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QUI DONNE RAISON A PANGLOSS :VA

Nous en mangeons tant que Tan dure. C'est le comment et le pourquoi !

Et, pour terminer cette aiïaire, De ceci, » conclut-il, u j'infère Que dire : Ici-bas, tout est bien, C'est dire un mot qui ne vaut rien, Et, proprement, une sottise.

Attendu qu'il convient qu'on dise Que, sous la calotte des cieux, En wériié, tout est a" mieux. »

Hé ! là ! quel optimisme étrange î Et, pourtant, depuis que je vis, Pangloss, je suis de ton avis.

Et tiens qu'ici-bas tout s'arrange.

Ehî bien! oui, tout s'arrange, tout!

Et j'en reçois preuve très ample, Lorsque je scrute, par exemple.

L'histoire de Sophie Arnould.

On sait qu'elle fut longtemps reine.

Sous Louis XV, à l'Opéra.

Elle était la contemporaine De la Gaussin, dont on lira.

Je ne sais trop à quelle page De ce mien livre, un mot charmant Qui fit, à son heure, tapage, Et qu'on a cité fréquemment.

LES MINUTES LIIîERTINES

Mais prenez la biosraphie

De notre susdite Sophie,

Et vous y verrez que, suivant

Le plan conçu par sa famille.

Dès son jeune âge, celte fille

Etait destinée au couvent;

Et de nos dames carmélites

Elle eût de son corps désolé

Accru les pieuses élites

Si l'amour ne s'en fût m.êlé.

Il advint quen Ihôtellerie

Que tenait monsieur son papa.

Jeune loup dans la bergerie,

Un galant d'elle s'occupa.

Il se donnait pour porteballe

Et disait s'appeler Lamballe.

Mais, sous son habit de laquais.

Malgré qu'il parût fort à Taise.

Il était, ne vous en déplaise,

Comte de Brancas-Lauraguais...

Un jour, il passait dans la rue,

Quand, soudain, était apparue

A la fenêtre de l'hôtel

Sophie en train de chanter, tel

Le rossignol ou la fauvette ;

Et, soudain, pour cette divette

Aux yeux espiègles, au doux chant.

Et d'un visage si touchant,

Le comte avait vibré de suite ;

Et, plein de ruse en sa conduite,

QUI DONNE RAISON A PANGLOSS lUl

n s'était, dèsTaprès-miJi.

En porteballe travesti ;

Et, pour attraper la pucelle,

Avait pris logement chez elle.

Ou (quant à moi je me comprends),

Pour mieux dire.; chez ses parents.

Mais, dame ! il comptait sans son hôte;

Et. bien qu'il profitât sans faute

De tous les instants de la voir,

Sophie, attachée au devoir,

Ne se laissait conter fleurette

Que d'une manière discrète;

De sorte qu'il n'avait point eu

Parcelle encor de sa vertu...

Mais le moment vint où la belle

Devait cesser d'être rebelle.

Certain soir, notre beau marchand Apprit de sa petite étoile Qu'on avait le projet méchant De lui faire prendre le voile.

Alors, le faux gagne-petit.

Se démasquant enfin, lui dit Que si, désireuse de vivre Ainsi qu'elle le méritait, Elle consentait à le suivre Et voulait l'aimer un tantet, Il lui faisait sa grand'promesse Quelle entrerait à l'Opéra,

Aurait bijoux, et cœtera,

Bref, perpétuelle kermesse...

Et la belle de répondre à

Notre homme : « Comme il vous plaira!

Et, loin des parents inflexibles.

Tôt de s'enfuir à pas prudents...

Et tout est donc pour le mieux dans

Le meilleur des mondes possibles;

Et tout s'arrange, ici-bas, tout !

En effet : si Sophie Arnould,

Au cours de sa seizième année,

N'avait pas été destinée

A chanter matines au chœur

Des carmélites, le cher cœur.

Peut-être, malgré son envie,

N'eùt-elle jamais de sa vie,

Chanté pour Gluck et pour Rameau,

Ou tels maîtres de la même eau,

A l'Opéra, toute ravie ;

Car, sans le péril du couvent,

Lauraguais Teùt-il enlevée?...

L'intrigue se fût achevée

Comme, par malheur, trop souvent,

L'événement le vérifie :

11 eût obtenu de Sophie

Les faveurs qu'il en espérait

Et l'eût ensuite sans regret

Laissée, hélas! la pauvre tille.

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Aux reproches de sa famille 1 II est connu que ces façons, Après Famour, chez les garçons, Ne sont pas du tout insolites.

Et, comme l'écrivait le duc D'Abrantès, auteur plein de suc :

Grand merci donc aux carmélites !

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