‹ Les mines d'or du TransvaalChapitre 72 sur 80 · BATTERIE · texte numérisé non relu

BATTERIE

donl

la conslruction

est décidée

broyer alors près de 6 millions de tonnes par an. En supposant que Ton réussisse à maintenir une teneur moyenne de 20 grammes d'or par tonne, malgré cette augmentation de la force des batte-

ries, qui amènera certainement à traiter des minerais de plus en plus pauvres, on arriverait à une production annuelle de 120000 kilos d'or. Si la teneur tombait à 17 p. 100, on extrairait encore 100 000 kilos.

Ce tableau ne tient pas compte de toutes les filiales des Rand Mines sur la première zone de deep levels (Crown deep, Langlaagte deep, Jumpers deep, Robinson deep, Nourse deep, Rose deep), qui doivent chacune avoir une batterie d'au moins 100 et môme probablement de 200 pilons ; parmi les filiales de TEast Rand, nous n'y avons fait également figurer que la New Comet pour 50 pilons ; enfin nous n'y avons nécessairement pas compris les très nombreuses compagnies, qui font actuellement des travaux de recherches et de prospection dans des zones entières du Rand. C'est en partant de ces données que M. Goldmann, comme résumé d'un ouvrage très détaillé sur toutes les mines du Transvaal, est arrivé à conclure que, dans cinq ou six ans, plus de 7 000 pilons fonctionneraient et donneraient une production de plus de 130 000 kilos d'or.

On est cependant obligé de prévoir que les difficultés croissantes, auxquelles on se heurtera pour recruter des mineurs noirs dans la proportion énorme qui correspondrait à de telles augmentations, retarderont, sans doute, la réalisation de ces espérances et, quant à la teneur moyenne apparente , elle a, ne l'oublions pas, toutes les chances pour diminuer fortement, par le fait même que les progrès industriels permettront de traiter des minerais de plus en plus pauvres. Le résultat final sera une augmentation dans la durée des mines et dans la richesse totale du pays : mais le résultat momentané sera, croyons-nous, une réduction sensible dans la quantité d'or que l'on s'attend à retirer du travail d'un nombre de pilons donné, c'est-à-dire du broyage d'une proportion déterminée du minerai.

A cette production d'or espérée quel est le bénéfice annuel qui correspondra? Jusqu'ici, depuis l'origine des travaux, la proportion des dividendes distribués à l'or produit a été (nous l'avons vu dans des tableaux précédents), en moyenne, de 22 p. 100 ; mais, par suite des progrès considérables réalisés dans cette industrie, on est arrivé, en 1895, à répartir, sous forme de dividendes, environ

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31 p. 100 de la valeur de Tor produit, ou, si l'on tient compte de certains dividendes d'origine anormale, comme celui de la BulFelsdoorn Estate, qui a été une simple répartition d'actif, environ 30 p. 100.

Cette répartition dépendra naturellement, dans l'avenir, de trois éléments distincts : 1^ teneur des minerais ; 2* prix de vente du produit, c'est-à-dire de l'or et 3° prix de revient de l'extraction.

l**En ce qui concerne la teneur, il est très vraisemblable, nous l'avons déjà remarqué, qu'il se produira une diminution progressive dans les rendements, — cela tout à fait indépendamment de la constitution géologique des gisements et bien que nous soyons porté à supposer, pour l'ensemble du Rand, la persistance des mômes conditions minéralogiques jus(ju'à de grandes profondeurs.

Pour préciser, nous considérons qu'en moyenne et sur toute la longueur du Rand, on pourra, par exemple *, au niveau de 600 mètres de profondeur, extraire la même quantité de minerai, à la même teneur, qu'au niveau de 300 mètres : ce qui suppose la constance géologique du gisement; mais, en outre de ces minerais riches, les mêmes dans les deux cas, plus on ira, plus on extraira, comme ccmiplément, des quantités de minerais pauvres, négligés au début et ce sont ces minerais pauvres, qui contribueront, en grande partie, à l'accroissement énorme d'extraction que l'on attend. D'une part, dans les mines déjà existantes, on abattra des minerais (tels que ceux du Main Reef), d'abord laissés de coté, comme sans valeur ; d'autre part, on exploite déjà — et l'on exploitera de plus en plus, si l'extraction se perfectionne encore — un grand nombre de mine^, que Ton avait abandonnées, dans les premiers temps, à cause de leur faible teneur.

A cette cause de diminution dans les rendements viendra, il fOst vrai, s'opposer, comme contre -partie, le perfectionnement nu>me du traitement, qui permettra peut-ôtre d'extraire 90 ou 92 p. 100 de l'or contenu au lieu de 80, notamment par l'utilisation des slimes ; mais la résultante finale n'en sera pas moins, à notre avis, une réduction de teneur.

