‹ Les mines d'étain de Pérak: (presqu'île de Malacca)Chapitre 21 sur 25 · SITUATION MINIÈRE DU BAS PERAK · texte numérisé non relu

SITUATION MINIÈRE DU BAS PERAK

Nous avons dit plus haut que la région du bas Pérak comprenait de nombreux districts, dont les noms, suivant Tusage malais, sont empruntés aux cours d'eau qui les arrosent.

Ces districts sont: Ouiou-Kinta, Trap, Pappan, Raya, Tedja, Kampar et Ghanderiong, qui appartiennent au bassin de la rivière Kinta, et les trois centres: Chemor, Janka et Klian-Barou, situés dans la région de Batang-Padang.

OuloU'Kinta. — Ainsi que son nom l'indique [oalou signifie la source d'une rivière), ce distiict occupe le bassin supérieur de Kinta, au nord de Penkalou-Pegou. C'est le plus étendu de tous; mais, vu son éloignement de la côte, il est en même temps le moins exploité, les mineurs chinois ayant préféré tirer parti tout d'abord des ressources qui leur étaient oflertes à proximité de la mer et du port d'embarquement. C'est une réserve pour l'avenir, et tout porte à croire que les richesses minérales qu'elle renferme ne le céderont en rien à celles de la partie inférieure du bassin.

En ce moment, les travaux principaux sont situés sur Soungi Pari et Soungi Chamar, au pied de la chaîne de Sengan , et occupent 66 Chinois; i'étain recueilli est d'excellente qualité et contient une forte proportion d'oxyde blanc très pur*

La rivière Kinta charrie elle-même une grande quantité de sable stannifère, que les riverains exploitent par un simple lavage dans le lit même du cours d'eau.

A Ipoh, un homme peut obtenir, en quelques heures de travail , jusqu'à i5 kattis (9^,375) de minerai, d'une valeur de i dollar 3o cents (6 fr. 5o cent). Mais ce labeur continuel dans l'eau est fort pénible, aussi est-il peu suivi.

District de Trap. — Le district de Trap, situé sur la rive droite, s'étend jusqu'aux collines qui séparent les deux bassins de Kinta et de Pérak; sa population minière comprend aoi Chinois et une centaine de Malais.

Vallée de Lahai. — La petite vallée de Lahat est située à 2 ki-

lomètres de la rivière de Kinta et à Touest de Penkalou-Pegou, l'ancienne capitale du sultan bmaïl. Elle est formée par de petites collines peu élevées qui sont les preniiers contreforts de la grande chaîne de Sengan ; ces émineoces sont : au nord, Tcbangkat Lahat; à Touest, Tchangkat Tchavvang, et au sud, Tchangkat Bitek.

La vallée doit son nom à un petit cours d'eau, Soungi Lahat, qui prend sa source dans les montagnes de Sengan, à Touest de Tchangkat Lahat. Deux autres ruisseaux, Anak-Ayer-Tchawang et Anak-Ayer-Bitek, prennent respectivement leur source aux collines du même nom et viennent se jeter dans Soungi Lahat; cette dernière rivière rejoint celle de Kinta à Penkalan-Katcha, après s'être déversée dans Soungi Katcha-Kitchil.

La forniation géologique de ce district est celle de toute la chaîne de Sengan et consiste en roches granitoïdes sillonnées par de nombreux filons de quartz qui renferment Tétain à Tétat d'oxyde brun mélangé aux variétés grises et blanches. Entre la colline de Lahat et Soungi Kinta, on remarque (coupe n" i, pL II) de nombreux affleurements d'un calcaire blanc, cristallin, saccharoïde , profondément altéré au contact des roches éruptives.

Les alluvions qui recouvrent le fond de la vallée sont légèrement argileuses, friables et d'un travail facile.

Quelques travaux furent entrepris, il y a quelques années, dans le petit vallon qui sépare Tchangkat Lahat du massif de Sengan. La plus importante de ces exploitations, dirigées par des Chinois, consistait en une ouverture carrée de i& mètres de côté et avait atteint une profondeur de 8'",8o ; mais on dut l'arrêter par suite de l'abondance des eaux et de l'impossibilité de les épuiser avec les moyens imparfaits dont disposaient les exploitants.

Le minerai d'étain fut trouvé dans toute l'épaisseur de la couche , mais en plus grande proportion dans la partie inférieure, où, prétendent les indigènes, se trouvait une couche mince de minerai presque pur. La producrion totale de cette excavation fut de 1 koyan (2,5oo kilogrammes) d'étain métallique, soit un rendement de i^,5oo par mètre cube, correspondant à une teneur moyenne de i p. o/o pour toute la tranche exploitée.

