CE QUE CHERCHAIT LA JEUNE VEUVE
Voici donc un nouveau septembre, Le quarantiènne que je vois.
Et revoici donc que les bois Ont mis leur robe couleur d'ambre. Coiffé de pampres, Fructidor Pique une tête dans la tonne Va voici revenir l'automne, Tout vermeil en sa chape dur!
•Sous l<j fourré, dans la clairière, Ceint de cuir et de cuir boit*'.
Voici qu'à sa férocité L"lioniine va redonner carrière, Lt, lanceur de plombs malfaisants A travers tout le voisinage, S'en va refaire un grand carnage De lapereaux et de faisans!...
Affreux saint Hubert, que de crimes Ln ton nom ne commet-on pas !
*\K QIIK Cil K H CM. AIT I..V .IHUNK VKIIVK '.j^:
f^oiir moi, je ne trouva d'appas, Dieu merci ! qu'à la cliasse aux rimes. Aussi, dès le premier rayon.
Je sors, et, traversant la plaine, Me jette au bois, tout d'une haleine.
N'ayant pour arme qu'un crayon ; Kt, pendant que la troupe énorme Des Nemrods passe loin de moi Avec ses braques en émoi, J'écris ce conte sous un oi-me.
J'en suis moi-même le héros.
Pour une fois qu'on le tolère.
Et, dût la chose vous déplaire, Le mot final en sera yros.
C'est Tan dernier, quand la nature
Se drapait d'un jaune manteau,
Comme à présent, qu'en un château,
J'eus cette galante aventure.
Plus charmante que les neuf sn-urs,
La dame du lieu, jeune veuve
En veuvage encor toute neuve,
M'avait, avec quelques chasseurs.
Convié pour une semaine ;
Et comptez quexemptsdc; chagrin,
Nous menions tous un joli train
Dans l'enceinte de ce domaine.
" Eh ! quoi. Messieurs ! » me direz-vous
" Autour du deuil de cette femme
Vous meniez ce train ? C'est infâme !
Il fallait que vous fussiez fous ! »
En matière de paillardise.
Jeune veuve est reine, dit-on ; Et la nôtre donnait le ton, Que voulez-vous que je vous dise ?
Et, ma foi ! jamais je ne vis Une plus maligne femelle.
Certe, il n'en était pas comme elle Pour aimer les joyeux devis.
Brantôme eût baisé sa chaussure, Tant les propos quelle tenait Etaient aptes, je le dis net.
A vous échauffer la fressure.
Aussi, lorsque sur le cadran L'aiguille avait dépassé douze, Dans lestime de son épouse Chaque hôte remontait d'un cran ; Car, à cette heure consacrée, Chacun, avec conviction, Au lit, mettait en action La morale de la soirée.
Seul en ma chambre, ce pendant, Et pressé de désirs sans nombre, Je ne voyais pas même une ombre A me mettre dessous la dent.
Et, dans ma rageuse tristesse.
Je pensais qu'en sa chambre aussi
CE QUE CHERCHAIT LA JEUNE VEI vv .{25
Toute seule, de mon souci
Devait pâtir la bonne hôtesse.
Or, si rude était mon ennui
De ce chef que, de guerre lasse,
Je soTigeais à quitter la place,
Lorsque, la quatrième nuit.
Je crus (et le diable m'emporte
Si j'attendais révénement !)
Je crus ouïr le frôlement
De quelqu'un derrière ma porte...
Et je me disais : « Qu'est-ce là? »
F]t, déjà, sentais la souffrance
Que cause une fausse espérance,
Quand le bruit se renouvela.
Alors, dans la sommaire mise
D'un homme qui sort de ses draps,
Et, par suite, sans embarras
Je vous le confesse, en chemise.
Je fis tomber le luqueteau,
Et (pareil plaisir Dieu vous fasse !)
Je me vis, soudain, face à face
Avec la dame du château !
D'un léger peignoir de dentelle Emergeaient — oiseaux blancs — ses sein: Qui pointaient leurs becs assassins...
« Bonsoir, cher Monsieur, » me dit-elle. Et, moi, j'allais à son bonsoir Répondre en toute courtoisie,
e6 LES MINUTES LIBERTINES
( Kiand il lui prit la fantaisie,
Inexplicable, desasseoir
Sur le parquet baigné de lune.
Fa. sans plus se déconcerter,
Elle parut en inspecter
Les lamelles Tune après Tune.
Ce que voyant, je restais coi,
Car cela tenait du prodige.
Rnfin : « Que ctierchez-vous ? » lui dis-je.
« Eh ! je clie:rclie vous savez quoi ! o
Fit-elle. Et, me tendant la perche,
Elle ajouta, riant tout bas :
f Mon cher, vous ne voudriez pas
Avoir perdu ce que je cherche I -
Ah ! certes, jamais je ne vis Une plus maligne femelle.
Certe, il n'en était pas comme elle Pour aimer les joyeux devis !
A qui reste célibataire Echoit le paradis sur terre :
Ici-bas, pour lui tout est miel.