*■ U est évident qu'il ne s'n^it là (pie de Tensemble et ciue, dans certains cas particuliers, on pourra avoir de grandes déceptions.

2*" Parler du prix de vente du produit, quand il s'agit de l'or, peut sembler, tout d'abord, un peu étrange. Chacun ne part-il pas de cette idée que l'or est une marchandise à valeur constante, étant la marchandise étalon et cette fixité assurée dans le prix, celte possibilité d'augmenter indéfiniment la production sans crainte de surcharger le marché commercial, ne sont-elles pas précisément une des causes, qui, industriellement, mettent les mines d'or si fort en faveur ? Il convient cependant de préciser et d'examiner quels pourraient être les effets d'une augmentation de la production d'or, tellement considérable qu'elle surpasserait, de beaucoup, les besoins. Nous verrons ensuite si une telle augmentation est réellement à craindre.

Supposons donc que la production d'or s'accroisse extraordinairement. Dans l'état actuel des choses et tant que les hôtels des monnaies des grandes nations européennes resteront ouverts à la frappe libre, on pourra échanger les lingots d'or, extraits des minerais, contre une môme somme de monnaie frappée à Testampille de ces nations et tirant, de cette estampille, une valeur conventionnelle, qui semblera pratiquement constante.

Mais, tout d'abord, en supposant même la continuation de la frappe libre, il peut arriver que l'or néanmoins baisse de valeur rohitivement aux objets de première nécessité, contre lesquels on l'échangera, que, dans les pays d'exportation, en Asie, en Amérique, la demande d'or vienne à faiblir et qu'il se produise, en un mot, pour l'or, ce qui a eu lieu, pour l'argent, à l'époque où l'on n'avait pas encore renoncé, presque partout, à s'en servir comme étalon monétaire, c'est-à-dire que, cette marchandise dépréciée n'étant plus suffisamment demandée, on était obligé d'en donner une quantité plus forte pour avoir, en échange, une môme quantité de blé, de coton, de laine, etc.

Le jour où la surproduction de l'or atteindrait ce point critique, on verrait la valeur de toutes choses augmenter, le prix de la vie enchérir et, en particulier, le prix de revient de l'extraction et <lu traitement des minerais d'or s'accroître, taudis que, d'autre part, par une conséquence économique d'un genre différent, les anciennes fortunes diminueraient et le taux du loyer des capitaux tendrait à s'abaisser.

C'est quelque chose de ce genre qui avait commencé à se produire en 1848, au moment de la découverte simultanée des grands placers d'Australie et de Californie et qui avait môme amené quelques banques à l'idée peu rationnelle de refuser dans leurs caisses Tor qu'on supposait alors devoir y arriver à flots. On sait comment ce premier âge d'or, au renouvellement duquel nous assistons aujourd'hui, a cessé vite et comment l'or a bientôt recommencé, de nouveau, à faire défaut.

Si ce phénomène de surproduction de Tor, que nous imaginons on ce moment, continuait à s'accentuer, on verrait, peut-ôtre, arriver pour l'or ce qui s'est passé, dans ces dernières années, pour l'argent, c'est-à-dire que, peu à peu, les hôtels des monnaies fermeraient leurs portes à ce métal surabondant et encombrant, qui alors ne trouverait plus do débouché que dans les arts industriels et que, par suite, la chute de son prix s'aggraverait précipitamment.

On peut, tout au moins, se demander si la surproduction d'or n'aurait pas, pour conséquence, de faire remonter le prix de l'argent, comme celui de toute autre marchandise payable en or et si l'on n'assisterait pas alors à un retour triomphant du métal blanc cher aux bimétallistes*, par suite, à une cause nouvelle de diminution dans la consommation de l'or.

De toiles éventualités, on le voit, si elles venaient > se réaliser, pourraient avoir, pour l'industrie des mines d'or, des conséquences très directes et très graves.

Voyons donc dans quelles mesures ces craintes peuvent être justifiées.

Il est, en premier lieu, un fait incontestable, c'est que la production d'or tend, depuis quelques années, a augmenter d'une façon étonnamment rapide : cela, non seulement dans l'Afrique du Sud, mais en Australie, aux Etals-Unis, etc.. De 160 000 kilos en 1888, on est passé à 234 000 en 1893 et 311 000 en 1895, c'est-àdire qu'en huit ans la production d'or du monde aura doublé. Sur ce, total, la meilleure part revient à l'Afrique du Sud, qui, de

» Nous ne pouvons songer ici à traiter, môme rapidement, cette question si complexe du bimétallisme. Nous avons eu l'occasion de résumer récemment nos idées à ce sujet dans un volume intitule VArf/ent (J.-B. Dailliëre, 1896;.

