HISTORIQUE ET DOCUMENTS
La société anonyme des Forges et Aciéries du Nord et de TEst a été fondée le 16 avril 1881 au capital de douze millions de francs. Son siège social est 3, rue u'Antin, à Paris et son siège commercial à Valenciennes (Nord).
I^s établissements sont divisés en deux groupes :
Premier groupe t Mines de Chavigny et Hauts-Four'fieaux de JarviUe^ près Nancy. — Trois concessions de mines de fer d'une superlicie totale de 990 hectares sur les territoires de Chavigny, Houdemont, Lavaux et Nancy (Meurthe-et-Moselle) composent ce groupe.
Mine de Chavigny
La mine de Chavigny est seule en exploitation et fournit 300,000 tonnes de minerai, d'une teneur de 34 0/0 de fer d'une composition chimique des plus régulières. C'est la base de la richesse de la Compagnie et ce chiffre de 300^000 tonnes en dit plus que tous les commentaires. C'est le minerai qui est exposé dans le pylône que nous avons décrit en premier lieu.
La formation est superposée aux marnes et grès supraliasiques et se présente avec la coupe moyenne suivante ; 1"50 CoucBE supÉRiEURB TiOTi exploitable, fer 22 0/0. 1-50 Roche marneuse.
1"50 CoucHB MOYBNNE : 0'"40 gros banc, 0"*10 carreau, 0»10 havage, 0"»30 rouge.
2"20 Couche inférieure : 0"80 bon, 0"20 très bon havage, 0™30 mauvais, 0"»40 bon, (niveau des eaux), 0""20 mauvais, 0"30 bon.
Marnes et grès supraliasiques .
La couche moyenne, oii Texploitatioft est la plus développée, présente une régularité d'inclinaison et de puissance remarquables.
Le tahleau suivant donne l'analyse moyenne du minerai des deux couches exploitables :
CoQcbe moyenne Conehe inférieorc
Silice 10.10 0/0 14.50 0/0
Alumine 5.00 » 6.25 »
Chaux 8.50 > 6.00 »
Magnésie 1.00 » 0.75 »
Fer métallique 34.00 * 31.00 »
Acide phosphorique. 1.80 > 1.60 »
La concession est traversée, perpendiculairement au plan des failles, par une galerie principale de roulage, de laquelle partent des galeries latérales allant aux chantiers d'exploitation. 11 y a actuellement 14 kilomètres de galeries dans cette mine.
La galerie de roulage débouche sur le flanc du coteau à 90 mètres au-dessus du niveau des voies du garage de Ludres, appartenant à la Société. Ce raccordement a été créé en pleine voie
de la lipnfîe du chemin de fer de Nancy à Vézelise pour la formation des trains de minerais.
Hauts- f ourneaiir, — La Société possède à Jarville, près de Nancy, quatre hauts fourneaux en deux installations, couvrant une superficie de quinze hectares, distantes Tune de l'autre d'un kilomètre à peine, situées toutes deux le long du canal (le la Marne au Rhin et sur chacune de ses rives. Devant chaque usine se trouvent des quais largement établis permettant le déchargement facile des cokes, qui arrivent par bateaux, et le chargement des fontes destinées aux approvisionnements des usines de Valenciennes ou vendues au commerce.
L'usine, en aval, située à l'extrémité du village de Jarville, comprend les hauts-fourneaux n** 1 et 2. Elle est raccordée avec la ligne de Nancy à Strasbourg, que le chemin de fer de Ludres rejoint à Jarville.
C'est par ces voies terrées que lui arrive le minerai de Ch a Vigny.
L'usine, en amont, à l'entrée de Jarville, en venant de Nancy, comprend les hauts-fourneaux n"3 et 4. Elleest reliée au chemin de fer de Ceinture de Nancy, lequel se raccorde avec la ligne de Vézelise; c'est par là qu'elle reçoit également le minerai de Chavigny.
Ce minerai alimente quatre hauts-fourneaux situés à Jarville, près Nancy, en deux installations distantes de un kilomètre à peine. Ces*^ hauts-fourneaux sont placés sur le canal de la Marne au Rhin, le long duquel sont établis des quais et garages, et sont reliés par raccordements avec la mine et le réseau de la Compagnie des chemins de fer de l'Est.