Eu somme, la production de la vallée s'annonçait dans des conditions tellement exceptionnelles que les indigènes se décidèrent à établir une route carrossable, qui est encore en excellent état.

reliant les mines à la rivière de Kinta. Les travaux prenaient chaque jour un développement plus considérable; les Chinois, encouragés par le sultan, arrivaient en grand nombre, mais, vu l'abondance des eaux au centre de la vallée, se contentaient d'exploiter le pied des collines.

Sur ces entrefaites, la guerre éclata et, comme partout ailleurs, arrêta net Tindustrie minière; le village de Penkalou-Pegou fut pris et complètement rasé, et le sultan Ismaïl, impliqué dans l'assassinat du résident Birch, fut exilé à Johore.

Aujourd'hui les Malais du voisinage s'occupent seuls à quelques recherches. A l'époque de notre visite, la saison pluvieuse avait arrêté leurs travaux, qui ne sont du reste que de petits travaux de surface; mais nous avons pu obtenir des échantillons de leurs minerais lavés, dont l'analyse a donné les chiffres suivants :

Élain 75.3o 73.80

Fer 6.80 9.30 ^

Silice, alumine, etc ^l'9^ 16.90

Ces minerais lavés sont les plus riches de tous ceux que nous avons recueillis dans le royaume de Pérak ; cette grande pureté tient, non seulement à la nature du gisement, dont les terres sont légères et d'un traitement mécanique facile, mais encore à la présence dans le minerai d'une forte proportion de la variété blanche d'oxyde d'étain, variété plus riche et plus pure que l'oxyde brun ordinaire.

En présence de pareils résultats, il serait à désirer que la vallée de Lahat reprît bientôt de son ancienne activité et qu'elle participât à la recrudescence de travail qui s'est produite dans son voisinage immédiat, à Pappan, où les nouvelles exploitations sont des plus prospères.

District de Pappan. — La vallée de Pappan est le centre le plus productif de ce district. Elle est formée parles dernières ramifications du massif de Sengan et présente une superficie très restreinte, sa longueur étant de 2 kilomètres sur i^°',5oo de large.

Jusqu'à présent la lisière seule a été exploitée, par suile des inondations périodiques de la partie centrale.

Treize mines sont en pleine exploitation et occupent 23d Chinois et une cinquantaine de Malais.

Klian Johan. — Klian^Johan est la plus considérable de toutes et atteint une profondeur de 17 mètres; c'est la mine la plus profonde de Pérak.

De même qu'à Lahat le minerai est disséminé dans toute l'épaisseur de l'alluvion , dont la composition géologique est une argile blanche, accidentellement colorée par des infiltrations ferrugineuses et empâtant des blocs et galets de granité de dimensions variables. La richesse du dépôt est considérable et s^accroit en proportion de la profondeur.

L'épuisement s'effectue au moyen des appareils chinois déjà décrits et le lavage se fait dans un long canal doublé de planches, fonctionnant comme une caiss^e ordinaire.

Une compagnie de Malais a entrepris des travaux de chaque côté de Klian Johan; ils ont atteint la même profondeur; mais, étant incapables par eux-mêmes d'établir une machine d'épuisement convenable, ils ont dû faire, avec leurs voisins plus industrieux, un contrat par lequel il leur est permis de détourner leurs eaux dans la mine des Chinois» à condition de payera ces derniers le dixième de la production totale de leur exploitation^

Le minerai est fondu sur les lieux, dans des fours sans soufflerie; mais la réduction se fait lentement. La consonmiation du combustible est de i pikoul de charbon de bois pour 1 pikoul de minerai. Onze fours sont en marche et produisent en moyenne do pikouls de métal en vingt-quatre heures.

La partie la plus riche du dépôt se trouve au milieu de la vallée, mais elle ne pourra être attaquée qu'autant que l'on aura établi . un système de drainage convenable.

Une route de 6*^,500 est en voie de construction et réliera bientôt le village de Pappan à Batou-Gadjah , petit port d'embarquement sur la rivière de Kinta.

Plusieurs autres mines de moindre importance sont exploitées dans cette région, surtout sur les rives de Soungi Trap, où lemi-

^ Klian, en malais-, signifie «miae».

nerai se trouve à Tétat de blocs souvent très volumineux, empâtés dans une argile bleue très compacte.

District de Raya. — Ce district, quoique le moins étendu de tous, est celui dont le rendement est le plus considérable, grâce à l'esprit aventureux et entreprenant du pangouloa ^ To-Damba, qui attire de nombreux mineurs chinois en leur avançant les sommes nécessaires à la mise en train de petites exploitations. La population industrielle s'élève à 602 Chinois et quelques Malais travaillant isolément pour leur propre compte. La plupart des travaux sont à proximité du cours d'eau, et les transports se font par bateaux.