12 000 kilos, a passé à 77 000 ; mais les Etats-Unis ont également sauté de 50 000 à 70 000 et l' Australasie de 45 000 à 69 000.

Ce fait correspond à la remarquable expansion géographique, qui, depuis un quart de siècle, a mis les hlancs en possession de tant de terres ignorées ou peuplées par des races hostiles. 11 est également la conséquence des progrès réalisés dans les procédés chimiques, qui permettent aujourd'hui de traiter économiquement des quantités de minerais considérés jadis comme réfractaires et, dans ces deux ordres d'idées, il nous parait certain que le mouvement va s'accentuer pendant quelques années encore.

Cette époque d'énorme expansion est môme, pour le dire en passant; assez singulièrement choisie par les bimétallistes pour soutenir rancienne théorie, d'après laquelle un seul métal précieux, l'or, serait insuffisant pour les besoins monétaires des peuples, qui devraient, suivant eux, avoir nécessairement recours au double stock des deux métaux*.

Maintenant cette production d'or va-t-elle réellement dépasser de beaucoup les besoins (qui, actuellement, remarquons-le, lui sont encore supérieurs) ; sommes-nous appelés, après avoir souffert longtemps de la disette d'or, à subir une inondation de métal jaune, prenant la forme d'une calamité et ce déluge d'or peut-il être durable ?

Il convient, en premier lieu, de remarquer qu'une proportion d'or considérable, beaucoup plus grande qu'on ne le pense en général, passe aux emplois industriels. Nous avons fait ailleurs* le calcul approximatif de celte consommation et nous sommes arrivé à un minimum de 125 000 kilogrammes : ce qui explique comment, malgré les masses considérables d'or extraites du sol depuis cinquante ans, le stock monétaire a si faiblement augmenté. Ce débouché paraît, pour toutes sortes de causes spéciales et économiques, être appelé à s'accroître fortement par suite de la répartition plus générale de la richesse et de la démocratisation qui se produit pour le luxe, ainsi que par l'entrée en

* Nous ajouterons (jue, connue, de l'aveu de tous, le biniêlallisnie ne peut être qu'international, l'entente quil supposerait entre tous les peuples nous paraît destinée à rester, lon<;tcuips au moins, dans le pur domaine de la théorie.

« L\irffenL p. 336 à 338.

ligne de compte des peuples inférieurs ou déshérités, appelés à prendre part à la civilisation.

Il nous semble qu'on a un certain point de comparaison et d'appréciation, pour les emplois de l'or comme ornement, par ce qui se produit pour une autre substance précieuse, uniquement appliquée au luxe, le diamant. Le diamant, qui ne s'use pas, qui ne se perd pas, qui n'a que des utilisations pratiques extrêmement restreintes, trouve, chaque année, un débouché considérable de près de 500 kilogrammes, représentant une centaine de millions. L'or, qui, lui au moins, a des usages pratiques et qui possède, en outre, cet avantage inappréciable de pouvoir, à chaque moment^ (Hre converti en monnaie, a évidemment, de ce seul côté, un débouché considérable.

Mais, en dehors mi^me des emplois industriels, Tor trouve, dans la frappe des monnaies, un placement encore très important.

Il faut, en effet, remarquer que, si quelques pays, comme la France, TAngleterre, la Russie ou TAllcmagne, ont des stocks d'or notables, la plupart des autres pays en manquent et souffrent de ce défaut. 11 est vrai que ces pays auraient actuellement delà peine à se procurer de Tor, quand môme on en regorgerait ailleurs, parce que Tor, qui est craintif de sa nature, les évite avec grand soin : mais c'est là pour eux une question de mauvais régime financier et de gestion politique défectueuse, plutôt que de pauvreté; si des pays, comme le Portugal, la Grèce ou l'Italie, sont réduits au papier monnaie, c'est moins parce qu'ils sont peu prospères que parce qu'ils ont été peu honnôtes et parce que, en manquant à leurs engagements, ils ont, pour quelque temps du moins, ruiné ou affaibli leur crédit. Il dépend d'eux, dans une certaine mesure, de le rétablir.

En outre, les débouchés monétaires de l'or dans l'avenir sont liés à cette question capitale du bimétallisme, dont on ne peut s'abstenir complètement de parler ici et qui a le don de soulever tant de passions en sens contraire. Actuellement, l'argent a perdu singulièrement de terrain ; le fait qu'il est encore déprécié de moitié sur sa valeur théorique par rapport à l'or, tandis que la production de ce dernier s est accrue dans la proportion que nous avons vue, est assez caractéristique.