Les dimensions des divers fourneaux sont les suivantes :
E.P.noU H.F.n'S. H.F.n«»3. H.F.i.«»4
Hauteur 15m, 50
Diamètre au creuset . 2m,00
Id. au ventre . . 6m ,00
Id. au gueulard . 4m,00
Capacité 230m/"'
Ces quatre Hauts-Fourneaux travaillent à gueulard ouvert ; ils sont alimentés par des élévateurs, établis dans des tours en maçonnerie, activés par des machines à vapeur.
Chacun de ces quatre Hauts Fourneaux possède sa machine soufflante verticale du type de la Société Cockerill de Seraing (Belgique). Deux de ces machines développent HO chevaux et peuvent produire chacune 100 tonnes de fontes blanches d'affinage; les deux autres développent chacune 180 chevaux et peuvent suffire à la production de 150 tonnes des mêmes fontes par machine.
Les appareils à air chaud des Hauts-Fourneaux n*' 1 et 2 sont des appareils en fonte système Detombay. Il y a trois appareils par fourneaux pour amener la température de l'air à 500».
Le Haut-Fourneau n» S est muni|de quatre appareils à air
nm,oo
chaud en fonte, système à pistolets, qui chauffent aussi Tair à 500».
IjO Haut-Fourneau n* 4, de construction moderne, est entouré de quatre appareils Cowper- Siemens, ayant 7 mètres de diamètre et 18m,50 de hauteur; ils permettent d'amener rair à 750».
Chacun des Hauts-Fourneaux n" 1 et 2 peut produire régulièrement, par 24 heures, '75 tonnes de fonte olanche d*altinage, le Haut-Fourneau n» 3 produit 85 tonnes et le Haut- Fourneau n» 4, 100 tonnes des mêmes fontes.
Ils peuvent produire annuellement 100,000 tonnes de fontes
de qualités diverses : fontes de moulage, fontes d*afflnage et
fontes Thomas. Ces dernières, produites avec addition de mi-
. nerai manganésifcre, servent à la fabrication de Tacier par le
procédé Bessemer basique de MM. Thomas et Gilciirist.
Ces hauts-fourneaux consom ment annuellement 100,000 tonnes de coke environ.
Ils utilisent 1,150 chevaux- vapeur.
Les mines et les hauts- fourneaux occupent 600 ouvriers dont les salaires annuels s élèvent à 750,000 francs. On le voit, c*est un des établissements qui, ayant la matière première, fabriquant admirablement, est appelé au plus grand avenir.
Des institutions ouvrières, une cité ouvrière, une caisse de secours pour les ouvriers malades ou blessés» une société de consommation fondée par les ouvriers, indiquent suffisamment ciu'aux aciéries du Nord et de TEst les questions vitales, c'està-dire les questions sociales sont l'objet des préoccupations des administrateurs.
Dea&ièine s^^up^ * Fonderies, Forges et Aciéries de Valenciennes (Nord). — Les Fonderies, Forges et Aciéries de Valenciennes sont situées, sur un terrain de 30 hectares, aux confins des territoires de Valenciennes et Trith-Saint-Léger, entre l'Escaut et la ligne de Valenciennes au Cateau à droite et la ligne de Valenciennes à Aulnoye à gauche, sur un dévelop-
Sement de près de deux kilomètres. La surface couverte est e plus de 60,000 mètres carrés.
Voici de quoi se composent ces immenses ateliers :
Les aciéries sont outillées pour produire annuellement 60,000 tonnes d'acier par leurs convertisseurs et par leur four Martin-Siemens.
Des marteaux-pilons de 15, 10 et 3 1/2 tonnes sont destinés au martelage des lingots pour blooms, rondelles pour bandages, lopins pour essieux.
Un laminoir pour la fabrication des bandages, en acier, sans soudure pour roues de wagons, locomotives, tenders, etc.
Une machine réversible de la force de 5,000 chevaux actionnant un train pouvant produire des rails des profils les plus lourds à grandes longueurs.
Des ateliers pour le parachèvement des rails, les essais à la traction et à la flexion, l'entretien et les réparations du matériel des usines.
