‹ Les mines et usines en 1889Chapitre 2 sur 199 · PARTIE DOCUMENTAIRE · texte numérisé non relu

PARTIE DOCUMENTAIRE

Voyons d'abord les plans ; ils sont particulièrement remarqués. Signalons en premier lieu le plan du fameux sondage qui a sauvé les mines de Lens d*un immense péril.

Iteclierelie «l'un puiis intérieur |mr aoiifliase .

On se souvient que dans une recherche par puits intérieur,

ayant touché le calcaire carbonifère, c'est-à-dire le fond do

la cuvette du bassin houiller, une bowette de recherche avait

buté contre une faille. Une venue d'eau progressive et consi-

I dérable s'était déclarée, et tous les travaux des étages supé-

I rieurs s'étaient trouvés noyés; la mine avait dû être aban-

1 donnée tlaute de moyens suffisants d'épuisement. Il aurait fallu

pouvoir à temps couler, au fond de ce puits intérieur, un

i>éten destim't û aveugler la venue des eaux inférieures, mais

Taccès de ce puits était rendu impossible par renyahissement des eaux? Aoandonner la mine jusquà rachèvement de la construction d'une machine d'épuisement était impossible. C'est alors qu'intervint le plan de M. Reumauji oui restera comme un exemple d'inspiration audacieuse et de science profonde.

Le raccordement des travaux du fond avec les plans de la surface avait eu lieu avec une telle exactitude millimétrique que le géomètre, M. Laurons, put désigner sur le terrain, au jour, le point de centre précis, oii Ion pouvait pratiquer un trou de sonde vertical afin d'aboutir dans l'axe du puits intérieur, et cela, après avoir traversé tous les morts-terrains et une partie du terrain houiller exploité. Cela paraissait un rêve, une gageure. Il fallait, en outre, pour remplir le programme, faire sauter une partie du moellonnage du puits intérieur après l'avoir atteint par le trou de sonde, au milieu de l'eau, de façon à ce que le bétonnage s'appliquât hermétiquement contre le terrain vierge des parois et déterminât ainsi une étanchéité parfaite.

Ce programme tout fantastique qu'il paraisse, a été rempli ponctuellement. Le trou de sonde pratiqué au point indiqué, traversa tout le terrain supérieur en ne subissant, on le constata après coup, qu'une légère déviation dans une petite faille. Il tomba sur une des molettes du plafond du puits, la brisa, puis le trépan descendit librement dans l'axe du puits intérieur jusqu au carbonifère! On fit sauter alors à la dynamite un peu au-dessus de la bowette de recherche, au fond, le mœllonnage du puits et l'on coula rationnellement le béton et le ciment qui firent prise et aveuglèrent les sources : On épuisa ensuite les eaux et l'ingénieur en chef rentra victorieux dans kl mine sauvée.

Le succès couronna donc l'exécution de ce travail, si remarquable qu'il a fixé l'attention du monde entier des ingénieurs. Jamais en effet, il n'a été plus clairement démontré quel intérêt immense s'attache à la bonne tenue des plans de mines et de surface. L'avenir tout entier d'une exploitation peut en dépendre comme on le voit. La Commission des récompenses n'hésitera pas à souligner, j'en suis sûr, d'une façon ^u'il lui appartient de déterminer, l'exemple si frappant donné a toutes les mines par la société de Lens.

Coupes iNmoramique*

Ce n'est pas tout ; si le service des plans peut avoir une grande influence sur la solution de nombreuses difficultés que présente l'exécution même des travaux intérieurs, ce service peut seul guider les recherches géologiques des couches. Mais comment rendre compréhensible et parlant aux yeux même peu exercés, les allures capricieuses ou compliquées des couches et des accidents de terrain i

Les reliefs peuvent donner une idée d'ensemble des gîtes. Les plans par coupe verticale et horizontale permettent de se rendiv compte très laborieusement des accidents, et encore faut-il être exercé pour les lire à première vue, mais en réalité on n'a

pas encore trouvé le moyen, je le répète, de parler aux yeux en même temps qu'à Tesprit mathématique et géométrique. C'est ce qu'a essayé de faire avec un succès (jui nie semble avoir dépassé toute attente, le service des géomètres de la compagnie de Lens, dans des coupes horizontales panoramiques.

Après le plan du serrement exécuté au fond de la mine de Douvrin il nous faut examiner en effet une grande coupe panoramique de la région méridionale de la concession des mines de Lens, suivant un plan horizontal k 170 mètres au-dessous du niveau de la mer.