Nous croyons, à ce propos, que, sauf une accalmie qui va, sans doute, se produire pendant le grand essor du Wilwatersrand, de TOuest Américain et de l'Australie Occidentale, et qui, autant qu'on peut se hasarder en de si périlleuses prophéties, durera huit ou dix ans peut-être, cette chute est appelée à se continuer dans Tavenir, Tor devant géologiquement s'épuiser beaucoup plus vite que l'argent et il nous semble, dès lors, vraisemblable que le mono-métallisme or tendra à s'imposer, créant ainsi pour Tor des débouchés nouveaux, qui peuvent être considérables*.

D'ailleurs, ce développement si énorme de la production aurifère, nous semble, pour beaucoup de raisons techniques, devoir être un fait passager et, en résumé, tout en y prêtant Tattention qu'il convient, nous ne sommes pas très effrayé des conséquences définitives qu'il pourra avoir pour l'avenir des mines d'or du Witwatersrand ; car, s'il amène un certain relèvement du prix de revient en diminuant la valeur de l'or, ce relèvement a des chances pour être compensé par les progrès industriels à espérer dans le traitement.

La seule chose à laquelle on puisse et même doive s'attendre, croyons-nous, c'est qu'une certaine surproduction momentanée, venant d'ailleurs s'ajouter aux difficultés de recrutement de la main-d'œuvre, dont nous avons parlé plus haut, amènera peut-être à retarder certains projets de mise en valeur rapide, un peu trop grandioses et reculera, par suite, l'époque, où le maximum de production, attendu dans le Rand, sera réalisé. La conséquence serait une augmentation moins prompte qu'on ne le pensait dans l'intérêt servi par les capitaux engagés dans ces mines, mais aussi une prolongation de la durée du placement.

Enfin, en ce qui concerne le prix de revient, nous avons montré, plus haut% dans quelle mesure on pouvait en attendre la réduction et sur quels points particuliers pouvait porter ce progrès : recrutement mieux organisé des noirs et diminution du prix des denrées alimentaires, amenant une légère réduction des

ï En attendant, il est à remarquer que l'ouverture de la Chine aux Européens, résultat de leur défaite par les Japonais, y a déjà créé de grands besoins d'or.

« Pages 480 à 486.

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frais de main-d'œuvre ; suppression des taxes fiscales, qui grèvent la dynamite et la houille ; réduction des frais généraux par l'organisation des mines sur des terrains plus vastes et l'augmentation des batteries dans des proportions rationnelles ; perfectionnement dans les procédés de broyage et précipitation de Tor par Télectricité.

Arrivé à ce point de notre étude, il ne nous reste plus, croyonsnous, que deux questions à examiner : Combien de temps dureront les mines du Transvaal et quelle quantité d'or pourra-t-on en extraire en définitive?

La solution de la première question, c'est-à-dire la durée du Rand, dépend évidemment, avant tout, de l'activité avec laquelle on exploitera, du nombre de pilons qu'on établira, etc.

Pour mettre en valeur un gisement, il existe, au moins, deux manières différentes de procéder :

Suivant les uns, il importe, avant tout, de faire immédiatement le plus de bénéfices possibles, quand bien môme, en définitive, on devrait en obtenir moins au total. S'il existe, par exemple, deux couches de minerai. Tune riche, l'autre pauvre (quoique payante), il ne faut prendre que la riche : ce qui permet d'avoir un capital d'exploitation moindre à rétribuer, une batterie plus faible, des bénéfices par tonne plus considérables et, en un mol, de distribuer aussitôt des dividendes plus forts. Quant à la couche pauvre, on pourra y revenir plus tard, si on le veut ; à cette époque, on aura fait des progrès dans le traitement, qui le rendront plus économique; on aura amorti toutes les installations, etc.

Ce procédé, qui réserve tous les avantages aux actionnaires précédents en sacrifiant les actionnaires futurs, est souvent très apprécié dans les pays neufs, où des capitaux restreints exigent une rémunération rapide et sont pressés de passer ensuite à une autre affaire ; il a techniquement l'inconvénient de risquer l'inutilisation finale, la perte complète de ces minerais pauvres, qu'on pourrait parfois prendre, par des travaux connexes de ceux qui servent aux minerais riches, en laissant supporter à ceux-ci une partie des frais généraux et que, plus tard, quand il faudra revenir tout exprès dans des chantiers éboulés, on sera peut-être amené a abandonner. •

En m<^me temps, il correspond à l'idée d'avoir une petite batterie', où Ton passe seulement des minerais riches, choisis dans lamine et soigneusement tric^s au dehors : ce qui crée toujours le danger de manquer, à un moment donné, de ces minerais riches, d'amener ainsi un arrtH de la batterie, une panique chez les actionnaires, etc.