Deux fonderies de fer pour les cylindres et toutes les pièces en fonte, acier et bronze nécessaires à l'entretien des machines.
Une fabrique de fer contenant 28 fours àpuddler, marteaux-
Silons et trains ébaucheurs pouvant produire par jour 100 tonnes e fer brut de toutes qualités.
Des forges contenant 12 fours à réchauffer, 4 trains de laminoirs pouvant produire annuellement 50,000 tonnes de fer de tous profils.
La Société possède en outre et exploite dans la commune de Trlth-Salnt-Lécer une forge fondée en 1823, établie, sur une superficie de 7 hectares, sur un bras de TEscaut. Elle est outillée de 15 fours à puddler, marteaux-pilons, trains ébaucheurs, 5 fours à réchauffer, 3 trains de laminoirs pour produire annuellement 12,000 tonnes de fer fini de petits profils : cornières, fers marchands, feuillards, fers à vitrage, etc.
Toutes ces usines sont actionnées par 66 machines et moteurs représentant 10,000 chevaux- vapeurs; 6 locomotives font le service intérieur.
La consommation annuelle de ce groupe est de 112,000 tonnes de coke, 100,000 tonnes de charbon, 150,000 tonnes de fonte!
Le nombre des ouvriers y est de 1500. Les salaires payés s'élèvent à 2,300,000 fr. par an.
IiMtitutioiui en f aireur dn perMonnel
La Société, par le travail de ses diverses usines, procure des moyens d'existence à plus de 6.000 personnes; elle s'est constamment préoccupée du sort de ses ouvriers pour Taméliorer dans la mesure du possible. Nous donnons ci-dessous quelques indications sur les diverses institutions créées dans ce but.
Cité ouvrière. — La Société possède à Chavigny, dans les environs de la mine, à Jarville auprès des hauts-fourneaux et à proximité des laminoirs du pont de Trith, de nombreuses haoltations louées, dans des conditions avantageuses, aux ouvriers et employés de ces établissements.
L'installation des établissements forges, fonderies et aciéries de création plus récente, a engagé la Société à construire une Cité ouvrière importante, oii Ton compte à ce jour 120 habitations. Pour l'organisation de ces usines, il a fallu recruter un peu partout au fur et à mesure du développement et des besoins, les ouvriers de capacités et d'aptitudes spéciales, et, pour les loger, construire des habitations dans le voisinage. C'est ainsi que s'est formée l'agglomération dite : « Le Poirier », qui compte aujourd'hui 1.200 habitants et forme un des principaux quartiers de la commune de Trith-Saint-Léger.
Cette Cité ouvrière comprend trois sortes d'habitations :
1« Logements d'ouvriers;
2' Logements de contremaître;
8" Maisons d'ingénieurs et de chefs de service.
Les logements d'ouvriers sont groupés par quatre dans le même corps de bâtiment. Chaque logement comprend : une cuisine et une salle à manger, au rez-de-chaussée; deux chambres à coucher au-dessus, cave et grenier, un jardinet à côté et un jardin derrière du trois ares, pour un loyer mensuel de 12 fr. 50. La construction d'un groupe de quatre habitations coûte 10,000 fr*
Le terrain sur lequel chaque groupe est construit et les jardins qui en dépendent valent 1.200 fr.
La Société prenant à sa charge Tentretien très onéreux de ces bâtiments ainsi que les contributions, ne retire guère que 3 0/0 des capitaux engagés dans rétablissement de ces hauitations.
Les logements de contremaîtres et employés sont groupés par deux et comprennent chacun une cuisine et une salle à manger au rez-de-chaussée, trois chambres à coucher à Tétage, une mansarde, cave, grenier, 200 mètres carrés de jardin pour un loyer mensuel de 20 francs Ces maisons ont coûté 10.000 fr.
Les maisons des ingénieurs et chefs de service, élevées au milieu de jardins de 15 ares, comprennent, au rez-de-chaussée : vestibule , salle à manger, salon, bureau , cuisine et buanderie ; à l'étage, un cabinet de toilette, quatre chambres à coucher; mansarde, grenier et cave.
La Société a, en outre, fait construire et organiser un vaste hôtel, pour fournir, aux meilleures conditions possibles la nourriture et le logement, aux contremaîtres, employés et ouvriers sans famille dans le pays.