Volel le principe de ce travail absolument scientifique et figuratif:

Les terrains stériles entre les veines (grès, schistes), sont supposés enlevés : chaque veine teintée possède sa couleur propre distincte de la voisine supérieure et inférieure. Il est clair que si les veines étaient strictement verticales ou strictement horizontales, elles seraient dans le premier cas représentées uniquement par des traits plus ou moins épais, selon la puissance, et, dans le second cas, par une seule teinte plate uniforme. Mais, dans la nature, ces circonstances n'arrivent iamais et les veines sont toujours plus ou moins inclinées dans des sens divers. Il suit de là, que sur le plan panoramique, deux couches parallèles et inclinées seront représentées: l'inférieure, bleue, par exemple, par une bande bleue; la supérieure, rose, par une teinte rose qui s'étendra jusqu'aux points ou elle sera elle-même recouverte par une troisième couche supérieure, et ainsi de suite.

Si Ton imagine, en outre, de mettre sur les bandes plus ou moins irrégulières qui représentent une portion de couche inclinée, des courbes de niveau de 5 en 5 mètres ou de 10 en 10 mètres, on se rendra parfaitement compte des variations d'inclinaison et d'allure de ladite couche en ses différents points : on la verra, pour ainsi dire, onduler parmi les autres, s'aplatir, se redresser, reparaître, etc.

Ënân si l'on figure les failles comme les couches mais en noir, on aura une image très parlante des intersections de ces failles avec les plans des couches. 11 sera donc possible d'un seul coup d'œil sur un même plan de se rendre compte de l'allure et de la relation entre elles d'un grand nomore de veines.

La coupe panoramique que nous offt*e la société, ne représente pas moins de 37 couches coupées par d'innombraoles l^illes s'entrecroisant, se rejetant, amenant dans mille positions diverses les mêmes séries de veines brisées, déplacées, mais toujours classées et coloriées.

On peut donc suivre une couche donnée, dans toute l'étendue de la concession par la couleur de ses lambeaux, on peut se rendre compte de l'accident qui l'a rejeté dans telle ou telle direction, de son inclinaison, et de ses relations avec les couches voisines, etc.

On le voit, ce genre de coupe est appelé à rendre de précieux services par les renseignements multiples qu'elle peut donner sur une seule feuille. Elle remplace bleu des plans et

bien des coupes verticales qui ne donnent des indications que juste au point oii elles passent.

Mais au fait, les coupes panoramiques yerticales pourraient rendre également de grands services, et une mine serait absolument pnoto^aphiée avec une demi-douzaine de coupes panoramiques horizontales et verticales.

La Société des Mines de Lens réalisera certainement un jour ce desideratum.

Ûpmimmmur des eovelics*

Après cette belle œuvre géométrique vient, en allant toujours de droite à gauche, un tableau donnant Tépaisseur des terrains et Tordre de superposition des couches de houilles reconnues à Lens aux puits n** 1, 2, S, 4, 5, 8, etc. L épaisseur de ces terrains est de 97'7'",40.

Ils contiennent 47 veines a^ant ensemble une épaisseur totale de 48'',41 de houille, soit une moyenne de 1 mètre d'épaisseur environ par veine; cela constitue, on le voit, une richesse assez coquette.

Coupes Yertiealea du bassin*

La coupe verticale des couches de houille exploitées par la Société aux puits n** 2 et S, à l'échelle de 0.002 par mètre, occupe en longueur un espace de plusieurs mètres au-dessus de la cimaise.

Ce dessin, avec celui que nous allons décrire, est un des mieux traités qui existent à l'Exposition. Le soin et le détail en sont exquis. C'est fait à la loupe comme un chef-d'œuvre de patience. Gloire aux dessinateurs de ces deux coupes.

La coupe transversale hypothétique du bassin houiller du Pas-de-Calais au droit de la concession de Lens (Echelle, au 4,000*), est un document tout à fait précieux. On y voit, comme toujours, d'un côté, à gauche, le dépôt houiller inférieur s'étalant sur une berge peu inclinée ; puis, ledit dépôt augmente d'épaisseur et les couches nouvelles et supérieures paraissent aux affleurements à mesure que Ton se rapproche du centre tandis que celles qui affleuraient plongent. A l'autre extrémité de la cuvette, l'épaisseur est maxima, 1,000 mètres environ. Enfin, le bassin se termine par une falaise brusque, un à pic profond plus ou moins vertical quand il n'est ^as, comme c'est le cas, renversé sur le terrain houiller lui-même. De sorte que les terrains inférieurs carbonifères devoniens semblent avoir été formés après la houille.