A qui, d'autre part, se marie Echoit le paradis au ciel :
Ici-bas, pour lui tout est fiel, Diablerie et tracasserie.
Hommes, c'est è vous de choisir Usant de votre libre arbitre.
Ou du devoir ou du plaisir ; Et, sans assembler de chapitre.
C'est affaire à vous de savoir Si plaisir vaut mieux que devoir Et si vous avez plus envie Et si le désir plus vous mord Du paradis après la mort Que du paradis dans la vie.
J'estimerais, pour en finir.
LE.S MINUTKi? LIBERTINES
(^ue courirvaut moins que tenir.
C'est à quoi le bon sens convie,
J'en suis très d'accord. Et, pourtant,
Moi, qui vais ici discutant
En faveur du célibataire,
Je suis, jo n'en fais pas mystère,
Un juge mal approprié,
Puisquau célibat réfraclaire,
J'ai perdu, métant marié,
Mon lot de paradis sur terre.
Et c'est ainsi qu'aux opinions
Que nous professons, mes chers frères.
Nos actes, souvent, sont contraires.
Que sert que nous nous en plaignions?
i^our et Contre, de même taille,
Se querellent sur nos genoux;
Toujours deux hommes sont en nous.
Hélas I qui se livrent bataille 1
Et c'est le bon et le mauvais.
Donc, à qui nous consulte, en somme,
Il faut repondre : « Faites comme
Je di.<, et non comme je fais. »
Mais voici trop de bavardage.
Ne le poussons pas davantage.
L'important est qu'il ma conduit A cette liistoire d'aujourd'hui.
A la veille de prendre femme, Un gardon, comme il est banal,
S'en fut au confessionnal,
Et dit : « Mon cher Père, en infâme
Je viens à votre tribunal ;
Mais je m'en vais, quoi qu'il m'en coûte.
Vous avouer tous mes péchés. »
Le curé dit : « Je vous écoute.
Parlez, mon fils, et dépéchez. »
— « En votre clémence j'espère, »
Reprit, alors, le pénitent.
« Tout d'abord, apprenez, mon Père... ■'
Sur ce, le curé, l'arrêtant.
Lui dit : « Pardon, j'ai pour principe
De demander, à cet instant,
Au pauvre pécheur repentant
Dans quel genre il s'estime un type. »
— « Mon Dieu, je suis un type, hélas !
Dans le genre. . . » — <• x\llons \ d — u De Faublas ! »
Fit en rougissant le jeune homme.
« Parfait ! Il suffit qu'on me nomme
Ce chevalier dénaturé
Pour qu'aussitôt, » dit le curé,
« Devant ma mémoire s'évoque
Tout un passé d'amours malsains;
Et, lors, je sais sous quels larcins
Votre conscience suffoque;
Et je vois d'ici les essaims
De malheureuses jouvencelles
Et de femmes ou non pucelles
Victimes de vos noirs desseins
Et de vos projets assassins !...
Vous sentez, à présent, je pense,
Que ma méthode me dispense
D'entendre en sa dimension
Toute votre confession?
Depuis que vous fûtes en âge
D'aimer, vous vous êtes livré
Tout entier au libertinage.
Est-ce vrai ? » — « Mon Père, c'est vrai.
— .' Chaque fois que dans un ménage
En ami vous êtes entré,
Du séducteur le plus madré
Vous jouâtes le personnage.
Possédant en totalité
Cette enivrante liberté,
Cette liberté tant exquise
D'aller, venir à votre guise;
N'ayant, raisonnables ou fous,
De comptes à rendre qu'à vous ;
Et jouissant — disons-le vite
Pour épuiser la question —
De la douce condition
Où tout au plaisir vous invite,
Où rien contre vous ne combat.
J'ai dit celle du célibat,
Vous menâtes une existence
Dont la vision, à distance,
Me met tout sens dessus dessous !
Mais, mon fils, je vous en absous.
Si vous en avez repentance.
Dès lors que vous y renoncez,
Inutile que je vous lance.
Allez donc en paix. C'est assez.
Mais, en dépit de la quittance,
L'homme l'ayant voulu prier
De lui dicter sa pénitence,
Le curé se prit à crier :
« A quoi bon dans la circonstance !
N'allez-vous pas vous marier ? »
DU DANùEH DE TROP BIEN ÉCRIRE
L'argent est le nerf de la guerre, Va-t-on répétant chaque jour.
Moi, je (lis qu'il ne s'en faut guère S'il n'est pas le nerf de l'amour.
Pour une âme sentimentale
Et de pure complexion,
Je le sais bien, c'est un scandale
Qu'une telle affirmation,
(. Quoi donc ! » gémit cette âme tendre,
Un peu prompte à s'épouvanter,
<« Avez-vûus le front de prétendre
Que l'amour se puisse acheter?
Quelle honte n'est pas la vôtre
Si de la sorte vous taxez
Le saint mouvement lun vers l'autre
De deux cours désintéressés!