins riches. C'est ainsi qu'il yen a une extraordinaire quantité au tombeau de Moulaye Idrîs, à Fez. Harris
(1) QarVàs, trad. Beaumier, p. 357-363.
(2) Voir les amusants détails de cet incident dans Aumerat, Souvenirs algériens, 1 vol., Blida, 1898, p. 53-56.
(3) Voy. entre autres les Benï Ziyân, d'Et-Tenessî, trad. Barges, p. 73 seq. et le Complément, p. 206, 218.
Alger ni les autres villes algériennes ne peuvent plus nous procurer Timpression que donne le panorama de la plupart des graiTdes cités du Maroc, où Ton voit de loin les minarets se dresser comme une forêt : il faut peutêtre excepter Tlemcen, où il y a encore 18 mosquées, et dont les minarets (toutes, n'en ont pas cependant) sont, de loin, du plus gracieux effet. En 1830, il y avait encore à Alger 176 édifices consacrés au culte, dont 13 grandes mosquées; en 1862, Une restait que 21 édifices sacrés, dont 9 grandes mosquées (1); et actuellement, il n'y en a plus que cinq (2) portant des minarets (3).
Les rapports du clocher et du minaret sont manifestes : ils ne sont toutefois pas évidents en Algérie, où le culte chrétien n'est réinstallé que depuis une date récente. Le mot manâra^ du reste, n'a pas, dans l'arabe vulgaire du Maghrib, le sens de « minaret », mais seulement celui de « phare ». C'est le mot A*.^^, foûm^a, qui est ici exclusivement employé pour dési-, gner les minarets. Ceux-ci sont d'ailleurs assez polymorphes. La forme classique est bien connue : c'est celle de la Giralda de Séville, delà Koutoubia de Maroc, de la Tour de Hassan de Rabat, des beaux minarets historiques de Tlemcen. Mais des ciconstances locales
livre ce simple fait à l'appréciation de ceux qui n'accueillent qu'avec des doutes les précieux renseignements oraux recueillis par le professeur d'Oran. Cf. El-Oufrâni, Nozhet-el-H'âdi, éd. Houdas, p. nv, 1. 13 du texte et 199 de la trad. Une coquille a fait dire au traducteur negir au lieu de nefïr.
(1) Devoulx, Les édifices religieux de V ancien Alger, in Rec. afr., VI' ann., n" 35, sept. 1862, p. 372.
(2) Cette diminution n'est pas uniquement le résultat de notre intervention. Tlemcen, à notre arrivée, était pleine d'édifices religieux ruinés. Où est le temps où pas une rue ni un passage de Fez n'était sans mosquée ? (QarVas, trad. Beaumier, 199). Il en est de même en France pour les églises : la centralisation, la disparition des quartiers en ont diminué le nombre.
(3) L'abatage du minaret de la mosquée d'Es-Sida présenta une série de difficultés. (Voy. Devoulx, Les édif. rel. de l'anc. Alger, in Rev, afr., xV ann., n" 66, nov. 1867, p. 453.)
ont pu contribuer, çà et là, à modifier cette fornoe. C'est
Nous aimerions mieux, sans y insister toutefois,' les rapprochements établis par M. Schwally entre les tours de guet, d'une part, et les clochers et minarets, de l'autre. Le mot w^y , marqab^ qui désignait ces tours en Orient, est employé ici dans Tarabe parlé, avec la Dron'onciation adoucie en mergueb, dans le sens de
e les ruines de Mançoûra, près ment frappé de l'analogie qui naret, à moitié détruit, et les ceinte de la ville, dont un grand bout et forment un ensemble tours de guet existent encore u milieu même des aggloméraîhors de toute enceinte fortifiée i dans certaines tribus du Rîf, i cpur attenante à chaque mailortent une haute tour en bois, lef de la famille veille, quand la î qui arrive le plus souvent (1).
dans quelques autres districts sur les limites des qçoût\ au des cultures, se dressent des >s sèches, de 10 à 12 mètres de le nom berbère d'ageddim. Du )nt en très grand nombre dans guet et on échange des coups lurès, avant notre arrivée, les de guerre perpétuel; chacun
' aussi une survivance de religion lonner par analogie, il arrive à voir le Sainte-Madeleine, le clitoris d'une source de la grotte, la représentation (Bérenger-Féraud, Superstitions et t de vue de leur origine et de leurs seq.).
nu, I, p. 52. eu p. 77-78, le minaret
aroc^ p. 214.