Mais c'est un simple paradoxe géologique, dont le célèbre géologue M. G«sBelet et après lui M. Olrv, l'éminent ingénieur du bassin pendant si longtemps, ont donné une explication devenue classique.

Couske Dussouich.

Ensuite vient une très belle étude panoramique de la veine

Dussouich, la plus importante actuellement de la concession. Son étude $^e poursuit jusqu*à la fameuse faille du centre,ainsi nommée, comme on le sait, parce qu'elle partage en deux longues bandes le bassin bouiller en passant pour ainsi dire par son l^randaxe. La veine Dussouich n'a guère été exploitée surplus du tiers de sa surface. C'est une des principales richesses de la concession de Lens. Son épaisseur moyenne est de 1"*,50. Elle est exploitée par les puits rv* 1, 2, 3, 4, 5, 8 et 9. Les parties hachées représentent les dépilages et les parties noires les portions vierges. On observe au sud-ouest de la concession un grand quadrilatère de terrain houiller renversé sous lequel la couche Dussouich est à une profondeur inconnue.

Les principaux travaux de la surface, canaux, routes, villages, chemins de fer, sont indiqués et ne surchargent nullement la coupe. En résumé, c'est un beau et bon travail.

Ikimgrmmkwne

Le diagramme de la production des mines de Lens commence en 1853-54, époque à laquelle on ne faisait pas 5,00<) tonnes par le puits n" 1. Puis arrive la production du n" 2 en 1863-1864 et tout à coup Tannée suivante apparaît le n* 4, qui de suite donne à peu près la moitié de la production, qui s'élève à 250,000 tonnes. On marche à pas de géant comme on le voit. En 1874, le puits n** 6 entre en lice et il y a là un effort considérable qui porte Textraction au-dessus de 700,000 tonnes.

Le puits n» 5 no se met à donner qu'en 1877, après un petit ralentissement, et dès lors la progression est continue et rapide jusqu'en 1883-84 où avec les débuts du puits n» 7, on dépasse 1,200,000 tonnes î Enfin, à partirde 1886, le puits n*8 commence à donner son appoint et Ton atteint le maximum, près de

On le voit, c'est une ascension continue, je ne dirai pas verti-

fineuse, car rien n'est plus raisonné et mieux conduit que affaire de Lens au point de vue scientifique et commercial. C'est ce qui explique la progression continue dans le quo non ascendam de la production de ces mines. Quand on a la science et le commerce alliés et marchant d'accord, quels résultats ne peut-on pas attendre d'une affaire dont les richesses naturelles existent!

Aussi disons-nous sans crainte d'être démentis par les faits : à 1,500,000 tonnes pour l'année du Centenaire !

ftièffcs n"** 9 et autre».

Le panneau de face que nous venons de décrire se termine par une étude de la disposition des puits jumeaux, guidages et recettes du siège n» 7, jusciu'à l'étage de 222 mètres. C'est le dernier mot du progrès et de la simplicité. Le puits cle gauche contient les échelles qui aboutissent à la recette inférieure.

J'ai oublié un plan situé au-dessus de la coupe panoraîni(|ue et qui représente la section suivant un plan horizontal cb's 12 puits (le la Société des mines de Lens, avec la dispositiDU

(les cages, de guides, du cuvelage et de la maçonnerie. Pour riiistoire des mines de Lens, disons que les puits sont :

Puits n' 1 Sainte-Elisabeth, creusement en 1882

» 2 Grand-Condé i 1857

» 3 Saint-Amé » 1859

» 6 Saint- Alfred » 1859

» 3 bis Saint-Amé > 1881

» 4 Saint-Louis » 1862

1 5 Saint-Antoine » 1813

» 1 Saint-Léonard » 1879

1 7 bis Saint-Léonard » 1879

» 8 Saint-Auguste » 1883

1 8 bis Saint-Auguste » 1883

> 9 Saint-Théodore » 1885

Pton dv ImimA» koalller du PMi-dc-Calai».

Le panneau de retour plus petit contient des documents intéressants quoique moins importants.

