‹ Les mines d'or du TransvaalChapitre 57 sur 80 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Nous avons, au cours de cet ouvrage, examiné successivement les hommes et les choses du Transvaal ; nous nous sommes attaché à décrire la constitution géologique du sol, l'allure des minerais d'or, la manière dont on les extrait de terre et dont on en retire le métal précieux ; de cette étude il sera, sans doute, resté, au lecteur, l'idée qu'une industrie puissante est née dans l'Afrique du Sud, qu'un effort énorme y est tenté avec beaucoup d'énergie, d'initiative, de hardiesse et de talent, que des capitaux considérables y sont engagés. Il reste maintenant à tirer la conclusion de cet ensemble de faits, à voir ce qu'a produit déjà et ce que peut produire encore, dans l'avenir, cette dépense colossale d'argent, de travail et d'intelligence.

Le territoire du Transvaal contient de très grandes quantités d'or, cela est certain, cela est admis; il s'y trouve beaucoup de mines qui ont brillamment prospéré, c'est également un fait incontestable ; mais l'ensemble tiendra-t-il les espérances démesurées, que l'on a conçues? Tant de millions, engagés dans ce pays lointain, n'auraient-ils pas mieux fait et plus sagement de rester en France? Enfin la somme de toutes ces entreprises ne donncrat-elle pas, comme il arrive trop souvent en matière de mines et surtout de mines d'or, malgré quelques succès isolés, plus de pertes que de bénéfices? Tels sont les problèmes que l'on doit se poser; et on ne peut le faire sans quelque anxiété, quand on voit, avec quelle

avidité imprudente, nombre de personnes que, ni leurs connaissances techniques, ni leur habitude des affaires, ni même, disons-le, leur situation de fortune, n'appelaient à s'occuper de mines exotiques, ont pris, au hasard, les titres quelconques, qui leur étaient présentés par les premiers venus.

Il est, avant tout, un point, sur lequel nous considérons comme très essentiel d'insister, pour qu'on ne puisse pas tirer de nos appréciations une conclusion contraire à notre pensée, c'est qu'une affaire de mine quelconque constitue, par sa nature même, un placement toujours plus ou moins aléatoire et à fonds perdus, un placement de luxe, dont le capital doit toujours disparaître assez rapidement avec Tépuisement de la mine * et dont le revenu est, pour une infinité de causes, toujours exposé à manquer.

Une entreprise de mines est, en outre, une affaire industrielle, chanceuse et délicate à apprécier, à laquelle on ne devrait rationnellement s'intéresser qu'en sachant au moins de quoi il s'agit et en ayant le moyen de suivre ce qui se passe.

Il est trop évident, en effet, qu'au Transvaal comme partout, on trouve mine et mine, concession et concession et, si des flibustiers, ayant profité de la vogue du pays pour lancer quelque compagnie à peu près imaginaire, ont trouvé des naïfs disposés à leur apporter leur argent, on ne peut vraiment pas rendre responsable de ces méfaits toute l'industrie sérieuse, qui n'y est pour rien, additionner le capital de ce genre d'entreprises avec celui des affaires honnêtes et répartissant, sur Tenscmble, tout le produit de cellesci, dire : « tout cela n'est que fantasmagorie; le revenu moyen du capital engagé est dérisoire. » Cette catégorie de sociétés, pour lesquelles les gisements miniers du Transvaal ne sont absolument qu'un prétexte, ne doit pas rationnellement entrer en ligne de compte dans l'estimation des résultats industriels de toute la région.

Quant aux sociétés, simplement malheureuses, qui, malgré une

* Au Transvaal, la durée probable des uiines dépasse rarement vingt ans; quand la propriété est plus grande, on la divise et on augmente la force des batteries de pilons. Comme les sociétés minières ne font par elles-mêmes aucun amortissement, c'est donc à Factionnaire à amortir lui-même son capital sur les dividendes.

gestion correcte, ont, néanmoins, périclité par ignorance, maladresse, excès d'audace, ou simplement sort contraire, elles existent, elles sont fréquentes en tout pays, on ne doit pas Toublier, et, comme il est souvent difficile au plus expert de les distinguer à première vue de celles auxquelles est réservée une brillante fortune, on doit prévoir leur existence et s'attendre à leur rencontre comme à une des nécessités presque inévitables de cette loterie, que forme, presque toujours, une recherche de mines.