District de Tedja. — Le centre le plus important est la vallée de Gopeng, dont la formation géologique est entièrement granitique, (coupe géologique n® 1, pi. II].

Gopeng. — Dans le haut de la vallée, le dépôt stannifère se rencontre à une profondeur de 2 à 3 mètres, sous une assise d'argile grise et jaune; sa puissance varie de 1 mètre à i",Âo, mais ne présente pas une richesse uniforme. Le minerai s'y trouve par poches ou par petits amas, dont quelques-uns sont très riches et d'une teneur supérieure à celle des meilleurs gisements de Larout.

Malheureusement l'étendue du terrain minier est très limitée et sera bientôt épuisée. Quatre compagnies de mineurs, comprenant i5o coolies, y sont encore occupées et font des bénélices considérables.

De nouvelles mines ont été ouvei tes à l'entrée de la vallée et sont en bonne voie de réussite. Le dépôt n'y est pas aussi riche que dans les parties plus hautes, mais il est beaucoup plus puissant.

Ce district de Gopeng occupe en ce moment de 700 à 800 mineurs, répartis dans 1 5 ou 16 exploitations. Le rendement est considérable et s'est élevé, pour la semaine du 3o janvier au 6 février 1881, époque de notre visite, à isopikouls (7,5oo kilogrammes) de métal.

Un poste militaire maintient un ordre parfait dans toute la circonscription.

' Chef de village ou de tribu. Titre donné à des chefs indigènes placés sous les ordres des fonctionnaires européens.

Les transports se font ainsi que nous l'avons dit à i*article transports. L'étain est expédié par éléphants à PenkalanBarou , sur Soungi Raya, et de là dirigé sur Dourian-Sebatang. Ce mode de transport sera prochainement remplacé par un système plus avantageux, dès que la route carrossable sera terminée entre Gopeng et Kotta-Barou , sur la rivière de Kinta. Cette dernière locdité est le chef-lieu de la région de Kinta et la résidence de Tadministrateur européen.

Plusieurs autres travaux de surface sont exécutés de fous côtés entre les collines qui séparent Gopeng de PenkalanBarou, et fournissent des produits de première qualité, dont la teneur atteint jusqu'à 70 p. 0/0.

Il est à remarquer du reste que les travaux de surface, connus sous le nom de lampang, donnent un minerai plus propre que les exploitations profondes. Cela tient sans doute à ce' que le sol de la surface, plus léger que le terrain profond, composé de quartz, de feldspath et d'argile, est par conséquent plus facile à éliminer par lavage. Une autre raison de celte propreté, c'est que, dans les travaux lampang, le minerai, au lieu d'être fondu sur place, doit être porté à des fonderies qui sont souvent fort éloignées. Il devient donc nécessaire de ne transporter qu'une matière riche et de procéder à un lavage plus complet.

District de Kampar, — Ce district est très vaste, mais a été peu exploité jusqu'à présent. Quelques Chinois ont conmiencé des travaux à Klian Gounong, où l'étain , entraîné de son gisement dans les granités voisins, est venu se déposer dans les fissures des terrains calcaires qui afSeurent de tous côtés (coupe n** i,pl. II).

Ici encore les indigènes exploitent les sables de la rivière Kampar et eu tirent de grands profits.

Klian Snoudong. — Dans le voisinage du Kampong^ Snoudong, situé au pied des contreforts du massif montagneux de Boujang- Malacca , les indigènes se livrent à une exploitation de surface qui est conduite d'après la méthode malaise et dont nous avons déjà parlé.

Ces travaux en carrière sont faits par les propriétaires de la mine ou par des indigènes étrangers au village qui obtiennent un permis

* Kcunpong signifie « village »..

d'eiploitatioD àcoDditioD de payer, suivant la richesse du gisement, le tiers, le sixième ou le douzième de la production nette.

Tout dernièrement un Chinois de Gopeng a ouvert de nouveaux travaux où il emploie trente coolies.

La population minière du district de Kampar s'élève à 76 âmes.

District de Chanderiong. — Cette circonscription est petite, mais produit un minerai de première qualité. La mine la plus importante est dans le voisinage de Kampong Naga-Barou.

La formation est entièrement granitique, et de grandes quantités de minerai se rencontrent à la surface même du sol. Les sables de la rivière sont aussi très riches et fournissent aux indigènes un travail rémunérateur, dont le produit atteint une moyenne de 70 cents (3 fr. 5o cent.) par jour et par homme. Quelques Malais s'occupent en outre à recueillir les minerais de surface, très répandus dans les petites gorges des derniers contreforts de Boujang- Malacca.