On peut, au contraire — et c'est assez la tendance actuelle dans le Rand, maintenant que les capitaux y sont plus abondants — chercher à prendre, à la fois, dans un môme étage de la mine, tous les minerais susceptibles de donner un bénéfice et les broyer dans de très fortes batteries, en passant des quantités de minerai aussi fortes que possible, de manière à répartir, sur un nombre maximum de tonnes, toutes les dépenses générales. On cherche alors à obtenir le même résultat que dans le premier cas, c'est-à-dire à donner à Tactionnaire actuel un fort dividende, par la quantité énorme des matières traitées (celles-ci étant, en moyenne, plus pauvres) et, en somme, il semble que, si Ton ne pousse pas les choses à l'exagération, si Ton ne construit pas (comme on Ta fait parfois) une batterie démesurée et hors de proportion avec la concession, dans le seul but de jeter de la poudre aux yeux ; si Ton ne broie pas, pour grossir sa production, des minerais, trop pauvres par euxmêmes pour couvrir ies frais de traitement (dans l'espoir fallacieux de regagner sur la quantité ce qu'on perd en détail)*, cette manière d'opérer est la plus rationnelle.

Dans les conditions d'exploitation, qui sont celles d'un pays comme le Transvaal, avec des capitaux relativement coûteux et que l'on attache justement une grande importance à rem-

1 D'une façou giMiérale, le nombre des pilons doit avoir une certaine proportion avec la teneur et l'étendue de la (^onipa^nie. Si la mine est trop petite pour se mettre à broyer tlu minerai pauvre, il ne faut pas trop de pilons pour ne pas aujfmenter trop les frais. Au C(»ntraire, si la concession est grande et qu'on veuille broyer du minerai pauvre, il faut que les frais de toute sorte soient répartis sur une productiou considérable et, par suite, que les pilons soient très nombreux.

2 Nous avons entendu souvent des Américains, à Johannesburg, se moquer du désir prédominant que semblent y avoir les ingénieurs anglais d'obtenir, non le plus de bénéfices, mais le plus d'or possible, dût même cet or être, en partie, extrait à perte. Le désir d'avoir de gros chiffres de production, qui correspond en partie au besoin de réclame, n'est certainement pas sans influence sur Thabitude bizarre de ctmipter les ])roductions en or brut (à 75, 80, 90 p. 100 d'or fin, sans spécifier), et la raison que l'on en a donnée, à savoir que le raffinage ne se fait pas au Transvaal, est assez mauvaise, puisqu'on y fait, tout au moifl^, l'analyse exacte des lingots.

bourscr vile sous forme de dividendes, étant donné aussi que la substance produite, Tor, n'est soumise à aucune restriction commerciale et passe pour avoir un marché illimité, il est facile de comprendre que Ton soit amené à exploiter avec une activité fébrile et à réduire à son minimum la vie des concessions.

En fait, on prend, presque toujours, ses dispositions, dans le Witwatersrand, pour avoir épuisé, en vingt ou vingt-cinq ans au plus, son champ d'activité et Ton cherche à développer, en conséquence, ses chantiers d'exploitation, ainsi que la force de sa batterie. Telle serait donc la durée extrême des mines déjà entamées, si Texécution intégrale d'un pareil plan n'amenait pas forcément, pour les prochaines années, à une telle demande de main-d'œuvre, que les populations noires seront, sans doute, impuissantes à y satisfaire et que les diverses mines, pour ne pas faire monter les salaires parla concurrence entre elles, seront peut-ôtre amenées à retarder raccomplisscment de leurs projets.

Pour les concessions de grande étendue, la nécessité de faire appel, dans de fortes proportions, aux capitaux, amène, en général, à ne développer que par tronçons, à ne flotter que successivement les parties de la propriété, de sorte qu'il restera encore, quelque temps, sur celles-ci, des parties non entamées, qui nécessairement demanderont quelques années de plus pour être épuisées. Comme chances de prolongement de l'industrie de Tor dans le pays, il faut compter, en outre, sur les zones plus profondes, encore non entamées et sur des couches plus pauvres, actuellement inexploitables, mais qui pourraient devenir rémunératrices avec un abaissement sensible du prix de revient, notamment le jour où, les couches plus riches étant épuisées, on pourrait leur appliquer tout le matériel, les installations, etc., créés et organisés pour celles-ci.

