‹ Les minutes libertinesChapitre 137 sur 154 · CE QUE CHERCHAIT LA JEUNE VEUVE · texte numérisé non relu

CE QUE CHERCHAIT LA JEUNE VEUVE

Voici donc un nouveau septembre, Le quarantiènne que je vois.

Et revoici donc que les bois Ont mis leur robe couleur d'ambre. Coiffé de pampres, Fructidor Pique une tête dans la tonne Va voici revenir l'automne, Tout vermeil en sa chape dur!

•Sous l<j fourré, dans la clairière, Ceint de cuir et de cuir boit*'.

Voici qu'à sa férocité L"lioniine va redonner carrière, Lt, lanceur de plombs malfaisants A travers tout le voisinage, S'en va refaire un grand carnage De lapereaux et de faisans!...

Affreux saint Hubert, que de crimes Ln ton nom ne commet-on pas !

*\K QIIK Cil K H CM. AIT I..V .IHUNK VKIIVK '.j^:

f^oiir moi, je ne trouva d'appas, Dieu merci ! qu'à la cliasse aux rimes. Aussi, dès le premier rayon.

Je sors, et, traversant la plaine, Me jette au bois, tout d'une haleine.

N'ayant pour arme qu'un crayon ; Kt, pendant que la troupe énorme Des Nemrods passe loin de moi Avec ses braques en émoi, J'écris ce conte sous un oi-me.

J'en suis moi-même le héros.

Pour une fois qu'on le tolère.

Et, dût la chose vous déplaire, Le mot final en sera yros.

C'est Tan dernier, quand la nature

Se drapait d'un jaune manteau,

Comme à présent, qu'en un château,

J'eus cette galante aventure.

Plus charmante que les neuf sn-urs,

La dame du lieu, jeune veuve

En veuvage encor toute neuve,

M'avait, avec quelques chasseurs.

Convié pour une semaine ;

Et comptez quexemptsdc; chagrin,

Nous menions tous un joli train

Dans l'enceinte de ce domaine.

" Eh ! quoi. Messieurs ! » me direz-vous

" Autour du deuil de cette femme

Vous meniez ce train ? C'est infâme !

Il fallait que vous fussiez fous ! »

En matière de paillardise.

Jeune veuve est reine, dit-on ; Et la nôtre donnait le ton, Que voulez-vous que je vous dise ?

Et, ma foi ! jamais je ne vis Une plus maligne femelle.

Certe, il n'en était pas comme elle Pour aimer les joyeux devis.

Brantôme eût baisé sa chaussure, Tant les propos quelle tenait Etaient aptes, je le dis net.

A vous échauffer la fressure.

Aussi, lorsque sur le cadran L'aiguille avait dépassé douze, Dans lestime de son épouse Chaque hôte remontait d'un cran ; Car, à cette heure consacrée, Chacun, avec conviction, Au lit, mettait en action La morale de la soirée.

Seul en ma chambre, ce pendant, Et pressé de désirs sans nombre, Je ne voyais pas même une ombre A me mettre dessous la dent.

Et, dans ma rageuse tristesse.

Je pensais qu'en sa chambre aussi

CE QUE CHERCHAIT LA JEUNE VEI vv .{25

Toute seule, de mon souci

Devait pâtir la bonne hôtesse.

Or, si rude était mon ennui

De ce chef que, de guerre lasse,

Je soTigeais à quitter la place,

Lorsque, la quatrième nuit.

Je crus (et le diable m'emporte

Si j'attendais révénement !)

Je crus ouïr le frôlement

De quelqu'un derrière ma porte...

Et je me disais : « Qu'est-ce là? »

F]t, déjà, sentais la souffrance

Que cause une fausse espérance,

Quand le bruit se renouvela.

Alors, dans la sommaire mise

D'un homme qui sort de ses draps,

Et, par suite, sans embarras

Je vous le confesse, en chemise.

Je fis tomber le luqueteau,

Et (pareil plaisir Dieu vous fasse !)

Je me vis, soudain, face à face

Avec la dame du château !

D'un léger peignoir de dentelle Emergeaient — oiseaux blancs — ses sein: Qui pointaient leurs becs assassins...

« Bonsoir, cher Monsieur, » me dit-elle. Et, moi, j'allais à son bonsoir Répondre en toute courtoisie,

e6 LES MINUTES LIBERTINES

( Kiand il lui prit la fantaisie,

Inexplicable, desasseoir

Sur le parquet baigné de lune.

Fa. sans plus se déconcerter,

Elle parut en inspecter

Les lamelles Tune après Tune.

Ce que voyant, je restais coi,

Car cela tenait du prodige.

Rnfin : « Que ctierchez-vous ? » lui dis-je.

« Eh ! je clie:rclie vous savez quoi ! o

Fit-elle. Et, me tendant la perche,

Elle ajouta, riant tout bas :

f Mon cher, vous ne voudriez pas

Avoir perdu ce que je cherche I -

Ah ! certes, jamais je ne vis Une plus maligne femelle.

Certe, il n'en était pas comme elle Pour aimer les joyeux devis !