Caisse de secours. — Une caisse de secours a été formée pour venir en aide aux ouvriers malades ou blessés des établissements du groupe de TEst et de ceux du groupe du Nord.
Elle est formée par une retenue de 2 0/0 sur les salaires.
Cette caisse donne droit aux soins médicaux et pharmaceutiques, à une indemnité de moitié de la journée en cas de blessures et du quart de la journée en cas de maladie.
Voici la situation de cette caisse de secours :
Produit des cotisations annuelles 61.000 »
Frais du service médical et pharmaceutique 13.000 »
Secours payés 59.000 »
Le déficit annuel de cette caisse, qui est d'environ ll,0OD francs, est comblé par la Société des Forges et Aciéries.
Fonds de secours spécial, — La Société a constitué, par des prélèvements annuels sur ses bénéfices d'exploitation, un fonds de secours spécial destiné à perpétuer la mémoire dun de ses fondateurs et le premier président de son Conseil d'administration, M. Eugène Dnelere, sénateur, ancien président du Conseil des Ministres.
Ce fonds de secours, dont la Société seule dispose à son gré, pour venir en aide à ses ouvriei s et employés, dans certains cas particuliers, s'élève actuellement à la somme de 45,000 francs.
Accidents, — La Société avait assuré tout son personnel contre les accidents ; mais, depuis trois ans elle a résilié cette assurance ; la manière dont les Compagnies traitent les accidentés, en leur faisant épuiser toutes les juridictions, avant
de les indemniser, étant en désaccord avec les sentiments d*humanité dont les chefs d'usines sont toujours animés envers leur personnel 1
La Société a constitué sa caisse d'assurance et elle est devenue son propre assureur.
Elle traite, sur des bases très larges, directement avec ses ouvriers, pour la réparation des infirmités permanentes qu'ils contractent à son service.
Société coopérative!. — En 1884, la Société a contribué, par ses conseils et son appui à la formation d'une Société coopérative de consommation. Cette Société coopérative a été constituée par le personnel des usines; elle est administrée uniquement car ce personnel et les bénéfices qu'elle produit sont partagés intégralement, entre tous les consommateurs, au prorata de leurs achats.
La construction de la cité du Poirier, à proximité des Forges et Aciéries de Valenciennes, entraînait avec elle, naturellement, la création d'autres institutions nécessaires au bien-être moral et matériel de la population.
Ecole. — Une école, qui compte maintenant 80 élèves, a été ouverte par la Société pour donner aux enfants du Poirier, qui ne peuvent aller à l'école communale deTrith Saint-Léger, située a 2 kilomètres, l'instruction qui leur est nécessaire.
Chaque hiver, un des employés de la Société y fait des cours d'adultes, pour les jeunes ouvriers des usines.
Les institutions de Prévoyance n'ont pas été négligées..
Caisse d'Epargne. — Sous Tinspiration de la Société, une Caisse d'Epargne a été ouverte au magasin de la Société Coopérative, pour porter ses clients à l'économie.
Cette Caisse d'Ej^argne' paie 50/0 d'intérêts aux fonds déposés. Du 1" janvier 1885 au 31 décembre 1888, elle a reçu 27,000 francs appartenant à 176 déposants.
Société « l'Economie ouvrière ». — Cest aussi sous son inspiration et avec son appui qua été fondée, le !•' avril 1885, une association, du genre de < la Fourmi », dans le but d'acheter des valeurs à lots, dont le capital et les intérêts sont • partagés au prorata des versements. Ces versements sont uniformément fixés à cinq francs par mois et par livret.
Le capital économisé par cette Société s'élevait, au t*' avril 1889, à 42.000 francs appartenant à 192 participants.
L'ensemble des économies réalisées en pleine crise industrielle, durant les quatre dernères années, par un personnel, peu habitué à l'épargne, est de 125,000 francs, dont :
56,000 francs réalisés par la Société de consommation (capital et réserve) ;
27,000 IVancs par la caisse d'épargne ;
42,000 francs par « l'économie ouvrière ».
Sociétés d'agrément. — Citons pour mémoire des Sociétés d'agréments là Li/re otcvrtVre, les excursionnistes, etc.
USINES DU NOflD aOB