Quant à la seconde question, celle de la quantité d'or à extraire au total du pays, il est si hasardeux d y répondre et Ton a, en le faisant, des chances de se tromper dans de telles proportions que nous nous serions abstenu d'en parler, si une solution, môme approximative, n'intéressait pas aussi vivement les économistes. C'est à ce titre seul que nous nous aventurons dans des calculs.

dont nous sommes tout le premier à reconnaître le caractère éminemment hypothétique.

Etant donné qu'une profondeur verticale de 800 mètres correspond (pour une pente devenant de 20"*) à 1 430 mètres suivant l'inclinaison de la couche et 1 200 mètres à 2 330, M. Schmeisser, en 1894, a calculé qu'une longueur d'exploitations de 16 kilomètres suivant l'aftleurement, donnait, dans le premier cas, 22880000 mètres carrés de surface de filon ; dans le second, 37 600 000 mètres carrés.

Pour une épaisseur moyenne de i"\50(qui est celle réalisée en pratique, dans la plupart des mines, par suite des nécessités mêmes de Texploitation, et qui correspond à la teneur des minerais broyés), il en résulte, en comptant 2*^70 par mètre cube : dans un cas, 92 664 000 tonnes de minerai; dans l'autre, 152 280 000 tonnes.

En admettant une teneur moyenne de 21 grammes, M. Schmeisser est arrivé : dans le premier cas (jusqu'à 800 mètres), à 1 945 944 kilos d'or (dont 93 000 déjà extraits), soit 1852 944 kilos, ou 5 360 millions de francs; dans le second (jusqu'à 1 200 mètres), à 3 104 880 kilos, ou un peu plus de 9 milliards.

Un an auparavant, en 1893, M. Hamilton Smith avait calculé que, jusqu'à 915 mètres de profondeur, on extrairait du Rand 5 375 millions de francs.

Depuis que ces deux rapports ont été écrits, la mise en valeur du Rand a marché vite; des terrains, qui ne donnaient alors que des espérances, produisent aujourd'hui des résultats et, tandis que M. Schmeisser évaluait seulement la longueur des exploitations à 16 kilomètres, entre Langlaagte et New Primrose, on peut aujourd'hui en compter plus de 40, même en laissant de côté toute la zone comprise entre Crœsus et la Roodeport, dont l'exploitabilité n'est pas encore prouvée, mais en faisant intervenir, dans les calculs, des tron(;ons comme ceux du Champ d'Or, de Roodeport, de Modderfonlein à Kleinfontein ou de l'East Rand à Witwatersrand, Gilles travaux de mines fonctionnent, dès à présent, d'une façon suivie.

En gardant une partie des éléments du calcul de M. Schmeisser, et substituant seulement une longueur de 40 kilomètres à celle

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de 16, mais, d'autre part, réduisant, pour plus de sûreté, la teneur moyenne de 20 à 15 grammes, on trouve : jusqu'à une profondeur verticale de 800 mètres, plus de 10 milliards; jusqu'à 1000, qui semble bien la limite pratique, 13 milliards et demi, et, jusqu'à 1 200, environ 17 milliards*.

Ces chiffres ne représenient évidemment qu'une très grossière approximation et supposent, en particulier, d'une façon assez aventureuse, la persistance des exploitations jusqu'à de très grandes profondeurs avec continuation d'une môme teneur, sans réduction moyenne de plus d'un quart sur la teneur de tous les minerais. Mais, par contre, nous n'y avons fait entrer pour rien les districts entiers d'HeidelbergetduNigel, de Klerksdoorp et de Potchefstroom, ni la longue zone de Randfontein aux West Rand Mines et au Champ d'Or, ni toutes les couches secondaires, telles que le Black-Reef, le Kimberley-Reef, etc.

Nous avons essayé de faire le calcul, par une méthode absolument différente, en partant des évaluations, relativement exactes, de quelques concessions et multipliant le total obtenu, dans le rapport de la longueur totale du Rand à celle de ces concessions suivant la direction des couches : nous sommes arrivé ainsi à 13 ou 14 milliards.

Enfin, si nous remarquons qu'un claim, avec une pente moyenne de 22'' et une épaisseur de 1™,S0, contient 21 000 tonnes de minerai, soit, pour une teneur de 15 grammes, 315 kilogrammes d'or, on peut évaluer approximativement à 15 000 claims la superficie des concessions du Rand déjà existantes et paraissant devoir être pratiquement exploitables dans la plus grande partie de leur étendue : ce qui, en les supposant tout entières exploitées, produirait 4 725 000 kilogrammes d'or, ou plus de 14 milliards.

Tout récemment, MM. Hatch et Chalmers ont calculé que, sur

' Nous supposons là seulement une teneur de 15 grammes, pour tenir compte des zones pauvres qui peuvent se rencontrer dans la grande étendue de terrain sur laquelle nous raisonnons ici.