La seule mine importante du pays appartient à un Malais du Kampong, qui Ta louée à une compagnie de cinquante Chinois, moyennant une redevance d'un dixième de la production totale.

Le dépôt stannifère se trouve à une profondeur de 10 mètres, et, quoique n'ayant qu'une puissance de 60 centimètres à 1 mètre, donne des résultats supérieurs à ceux de toute autre partie de la contrée ; le terrain y est très friable et facile à travailler.

L'or s'y rencontre accidentellement par petites quantités, mais en proportion insuffisante pour justifier un lavage spécial; la teneur cependant augmente dans la direction de Batang-Padang.

Si l'on en juge par les blocs de minerai massif qui se trouvent fréquemment, non seulement dans le dépôt de l'alluvion, mais encore à la surface même du sol , il n'y a pas à douter que les filons dont ils proviennent ne doivent ofiTrir une puissance et un développement considérables dans toute cette portion du massif montagneux.

Des découvertes importantes se feront très probablement dans la vallée qui sépare Boujang-Malacca de la chaîne de Gounong Rajah.

Toutes les indications portent à croire qu'avant peu ce district de Chanderiong deviendra le centre de production le plus important de l'État de Pérak.

. District de Batang-Padang, — Les centres miniers de ce district sont situés au sud de Tapa, à 4 ou 5 kilomètres environ de la rivière, et sont au nombre de trois : Tchangkat Chemor, Jauka et Klian Barou.

Tchangkat Chemor. — - La formation géologique de Tchangkat Chemor consiste en une assise d^argile très puissante s^appuyant sur les taie -schistes et les granités qui constituent la base de la colline (coupe n"* i, pli II). La couche entière, jusqu'au sommet, qui s'élève à une hauteur de 3o à 35 mètres au-dessus de la plaine, est inipr^née de minerai d'étain provenant sans doute de la chaîne de Bidor, située à Test.

La présence de Tétain à cette altitude, et dans une couche faisant partie de la série des terrains de transport, a un intérêt tout particulier au point de vue géologique; elle prouve en effet que le soulèvement qui a donné naissance à cette colline appartient à une deuxième période, postérieure aux phénomènes plutoniques qui ont présidé à la formation des chaînes principales du pays.

Cette assise stannifère est exploitée dans toute son étendue et dans toute son épaisseur.

Les eaux de pluie sont utilisées pour le lavage du minerai et recueillies dans de petits réservoirs communiquant avec de nombreux fossés qui sillonnent en toqs sens la surface du soi. Le minerai, jeté dans ces canaux à mesure qu'il est extrait, s'y lave partiellement et subit ensuite un lavage définitif au plat ou dans des caisses.

Pendant la saison sèche, les matières sont portées au bas de la colline et traitées dans un canal dérivé de la rivière voisine.

Les Chinois travaillent par petites compagnies de huit à dix hommes. La population entière s'élève à 3oo coolies.

Tchangkat Janka. — Tchangkat Janka est situé au sud-est et à une petite distance de la mine précédente.

Les travaux exécutés au fond de la vdlée comprennent deux exploitations, qui occupent une centaine de mineurs. L'abondance des eaux a nécessité l'installation d'appareils d'épuisement

Dans l'une de ces mines, le dépôt d'étain se trouve à une profondeur de 3™,3o au-dessous de la surface et possède une puissance de i"*,5o à 2 mètres. Le terrain est friable, se travaille facilement

et donne de bons résultats. Le minerai lavé contient une proportion d'or variant de 3 à A houns^ par pikoui de minerai (de 42 à 5 7 grammes par tonne).

Dans la seconde mine, le dépôt stannifère est à 2 mètres de profondeur et repose sur un faux fond d'argile de 1*^,20 d'épaisseur, au-dessous duquel est une seconde couche minéralisée ayant une puissance de i™,20; l'assise totale exploitée atteint une profondeur de 5 mètres.

La première bande métallifère contient un peu d'étain, mais pas d'or, tandis que le dépôt inférieur est riche en minerai et renferme jusqu'à 6 houns de métal précieux par pikoui d'étain lavé.

Deux fours sans soufflerie fondent les produits.

Khan Barou. — A Klian Barou, quatre ou cinq petites exploitations occupent une centaine d'hommes et présentent la même formation géologique.

Le caractère le plus frappant de ce petit district est la plus grande proportion d'or associé à l'étain; la quantité s'élève à 2 chis^ par pikoal de minerai, soit 283^',84 par tonne.

Le métal précieux est porté à Dourian-Sebatang, où il est vendu aux orfèvres indigènes ou aux Chinois.

La production du district de Batang-Padang a été l'année dernière (1880) de 600 pikouls d'étain métallique.

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