Ces réserves faites, nous estimonsque le Witwatersrand présente, dans l'ensemble, par le développement actuel des travaux sur toute une longue zone de plus de 50 kilomètres, par la reconnaissance déjà très avancée des gisements, par la continuité approximative des minerais, par leurs facilités de traitement, surtout par le groupement et la cohésion de tant d'entreprises diverses, qui, n'ayant pas à lutter pour la vente de leurs produits, s'apportent un concours réciproque et par les conditions économiques qui en résultent (chemins de fer, exploitations de houille, grande ville avec toutes ses ressources, etc.), un caractère de sécurité relative et une possibilité de prévoir, dans une certaine mesure, les bénéfices futurs, qui représentent un fait remarquable en industrie minière.

Pour juger de ce qu'est le Witwatersrand, on n'a déjà plus besoin de se contenter d'hypothèses, il suffit de laisser parler les faits.

En ce moment, les mines du Transvaal occupent, nous l'avons dit, environ 35 000 noirs et blancs ^ Dans les mines en activité, chaque trimestre voit creuser plus de 25 kilomètres de ces tunnels horizontaux, qui sont les galeries de traçage et 8 kilomètres de ces tunnels inclinés, qui sont les descenderies et les puits, c'està-dire que le sol du Witwatersrand a été, dans les huit années pendant lesquelles a duré jusqu'ici cet extraordinaire travail des fourmis humaines, perforé (sans compter les chantiers d'abatage) par 450 à 500 kilomètres de galeries, de 2 mètres de large sur 2 mètres de haut, taillées en plein rocher, galeries qui, mises bout à bout, représenteront bientôt un tunnel continu de Paris à Lyon.

* La statistique suivante, qui nous parvient en cours d'impression, donne une idée

Actuellement, chaque mois qui s'écoule est représenté par une extraction de 270 à 280 000 tonnes de minerai, c'est-à-dire entre le quartette cinquième de notre extraction de houille dans tout le bassin du Nord et du Pas-de-Calais * et cette masse de rocher, broyée par 2 800 pilons, nuit et jour en marche, arrive à produire par mois 18 à 19 millions de francs (plus de 6 200 kilogrammes d'or, ou 200 000 onces).

Nous donnons, d'ailleurs, ci-joint (fig. 79 et 80) des graphiques, représentant la production aurifère mensuelle du Witwatersrand depuis l'origine et sa production annuelle, comparée à celle des autres grands pays aurifères du monde. Comme le montrent ces

du développement de la ville de Johannesburg, en 1895, par le détail des produits consommés et le mouvement commercial.

manua . —

Paillt; d'avoine — de

Orge

Paille pour litières.

— hachée . . .

Son

Seigle

Blé

Graines d'avoine .

Orge

Farine criblée . .

— non criblée. .

— seconde quai.

Farineux

Farine ordinaire .

Ua'i's

{boite»)

[balle*)

{êac*)

Œufs .

Poulets Canards

Etat libre d'Orange Hagaliesberg . . .

Potchefstrooni . .

Klerksdorp. . . .

Klip River ....

Krugersdorp .

Pretoria

Crocodile Kivor. .

Vaal River. . . .

Produits divers.

902 OIG

14dâ

Farine de maïs. . (sacs) Pommes de terre . —

Patates —

Oignons —

Choux —

Sel -

Noix ....... -

Haricots secs ... —

Pois secs —

Tabac haché ... — Rouleaux de tabac . . .

Sacs de farine

Citrouilles

Dletboka. . (Antilopes).

Springboks

Volailles et œufs.

Oies . .

Dindons

Sombre de wagons et provenances.

Marico. . .

Heidelberg.

Vcntersdorp Ruslenburg.

Lichtenburg Christiania .

Klein Letaba Zcerust . .

Total.

1 En 1895, le bassin du Pas-de-Calais a extrait 11,098,000 tonnes de houille, celui du Nord 5,041,000; au total 16,139,000.

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graphiques, en 1893, le Transvaal est devenu le premier pays producteur de Tor dans le monde entier, la production comparative ayant été la suivante * :

Transvaal = 76 936 kilos — 2 470 635 onces

États-Unis = 70 708 — = 2 273 580 —

Australie = 68811 — = 2212600 —

Russie = 38 875 — = 1 250 000 —

Autres pays = 55 917 — = 1798 000 —

Totaux. . . 311247 kilos = 10004815 onces

et la production totale d or dans le monde entier a été d'environ 15S0 000 000 francs.

En milliers de francs, la production du Transvaal a été la suivante de mois en mois depuis lorigine :

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