En réalité, la teneur moyenne, résultant de tous les broyages en décembre 1895, a été de 20i<%5 au lieu de 21 , supposés par M. Schmeisser. Cette difrérence de I /2 granmic sur la teneur moyenne correspond, avec des calculs portant sur des masses aussi énormes, à 600 millions jusqu'à une profondeur de 800 mètres, et i milliard jusqu'à 1 200 mètres. C'est assez mettre en évidence, par un exemple très simple, quelle confiance très minime on peut avoir dans les calculs du genre de celui auquel nous nous livrons ici.

o26 LES MINES D'OR DU TRANSVAAL

la partie centrale de 43 kilomètres de long, entre Roodepoort et Driefontein. il pouvait y avoir 14 milliards 300 millions et n milliards et demi sur la longueur totale du Rand.

Quelques mois nous suffiront pour conclure.

Le Transvaal possède, dès à présent, une grande industrie minière et cette industrie paraît appelé®, si les troubles politiques, suscités par l'élément anglais et spéculateur, n'interrompent pas son essor, à se développer encore dans des proportions considérables. Elle peut, et doit, en même temps, perdre ce caractère d'agiotage, qui est presque inhérent à toute nouveauté en fait de mines et répudier toutes ces combinaisons financières, trop adroites, qui lui ont nui, jusqu'ici, auprès de bien des esprits prudents. Dans le Witwatersrand, tout au moins, les joueurs ne sont vraiment plus à leur place et les amateurs d'opérations compliquées, à gros bénéfices tirés de la poche des actionnaires, sentent déjà qu'ils n'ont plus qu'à se retirer promptement pour laisser la place libre aux travailleurs sérieux, mineurs et métallurgistes, qui, de plus en plus, prennent possession du pays. Par le fait même que les gisements sont en général bien reconnus, et donnent une sécurité relative, il n'est plus guère de gros lots extraordinaires à y obtenir dans une loterie déjà en grande partie tirée; la possibilité de ces gros lots, — avec les chances de tout perdre, qui en sont la conséquence forcée — on les trouvera aujourd'hui, si on le désire, dans les prolongements du Rand à l'Est et à l'Ouest, dans les districts nouveaux, sur lesquels on commence à se précipiter, etc. Il y a vraiment quelque naïveté ou quelque fatuité, dans une époque où tout se sait, en un instant, d'un bout du monde à l'autre, à croire découvrir, quelque part, une source de fortune assurée sans aucun danger de perte ; ces trésors enfouis, décelés par un coup de baguette magique, sont rares en notre temps de prose et qui dit chances de bénéfices énormes dit, par cela même, neuf fois sur dix, grands risques. Mais il nous semble faire déjà la part très large au Witwatersrand, par rapport à la plupart des autres districts miniers, en estimant que beaucoup d'entreprioos de ce pays, si on sait les choisir avec discernement et si on a le moyen d'en contrôler la gestion, doivent encore offrir aux personnes patientes et pouvant momentanément se passer d'une par-

LE PUÉSEiNT ET L'AVE.Mrt DU WlTWATIiliSUAND 527

lie de leur revenu, des placements relativement sûrs et fort rémunérateurs.

Cette grande importance économique, que le Transvaal a déjà prise et celle encore plus notable qu'il paraît appelé à acquérir d'ici quelques années ont, nécessairement, pour résultat la création d'un débouché sérieux pour le commerce et Tindustrie des pays capables de fournir à l'Afrique du Sud les marchandises qu'elle n'est pas encore en état de fabriquer; on nous pardonnera d'indiquer, en terminant, ce côté de notre sujet, que nous n'avons pas eu à aborder précédemment. Jusqu'ici, l'Angleterre et l'Amérique ont, presque seules, pris possession de ce marché ; ce sont ces deux pays qui ont fourni, par exemple, les quantités énormes de machines*, dont on a eu besoin pour les mines; et le commerce de Johannesburg appartient, presque tout entier, à des succursales de maisons anglaises. Dansées derniers temps cependant, les groupes allemands qui se sont beaucoup développés au Transvaal et y ont pris la direction de certaines mines, ont su y introduire la machinerie allemande et l'on voit maintenant figurer le nom de Krupp à côté de ceux de Fraser et Chalmers, ou Sandycrofl; il serait grand temps que nos compatriotes vinssent revendiquer, à côté d'eux, la place qui leur est légitimement due. En même temps, notre colonie de Madagascar, pays essentiellement agricole, peut alimenter le Transvaal de ses produits. Mais il ne faut pas se dissimuler que l'on se trouvera en présence de certaines difficultés, dont la plus évidente est qu'on arrive maintenant, non dans un pays tout à fait neuf, ouvert au premier venu, mais dans un pays, déjà conquis en grande partie et qu'il est nécessaire de reconquérir par une concurrence heureuse.