A qui reste célibataire Echoit le paradis sur terre :

Ici-bas, pour lui tout est miel.

A qui, d'autre part, se marie Echoit le paradis au ciel :

Ici-bas, pour lui tout est fiel, Diablerie et tracasserie.

Hommes, c'est è vous de choisir Usant de votre libre arbitre.

Ou du devoir ou du plaisir ; Et, sans assembler de chapitre.

C'est affaire à vous de savoir Si plaisir vaut mieux que devoir Et si vous avez plus envie Et si le désir plus vous mord Du paradis après la mort Que du paradis dans la vie.

J'estimerais, pour en finir.

LE.S MINUTKi? LIBERTINES

(^ue courirvaut moins que tenir.

C'est à quoi le bon sens convie,

J'en suis très d'accord. Et, pourtant,

Moi, qui vais ici discutant

En faveur du célibataire,

Je suis, jo n'en fais pas mystère,

Un juge mal approprié,

Puisquau célibat réfraclaire,

J'ai perdu, métant marié,

Mon lot de paradis sur terre.

Et c'est ainsi qu'aux opinions

Que nous professons, mes chers frères.

Nos actes, souvent, sont contraires.

Que sert que nous nous en plaignions?

i^our et Contre, de même taille,

Se querellent sur nos genoux;

Toujours deux hommes sont en nous.

Hélas I qui se livrent bataille 1

Et c'est le bon et le mauvais.

Donc, à qui nous consulte, en somme,

Il faut repondre : « Faites comme

Je di.<, et non comme je fais. »

Mais voici trop de bavardage.

Ne le poussons pas davantage.

L'important est qu'il ma conduit A cette liistoire d'aujourd'hui.

A la veille de prendre femme, Un gardon, comme il est banal,

S'en fut au confessionnal,

Et dit : « Mon cher Père, en infâme

Je viens à votre tribunal ;

Mais je m'en vais, quoi qu'il m'en coûte.

Vous avouer tous mes péchés. »

Le curé dit : « Je vous écoute.

Parlez, mon fils, et dépéchez. »

— « En votre clémence j'espère, »

Reprit, alors, le pénitent.

« Tout d'abord, apprenez, mon Père... ■'

Sur ce, le curé, l'arrêtant.

Lui dit : « Pardon, j'ai pour principe

De demander, à cet instant,

Au pauvre pécheur repentant

Dans quel genre il s'estime un type. »

— « Mon Dieu, je suis un type, hélas !

Dans le genre. . . » — <• x\llons \ d — u De Faublas ! »

Fit en rougissant le jeune homme.

« Parfait ! Il suffit qu'on me nomme

Ce chevalier dénaturé

Pour qu'aussitôt, » dit le curé,

« Devant ma mémoire s'évoque

Tout un passé d'amours malsains;

Et, lors, je sais sous quels larcins

Votre conscience suffoque;

Et je vois d'ici les essaims

De malheureuses jouvencelles

Et de femmes ou non pucelles

Victimes de vos noirs desseins

Et de vos projets assassins !...

Vous sentez, à présent, je pense,

Que ma méthode me dispense

D'entendre en sa dimension

Toute votre confession?

Depuis que vous fûtes en âge

D'aimer, vous vous êtes livré

Tout entier au libertinage.

Est-ce vrai ? » — « Mon Père, c'est vrai.

— .' Chaque fois que dans un ménage

En ami vous êtes entré,

Du séducteur le plus madré

Vous jouâtes le personnage.

Possédant en totalité

Cette enivrante liberté,

Cette liberté tant exquise

D'aller, venir à votre guise;

N'ayant, raisonnables ou fous,

De comptes à rendre qu'à vous ;

Et jouissant — disons-le vite

Pour épuiser la question —

De la douce condition

Où tout au plaisir vous invite,

Où rien contre vous ne combat.

J'ai dit celle du célibat,

Vous menâtes une existence

Dont la vision, à distance,

Me met tout sens dessus dessous !

Mais, mon fils, je vous en absous.

Si vous en avez repentance.

Dès lors que vous y renoncez,

Inutile que je vous lance.

Allez donc en paix. C'est assez.

Mais, en dépit de la quittance,

L'homme l'ayant voulu prier

De lui dicter sa pénitence,

Le curé se prit à crier :

« A quoi bon dans la circonstance !

N'allez-vous pas vous marier ? »

DU DANùEH DE TROP BIEN ÉCRIRE

L'argent est le nerf de la guerre, Va-t-on répétant chaque jour.

Moi, je (lis qu'il ne s'en faut guère S'il n'est pas le nerf de l'amour.

Pour une âme sentimentale

Et de pure complexion,

Je le sais bien, c'est un scandale

Qu'une telle affirmation,

(. Quoi donc ! » gémit cette âme tendre,

Un peu prompte à s'épouvanter,

<« Avez-vûus le front de prétendre

Que l'amour se puisse acheter?

Quelle honte n'est pas la vôtre

Si de la sorte vous taxez

Le saint mouvement lun vers l'autre

De deux cours désintéressés!

Page 1