C'est d'abord le plan général du bassin du Pas-de-Calais avec ses concessions qui sont, en allant de droite à gauche, c'està-dire de Testa l'ouest — TEscarpelle touchant Aniche (Nord) et au sud Courcelles-les-Lens — Ostricourt et au sud Dourges et Drocourt. — Carvin au nord et au sud la grande concession de Courrières — Meurchin, Annœulin, Douvrin, petite concession et au sud Lens qui occupe le centre même du bassin ayant encore au-dessous d'elle Liévin, puis à la suite, Bully-Grenay qui occupe toute la largeur du bassin. A gauche encore, Béthune et Nœux et en suivant Vendin et Bruay, Maries, Ferfay, Auchyau-Bois et Fléchinelle sur la languette terminale du bassin houiller.

Tel est Toixire de succession des 21 concessions du Pas-de- Calais.

Plan de surface de la eoneesaian.

Le plan de surface de la concession de Lens à l'échelle de un 1000« est d'une netteté parfaite etdate du 1" mai 1889. On y voit que la superficie de la concession de Lens est de 6,239 hectares, celle de Douvrin de 700 hectares 32 ares soit un total de 6,939 hectares 32 ares soit environ 7 kilomètres carrés. On le voit, il y a de l'avenir sous cette surface non explorée encore dans toutes ses parties.

Allure anormale des eaueltes

Une série de coupes indiquant des allures singulières de gisement et des dérangements remarquables termine la série des plans géométriques. On y voit les rapports de la veine Alfred et Beaumont, Beaumont restant horizontal à peu près etAlft^ed occupant en lambeaux détachés à peu près tous les horizons au-dessus de Beaumont comme si cette couche se fut échouée

par morceaux flottants dans toutes les positions au-dessus de Beaumont. Puis il .v a des failles anormales des doublages de veine, des rebrou ssements, des crochons, des dressants, des plissements d'une même couche les uns sur les autres comme une feuille de papier repliée sur elle-même, etc.; etc.

Il y a enfin des veines traversées par le puits n* 8 qui sont subuivisées en sillons' iiTéguliers, sépaivs par des bancs shisteux. Bref, l'ensemble de ces accidents donne une singulière autorité à la théorie de M. Fayol sur la formation de la houille

AlliVBift de plans

Une série d*Albums préparés par Texcellent bureau d'études âe la Société des mines de Lens, donne avec les plans du matériel exposé toute la série des études qui ont servi à la construction et à la mise en exploitation de la fosse n* 7 située à Wingles.

Photograpliie»

Signalons en terminant une série de 12 photographies représentant les principaux puits de la Compagnie, installation et rivage.

Ce sont :

1* Ensemble du siège n*" 6, des bâtiments du siège d'extraction : 2» ensemble des bâtiments d'extraction du siège n" 7 et de la cité ouvrière; 3" quai d'embarquement et rivage; 4* ensemble des bâtiments du siège d'extraction ; 5» ensemble des bâtiments du siège d'extraction n' 5 et carreau ; 6" ensemble des bâtiments du siège n» 4 ; 7" ensemble des sièges d'extraction n» 3, n» 2, n" 1 ; 8» Intérieur de l'atelier de triage ; 9" vue générale des ateliers et bureaux.

Il est intéressant de connaître — puisque nous voulons fixer par ces notes, l'étape de 1889, aux mines de Lens — la force productive de chacun des puits de la Compagnie depuis son creusement.

totale

Production depuis création Siège n« 1 (Ste Elisabeth,' 1 puits 3,187,516 tonnes n* 2 (Gd Condé) 1 puits 3,856,189 » n<> 3 (St. Amé) 2 puits 3,417,554 » n« 4 (St. Louis) 1 puits 4,281,912 » n» 5 (St. Antoine) 1 puits 3,023,615 » n« 6 (St. Alft-ed) 1 puits 957,718 . n« 7 (St. Léonard) 2 puits ^58,656 » n» 8 (St. Auguste) 2 puits 182,827 » n** 9 en préparation .

Total 19.615.987 ^

Lo rivage, c'est-à-dire la gare (reau a embarqué à elle seule depuis 1873, date de sa création, 5.487, 153 tonnes.

Tel est le résumé de tous les travaux graphiques exposés par la Compagnie de Lens. Rien ne pouvait donner une idée plus nette de sa haute importance (fans la production nationale. Nous allons examiner maintenant les installations exposées et nous terminei'ons par un aperçu général de l'avenir de cette Société.

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