1 Nous parlons ici spécialement des machines, parce (|iic la compétence nous man- (pierait véritablement uu peu trop pour traiter des autres genres de commerce. Néanmoins le voyageur le plus ignorant de ces sortes de choses ne peut manquer d'être frappé par ce fait qu'il y a là un pays à peu près neuf, obligé de faire absolument tout venir du dehors, où Ton s'enrichit vite, où l'on demande beaucoup de confort et, par suite, où l'on dépense l'argent sans compter : c'est-à-dire un terrain admirablement préparé pour le commerce.

La Société du commerce Sud africain, qui se constitue, au moment où nous imprimons ces lignes, sous le patronage de la Banque française de l'Afrique du Sud et avec l'appui d'une maison habituée de longue date au conmierce d'exportation, parait appelée à profiter, dans une larg£ mesure, de l'état de choses que nous signalons.

o28 LES MLNES D'OR DU TRANSVAAL

Un autre point à consid(5rer, c*est que, si Ton veut envoyer des machines au Transvaal et les faire arriver sans accrocs et sans retards excessifs, il est absolument nécessaire d'éviter les compagnies de navigation anglaises, qui feront tout au monde pour évincer les rivaux de leurs compatriotes.

La ligne de Delagoa Bay, outre qu'elle comprend un trajet de chemin de fer beaucoup plus court et sur lequel les droits de douane transvaaliens sont considérablement réduits, est absolument indiquée comme indépendante des possessions anglaises et cette position de Delagoa Bay, a, par suite^, pour Tavenir de la France dans l'Afrique du Sud, à Madagascar comme au Transvaal, une telle importance que notre gouvernement, il faut Tespérer, saurait intervenir le jour où l'Angleterre essaierait, par la force ou par l'argent, de s'en emparer.

Ce sont là des difficultés, dont la solution ne dépend pas de la volonté de l'industriel et du commerçant ; mais il en est d'autres auxquelles il peut parer, et il sera, sans doute, utile, à ce propos, de résumer certains desiderata, qu'on nous a souvent formulés, dans les pays du monde les plus divers, notamment au point de vue de la machinerie, qui est demandée actuellement par le Transvaal et peut probablement y fournir de grands bénéfices.

C'est ainsi que, pour les directeurs des mines du Rand, souvent d'une capacité technique un peu secondaire, les grandes maisons de construction américaines présentent cet avantage énorme qu'avec elles on n'a à s'occuper de rien dans l'installation. On désire établir un moulin complet de 100 pilons, il suffit d'écrire un bref télégramme, en se référant au besoin à des catalogues très détaillés; la maison envoie et fait monter tout le matériel correspondant, depuis la machine d'extraction jusqu'aux frue vanners et autres appareils de préparation mécanique, le tout sur des modèles connus d'avance, depuis longtemps expérimentés dans le Rand, dont les ouvriers ont déjà l'habitude et dont la pratique n'exige aucun effort ni aucune recherche nouvelle. Si le minerai présente une difficulté de traitement, c'est la maison de construction qui se charge de l'étudier ; si une pièce casse, immédiatement elle peut en expédier d'autres.

Dans un pays où l'on est toujours pressé, cette considération

qu'on n*a pas à attendre est énorme. Il paraît donc désirable que, si des Français veulent placer leur machinerie au Transvaal — et nous n'avons pas besoin de dire qu'elle lutterait, en général, fort avantageusement pour la qualité avec celle fabriquée dans les autres pays — ils sachent se conformer à ces habitudes, c'est-à-dire qu'ils acceptent des modèles déjà connus et adoptés sans chercher à imposer les leurs et tiennent compte de la légitime impatience des industriels en évitant tout formalisme.

En résumé, au moment où la France fait, avec raison, de si grands sacrifices pour s'assurer, à tous les coins du monde, ce qu'on peut appeler des provisions de colonies, nécessaires à son expansion, à sa vie môme dans Tavenir, l'Afrique du Sud nous en offre une, saine, riche et féconde, qui ne nous coûte rien et nous est ouverte, à nous comme à tous les hommes de bonne volonté ; nous assistons peut-ôtre, un siècle plus tard, sur une échelle moindre, au recommencement des Etats-Unis d'Amérique et cela sur ce continent africain, où nos intérêts, de tous les côtés, sont déjà tellement considérables ; il est vraiment désirable que notre pays sache en profiter et nous espérons qu'il y réussira.

TRAXSVAAL.

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